‹ Une campagne au TonkinChapitre 46 sur 299 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

LE CANAL DES RAPIDES. — LES PAVILLONS CHINOIS. — ATTAQUE DU TRONG-SON. — ENTRÉE DANS RAC- NINII. — INSTALLATION DANS UNE PRISON. — LA CITADELLE. — LES TROPHÉES. — LES MAISONS ET LES RUES. — MARAUDEURS PUNIS. — LES FORTS CHINOIS. — PROMENADE VERS DAP-CAU.

Yoila. trois jours que nous avons quitté Hanoï et que nous marchons à travers champs sans rencontrer un seul Chinois. Pendant ce temps ia 2° brigade, partie de Ilaï-dzuong, a remonté en bateaux le Thaï-binh et a débarqué au niveau des Sept-Pagodes; a la suite d’une série de combats vigoureusement menés, elle s’est établie solidement au village Do-son. Elle est en communication depuis vingt-quatre heures déjà avec le général en chef, grâce à la télégraphie optique; elle attend que nous ayons traversé le canal des Rapides pour attaquer, de concert avec nous, la ligne des forts de Bac-ninh; cette ligne de défense s’étend depuis les hauteurs du Trongson jusqu’au fleuve Song-cau, dont le cours est intercepté par le barrage de Lach-buoï.

Nous arrivons le 11 mars au matin devant le canal des Rapides, qui

porte aussi Je nom de canal de Bac-ninh. Le lit de ce cours d’eau a été creusé presque entièrement par les Annamites pour permettre aux bateaux du pays de passer directement du fleuve Rouge dans le Thaï-binh ; il mesure environ 55 kilomètres de longueur et de 10 à 15 mètres de largeur.

Cette œuvre gigantesque a été terminée il y a une trentaine d’années seulement; elle fait le plus grand honneur aux mandarins qui l’ont conçue et aux villages qui l’ont exécutée presque tout entière à l’aide de leurs corvées de travailleurs. Son utilité saute aux yeux lorsqu’on examine une carte du Tonkin.

Les descriptions du chapitre précédent montrent combien, dans le delta, les routes de terre sont difficiles et peu praticables. Les grands voyages et les transports de marchandises se font en jonques par les canaux et les fleuves. Deux larges cours d’eau presque parallèles traversent le pays du nord au sud : le Song-coi ou fleuve Rouge longe Lao-Kai, Sonlay, Hanoï et Hong-ycn ; le Thaï-binh, qui à son origine prend le nom de Song-cau, passe à Bac-ninh et à Ilaï-dzuong. Mais pour aller par eau des centres importants situés sur le fleuve Rouge aux villes non moins commerçantes bâties sur le Thaï-binh, il fallait faire de longs détours et passer par de petits arroyos dans lesquels la navigation devient par instants très difficile. Pour éviter celte grande perte de temps, les Annamites ont relié l’un à l’autre leurs deux grands fleuves par des canaux faits de main d’homme et qui permettent de passer rapidement de l’un dans l’autre. Par le canal des Rapides, ils ont établi une voie directe entre Hanoï, Bac-ninh et Haïdzuong; par le canal des Bambous, ils ont réuni Ilong-yen à Phu-ninhgiang et à la mer.

Le canal de Bac-ninh serpente entre deux grandes digues qui le masquent de chaque côté; on arrive, pour ainsi dire, sur lui sans l’avoir soupçonné. Nous sommes à l’époque des basses eaux, et les bords du canal sont séparés de ces digues par un intervalle large d’une trentaine de mètres, occupé par des champs de patates et de cannes à sucre.

Les deux canonnières Eclair et Trombe ont pu remonter jusqu’à nous grâce à leur faible tirant d’eau; elles ont amené un grand convoi de jonques; les sapeurs du génie construisent avec ces bateaux un pont qui nous permettra de gagner l’autre bord.

En attendant que ce pont soit praticable, les troupes ont mis sac à terre et ont formé les faisceaux sur la berge. Nous nous sommes installés dans un champ de patates au milieu de nos caisses et de nos ballots gisant sur le sol; assis sur nos cantines, nous regardons.

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