EN RADE DE TOUR ANE
sement octroyée, et nous voilà partis par 50° à l’ombre, remorqués par quatre vigoureux rameurs de l’équipage du Pluvier. Malgré la vitesse avec laquelle ils nous poussent, et bien qu’ils aient hissé une petite voile triangulaire, nous mettons trois bons quarts d’heure pour arriver à l’embouchure de la rivière. A ce niveau le cours d’eau, qui atteint près de 600 mètres de large, est occupé par de nombreuses pêcheries. A l’extrême
VILLAGE DE TOURANE.
pointe, du côté de la rive gauche, s’élève une petite pagode dédiée au génie des eaux ; elle est entourée de grosses touffes d’aloès et d’agaves ; ce sont les seules plantes qui poussent dans ce sol sablonneux; plus loin, toujours en remontant la rivière, nous trouvons un fortin en terre sur lequel Hotte le drapeau français : c’est là que loge la petite garnison de Tourane, composée d’une trentaine de soldats d’infanterie de marine et de quelques matelots. Ces pauvres gens sont décimés par la fièvre; la côte n’est pas très saine; il y règne en permanence une chaleur tropicale, que les brises
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plus fraîches venant du large ne réussissent pas toujours à tempérer. A l’extrémité du fortin commence le village, ramassis de pauvres cases en paillotes où gîtent les familles des pêcheurs qui vivent des poissons de la baie; au milieu de ces masures, s’élèvent deux ou trois maisons chinoises construites en briques avec assez de confort; elles sont habitées par des commerçants de cette nation qui font le trafic des vivres, non seulement avec la garnison de Tourane, mais avec les différents postes de l’intérieur.
Le village s’étend sur une longueur de deux kilomètres environ, sur le bord gauche de la rivière; les maisons sont rangées de chaque côté d’une rue unique bordée de cocotiers. A l’une des extrémités du village, près d’une grande et antique pagode, se trouve la maison de douane, habitée par un ancien employé des Messageries maritimes. Ce fonctionnaire, aidé d’une escouade d’agents annamites, vêtus d’un uniforme spécial, fait payer un droit de transit, pour le compte du gouvernement français, à toutes les jonques qui montent ou qui descendent la rivière.
Nous accostons à un petit débarcadère situé devant cette maison; nous sautons à terre après avoir amarré notre baleinière aux pilotis disposés dans ce but le long du bord; les douaniers nous ont vus venir; leur chef, prévenu par eux, accourt pour nous recevoir. Nous avons vite fait connaissance avec lui ; c’est un homme très intelligent qui, depuis très longtemps déjà dans ce pays, connaît parfaitement tous les environs. « La contrée est peu sûre, nous dit-il, les lettrés s’agitent dans la province de Quang-Nam voisine de Tourane; malgré tout, le commerce tend à reprendre, les Chinois accourent en foule, preuve qu’il y a de l’argent à gagner; ils connaissent bien ce pays où depuis longtemps ils ont des établissements. Au siècle dernier, ils avaient non loin d’ici, à Faïfo, un entrepôt de commerce et une confrérie puissante; cette ville subsiste encore aujourd’hui, dans la province de Quang-Nam, mais elle est bien déchue de son ancienne splendeur; autrefois elle contenait plus de 50 000 habitants; pillée à différentes reprises par les Annamites, elle n’était plus, il y a cinq ans, qu’un grand village. Déjà elle renaît et se développe; si la tranquillité revenait, la colonie chinoise redeviendrait vile riche et prospère. Vous ne perdrez pas votre temps, si vous le voulez, ajoute notre compatriote, il y a près d’ici une excursion superbe à faire. A quelques milles en remontant la rivière, se trouvent de pittoresques massifs de calcaires marmoréens dans lesquels sont creusées des grottes superbes. Je vous engage vivement à aller les visiter ; je vous fournirai même, si vous le désirez, un sampan pour remonter jusque-là. Bien que