‹ Une campagne au TonkinChapitre 267 sur 299 · EN ROUTE POUR HUÉ · texte numérisé non relu

EN ROUTE POUR HUÉ

comme on le disait, un pays pauvre les commerçants français pourront, s’ils le veulent, en tirer profit.

Au moment où nous accostons en face du village de Phu-Ya, le ciel, qui s’était montré très beau pendant toute la matinée, s’assombrit tout à coup; l’atmosphère devient lourde et étouffante, la pluie commence à tomber. Bientôt l’a¬

verse redouble, des torrents d’eau s’abattent sur nous ; nous sommes obligés d’interrompre notre marche et de nous arrêter pour nous mettre h l’abri. Jamais je n’avais vu pareil déluge :

de grandes trombes d’eau crèvent le toit des maisons, le vent lord les arbres, de fulgurants éclairs, suivis de coups de tonnerre épouvantables, se succèdent de seconde en seconde, cent fois répétés par les échos de la montagne.

Ces bourrasques, si fréquentes sur la côte, durent peu heureuse-

. • LE MANDARIN DE l’aMI BESSON.

ment, mais elles laissent les chemins dans un état affreux : le petit sentier que nous suivons en ce moment pour gravir la colline est transformé en torrent impétueux et nous avons de l’eau jusqu’à mi-jambes.

Vers huit heures, nous nous engageons dans une grande route bien tracée, entretenue comme nos routes de France, qui court à perte de vue à travers une plaine occupée tout entière par des rizières soigneusement cultivées. A midi nous nous arrêtons dans un village pour déjeuner et nous

changeons nos coolies exténués pour d’autres porteurs plus dispos. Au sortir de ce village, nous traversons une rivière large de deux cents mètres sur un pont de bois hardiment jeté d’un bord à l’autre. Ce pont est curieusement construit : sur une série' de grands madriers, accouplés en X, court une étroite passerelle bordée de chaque côté par des garde-fous en bambous. Sur l’autre bord de la rivière, le sol redevient caillouteux et aride; il est couvert de broussailles et de grandes bruyères à fleurs roses; ces landes en friche, à peine coupées par quelques maigres bouquets de bois, sont habitées par des coqs sauvages et des bandes de pluviers dorés;

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