‹ Une campagne au TonkinChapitre 53 sur 299 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

RETOUR A HANOÏ PAR LA VOIE MANDARINE. — MAISONS EN POTERIES. — MANTEAUX EN FEUILLES DE PALMIERS. — LA CHARRUE ET LES BUFFLES. — RESTAURANTS EN PLEIN VENT. — MENU ANNAMITE. — FORTS CHINOIS. — CHANGEMENTS SURVENUS A HANOÏ. — MARCHANDES DE CHARBON ET FLEURISTES. — UNE MARCHANDE DE GAUFRES. — VISITE A UNE FUMERIE D’OPIUM. — PROMENADE DANS HANOÏ. — MENUI¬ SIERS ET CHARPENTIERS. — LE SONNEUR DE PIASTRES. — UN POUSSE-POUSSE. — LA RUE DES BAMBOUS. — LE COMMERCE DU SEL ET DE L’HUILE. — LA DOUANE. — LES VIEUX QUARTIERS. — LE MIOCliam. — LA RUE DU CHANGE. — LES SAPÈQUES . — LES FONDEURS DE BARRES D’ARGENT. — LA RÉSIDENCE DE FRANCE.

es deux colonnes lancées à la poursuite des fuyards chinois sont rentrées

à Bac-ninh après huit jours de marches forcées; elles n’ont pu atteindre que l’arrière-garde de l’armée ennemie; elles rapportent des canons Krupp et de nombreux trophées.

Nous quittons Bac-ninh le 24 mars, à la suite de la lre brigade. Nous allons prendre à Hanoï quelques jours de repos bien gagnés; les marches ont été rudes, et, dans le milieu du jour, la température commence à devenir chaude. Malgré le surmenage des troupes, auxquelles ou a beau-

UNE CAMPAGNE AU TON Kl N.

coup demandé ce mois-ci, l’état sanitaire du corps expéditionnaire est demeuré satisfaisant; nous n’avons eu à soigner que quelques fièvres intermittentes, des embarras des voies digestives peu graves et beaucoup de plaies aux pieds et aux jambes produites par les marches dans l’eau des rizières. Mais nos hommes ont perdu leurs belles couleurs de France; on voit qu’un sang déjà appauvri circule sous leur peau halée par le grand air.

Nous suivons pour revenir la grande voie mandarine que nous avions évitée avec tant de soin pendant notre marche sur Bac-ninh. Depuis la déroute de l'armée chinoise, les habitants ont peu à peu regagné leurs villages ; ils ont repris la culture de leurs champs et la campagne est devenue très animée. C’est un véritable plaisir pour nous de marcher sur cette roule unie où les kilomètres se font sans fatigue et sans à-coups.

La province de Bac-ninh entretient un important commerce de poteries. Il y a, aux environs de la ville, des villages dont tous les habitants sont occupés à cette industrie. Ils fabriquent exclusivement des vases communs en argile cuite; c’est de leurs fours que sortent les grandes jarres cylindriques, hautes de près de 1 mètre, dans lesquelles les indigènes conservent l’eau et l’huile; ils font aussi les petits cercueils rectangulaires en terre de brique dans lesquels les Annamites enferment les ossements de leurs morts après qu’ils ont séjourné plusieurs années dans la terre. Ces cercueils ont de 50 à 60 centimètres de longueur sur 15 à 20 de large et autant de haut; leurs parois sont percées de nombreux trous ronds.

Beaucoup de maisons des faubourgs de Bac-ninh sont construites avec des rebuts de ces poteries; de grandes jarres cylindriques remplies de terre en forment les soubassements; les murs sont bâtis avec de petits cercueils d’argile superposés comme des briques.

Nous commençons à subir les brusques écarts de température qui, au Tonkin, précèdent les changements de saisons. Le matin, quand nous nous mettons en marche, nous sommes enveloppés par un brouillard froid et humide, qui se résout souvent vers dix heures en une petite pluie fine, serrée et pénétrante. A midi, le thermomètre monte brusquement de huit ou dix degrés. On ne voit jamais le soleil ; ses rayons ne peuvent traverser l’épaisse couche de nuages qui masque constamment le ciel ; mais il fait une chaleur humide, lourde, énervante. De temps à autre, le ciel se couvre tout à fait et nous verse une véritable douche de pluie, sous laquelle nous marchons en courbant le dos, sans avoir rien à lui opposer que nos misérablès caoutchoucs, qui sont traversés au bout d’un instant. Nos coolies sont

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