‹ Une campagne au TonkinChapitre 27 sur 299 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

INSTALLATION A LA CITADELLE DE HANOÏ. — M. HAÏ, NOTRE CUISINIER. — CE QUE COUTE UN MOBILIER.

— LA TABLE A CALCULER. — LES BOYS PORTEURS. — CUISINE EN PLEIN VENT. — NI LAIT NI BEURRE.

— COMMENT LES ANNAMITES AIMENT LES ŒUFS. — LE CHEF DE POPOTE FAIT SES COMPTES. — SUPɬ RIORITÉ DU CUISINIER INDIGÈNE. - — LA CITADELLE DE IIANOÏ. — LA PAGODE DU ROI. — LE REDUIT

CENTRAL. - UN PEU D’HISTOIRE. - RECEPTION DES AMBASSADEURS ENVOYÉS PAR LE ROI ü’aNNAM AU

GÉNÉRAL MILLOT. - LEUR CORTÈGE. — LES PRÉSENTS DU ROI. - LES BALLONS. - VISITE AU

TONG-DOC DE IIANOÏ. - DIPLOMATIE TONKINOISE. - LES PRISONS. — LA SALLE D’AUDIENCE. -

PORTRAIT DU GOUVERNEUR. - LES DENTS LAQUÉES. - OPINION D'UN MANDARIN SUR LES FRANÇAISES.

— CURIEUSE FAÇON DE S’ASSEOIR DANS LE GRAND MONDE TONKINOIS. — COMMENT ON FAIT D UNE PIERRE DEUX COUPS.

(Capitaine, vouloir boy cuisine?

J — Qu’est-ce que tu sais faire?

— Capitaine, moi bien connaître bifteck, œuf, poulet, poisson, bien connaître cuisine lang-sa (française).

— Qu’est-ce que toi vouloir?

— Capitaine, donne huit piastres, un mois (trente-huit francs pour un mois). »

Cette conversation en français de fantaisie avait lieu le 1er mars 1884, devant la petite case qu’on avait assignée comme domicile aux médecins de l’ambulance de la lre brigade dans la citadelle de Hanoï. Notre joyeux chef de popote, le docteur L..., arrêtait un cuisinier.

Nous avions quitté la Concession le matin même pour venir habiter la citadelle à une lieue plus loin, de l’autre côté de la ville. Notre déménagement avait été on ne peut plus facile : à l’heure dite, une nuée de coolies crasseux était venue s’abattre sur nos bagages, les avait enlevés et transportés en un rien de temps, sous la conduite de nos ordonnances, dans notre nouveau domicile.

Là, par exemple, il n’y avait que les quatre murs. On nous avait octroyé, comme habitation provisoire en attendant le départ pour l’expédition de Bac-ninh, une longue case en torchis recouverte de paillotes que le génie militaire avait autrefois construite pour y abriter une compagnie d’infanterie de marine. Des ouvertures avaient été percées dans la muraille pour les portes et les fenêtres; mais ces dernières n’étaient fermées que par un simple volet de bois. Ni lit ni table, pas le moindre escabeau, rien! Il fallait se pourvoir, se débrouiller, comme on dit en langage de troupier.

Pendant que la popote s’organise sous la direction de notre cuisinier, le sieur Haï (Deux), arrêté séance tenante, nous descendons, guidés par nos boys, chez les menuisiers de la ville annamite. Nous y trouvons tous les meubles qui nous sont nécessaires, fabriqués par des ouvriers du pays sur des modèles européens. Un bureau, un fauteuil, une table, coûtent chacun une piastre (4 fr. 75); un lit ou une armoire se paye trois piastres; une chaise, une demi-piastre. Bref, pour sept ou huit piastres on peut se meubler d’une façon très suffisante. Tous les meubles sont en bois du pays laqué noir ou rouge, suivant les goûts; les chaises et les fauteuils sont à siège canné.

Nous achetons, rue de la Soie, de belles moustiquaires, des oreillers, des matelas, des couvertures de laine piquée à enveloppes de cotonnade anglaise ou allemande. Puis nous passons au grand bazar chinois, où nous nous procurons des lampes avec du pétrole et des mèches pour les garnir. Décidément on trouve tout à Hanoï comme dans un grand centre européen.

Pendant que nous réglons à la caisse, un gros Chinois pansu inscrit au fur et à mesure les objets vendus sur son livre de compte avec un pinceau

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