‹ Une campagne au TonkinChapitre 292 sur 299 · I.E ROI EN COSTUME DE CERMONIE · texte numérisé non relu

I.E ROI EN COSTUME DE CERMONIE

bois qui relie les deux bords, à la pointe de l’îlc de Dong-Ba ; il s’avance, entre deux lignes de troupes françaises, suivi d’un cortège formé de plus de mille personnes : princes de la famille royale, grands mandarins de la cour, ministres, fonctionnaires, gens de la maison du roi, musiciens, gardes tenant des piques, des sabres, des étendards, des parasols. Sa Majesté est portée par quatre vigoureux serviteurs dans une chaise dorée recouverte d’un dais de soie jaune et abritée par quatre grands parasols de même couleur. Les gens du peuple, massés de chaque côté de la chaussée, s’agenouillent, le front contre terre, sur le passage du roi; des salves de pétards annamites éclatent sous ses pas, l’air est imprégné de parfums que l’on brûle sur de petits autels ornés de vases et recouverts d’étoffes brodées qu’on a dressés partout sur le passage du cortège. Devant ces autels se tiennent les plus vieux des habitants de Hué qui sont venus pour saluer le roi et aussi pour recevoir les gratifications que celui-ci leur accorde pour les récompenser, dit le livre des Rites, d’avoir vécu de longues années.

Le roi s’arrête devant le Thuong-Baeh pour rendre sa visite au commandant des troupes françaises de l’Annam ; il est reçu, à l’entrée de la cour, par le général entouré de toute sa maison militaire, ayant à ses côtés le le résident de France. Une collation lui a été préparée et il y prend part, s’asseyant, entre le général et le résident, à une table particulière placée sur une estrade un peu élevée, tandis que, dans une pièce voisine, les hauts mandarins et les princes, rangés autour de tables beaucoup plus basses, font honneur aux mets qui leur sont offerts.

Le lendemain nous sommes reçus, Roullel et moi, en audience privée, par Sa Majesté. Les eunuques de service nous introduisent dans un des bâtiments du sérail où nous trouvons le roi qui vient de descendre de cheval ; sa petite monture est attachée dans la cour d’entrée ; c’est une jolie bête, à robe noire, à l’œil plein de feu, couverte d’une superbe housse en soie jaune ornée de broderies et de pompons.

La salle où nous sommes reçus sert aux divertissements des princes; j’y admire une magnifique panoplie composée d’armes de toutes sortes : arcs, flèches, sarbacannes, carabines et pistolets de salon ; dans un coin, une grande cible carrée est dressée sur une espèce de chariot à roulettes. Le roi, assis devant une petite table, est occupé à lire et à annoter des rapports (pie lui soumet son plus jeune frère, vêtu d’un costume en étoile rouge zébrée de grands dessins bizarres. Dong-Khanh porte lui-même un vêlement de même couleur. Le jeune roi a une vie très occupée qui ne serait

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