‹ Une campagne au TonkinChapitre 266 sur 299 · VILLAGE DE KÉ-CA · texte numérisé non relu

VILLAGE DE KÉ-CA

mune, pour suivre un pareil chemin avec leurs lourdes charges. La pente est extrêmement raide; de gros cailloux roulent à chaque pas sous nos pieds. La descente s’effectue cependant sans encombre, et nous nous trouvons tous réunis sur une jolie plage, couverte de sable fin, qui borde la lagune de Phu-\a. De grandes pirogues, montées par des indigènes, nous attendent depuis le malin pour nous faire traverser le petit bras de mer qui nous sépare du village de Lang-Co où nous devons passer la nuit. Ce village, riche et très peuplé, s’étend le long de la mer dans un fort joli site.

À peine installés dans la grande pagode du tram, nous sommes agréablement surpris en voyant entrer le capitaine du génie Besson qui, depuis trois jours à Lang-Co, étudie le tracé d’une nouvelle route que le général en chef veut faire établir entre Tourane et Ilué. Le capitaine a déjà tenu garnison à Hué, il connaît à fond le pays qu’il nous reste à parcourir, et il nous fournit une foule de renseignements qui nous seront utiles pour continuer notre voyage. Le soir il nous amène à dîner un petit mandarin, à l’air futé, aux yeux brillants sous scs grandes lunettes rondes, que le gouverneur de la province de Hué lui a donné soi-disant pour faciliter ses rapports avec les chefs des villages, mais qui me paraît bien plutôt avoir été mis là pour espionner l’officier français et pour renseigner la cour sur tous ses faits et gestes. Ce personnage ne quitte pas notre camarade d’une semelle, il a toujours un prétexte ingénieux pour ne pas le laisser seul un instant; nous avons tenté de le griser le soir avec une bouteille de champagne que nous tenions en réserve, mais il est trop malin pour se laisser faire et nous n’en avons rien tiré.

Le lendemain malin, branle-bas dès cinq heures; nos coolies et l’escorte vont contourner la haie en suivant le rivage; ils iront nous attendre à l’autre extrémité, au village de Phu-Ya. Quant à nous, nous suivons à la lettre les conseils du capitaine Besson. Après avoir pris congé de notre excellent camarade auquel nous promettons notre visite au retour, nous montons sur un grand sampan que son mandarin nous a procuré, non sans se faire tirer un peu l’oreille; nous allons ainsi traverser la baie sans fatigue, au lieu de fournir trois heures de marche dans les sables.

Nous longeons une chaîne de hautes montagnes couvertes de forêts pleines d’essences précieuses. Ces montagnes sont coupées de vallons profonds au milieu desquels nous découvrons plusieurs grands villages entourés de rizières et de plantations de cocotiers. L’Annam est loin d’être,

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