‹ Une campagne au TonkinChapitre 75 sur 299 · LA VILLE DE SONTAY · texte numérisé non relu

LA VILLE DE SONTAY

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comptons sans nos maîtres voleurs : chaque coolie qui vient après nous se baisse prestement; sans abandonner sa charge, sans même ralentir le pas, il saisit une poignée de grains qu'il fait disparaître vivement dans sa ceinture. bien longtemps avant que la colonne ait défilé, le panier est vide.

Nous entrons dans Sontay par une porte massive en maçonnerie, construite à plein cintre. Quatre de ces portes, placées aux quatre points cardinaux, donnent accès dans la ville, qui est entourée d’un parapet en terre et d’un large fossé plein d’eau. A l’extérieur, le fossé est séparé du parapet par une bande de terre sur laquelle on a planté une épaisse haie de bambous; la haie dépasse d’un ou deux mètres le parapet, dont elle dissimule les meurtrières. Ces meurtrières sont de deux sortes : les unes, petites et carrées, servaient pour le tir au fusil de rempart; les autres, grandes et rectangulaires, étaient destinées aux canons. Plus de cent pièces d’artillerie, de tous les systèmes et de tous les calibres, défendaient la ville lorsqu’elle fui attaquée par l’amiral Courbet; presque toutes se chargeaient par la bouche. Beaucoup de petits canons en fonte sont restés à leur place sur la muraille où ils ont été abandonnés après qu’on les eut encloués.

Des quatre portes d’enceinte de la ville parlent quatre grandes rues qui convergent vers la citadelle. Ces rues sont bordées de paillotes semblables à celles de Bac-ninh; quelques maisons en briques, construites à la chinoise, se montrent de distance en distance entre les paillotes, principalement aux environs de la citadelle.

La plus belle rue de Sontay se dirige vers le fleuve Bouge; c’est dans cette rue que se fait presque tout le commerce de la ville. Avant la guerre, Sontay comptait près de vingt mille habitants; elle entretenait un commerce important de soieries, de poteries, de tabac et de bétel. Aujourd’hui la ville est bien réduite : elle compte à peine cinq mille âmes; le seul commerce qui s’y fait consiste à vendre à nos troupiers des aliments et des objets de première nécessité.

La citadelle occupe le centre de la ville; elle est distante du fleuve Bouge d’environ 2 kilomètres; elle forme un carré parfait de 500 mètres de côté, entouré par un mur en briques haut de 5 mètres.

Un fossé rempli d’eau et large d’à peu près 20 mètres entoure le rempart dont il est séparé par une sorte de chemin de ronde auquel les Annamites ont donné le nom de chemin des Eléphants.

Au milieu de chacune des faces du carré d’enceinte se trouve une demitour circulaire, de 50 mètres de diamètre, percée de meurtrières et de créneaux. La porte d’entrée de la citadelle est pratiquée dans le flanc de celle

l'.NE CAMPAGNE AC TONKIN.

demi-tour, presque à son point de jonction avec le mur d’enceinte. Le pont en briques jeté sur le fossé et qui permet d’arriver à celte porte n’est pas jdacé en face d’elle; il est construit vers le milieu de la tour. C’est une conception très ingénieuse au point de vue de la défense : les assaillants, après avoir traversé le pont, dont l’entrée est barrée par une porte faite avec de grosses traverses de bois, sont obligés de longer les murs de la demi-tour par le chemin des Eléphants avant d’arriver à la porte de la citadelle. Ils seraient tués à bout portant du haut des remparts sans pouvoir presque riposter.

A l’intérieur, la muraille est doublée par un parapet mesurant 10 mètres de largeur, auquel on accède facilement grâce à une pente liés douce; sur ce parapet sont disposés des plates-formes pour l’artillerie et des abris pour les défenseurs. Au centre de la citadelle se dresse une tour de 18 mètres de hauteur; le reste du terrain est occupé par la pagode royale, les logements des mandarins et les magasins à riz. Devant la tour, deux grandes citernes carrées, entourées de balustrades en maçonnerie, servaient, dit-on, l’une de réservoir d’eau pour la garnison, l’autre de vivier pour conserver le poisson destiné à la table de Luu-vinh-phuoc, le chef des Pavillons- Noirs.

Au sommet de la tour nos hommes ont installé, à l’aide de planches et de madriers, une construction légère qui abrite des appareils pour la télégraphie optique. Ces appareils peuvent communiquer avec Hanoï, grâce à un poste intermédiaire établi au marché de Palang sur le fleuve Rouge, à mi-chemin des deux villes.

La porte qui donne accès dans l’intérieur de la tour est ouverte, je vais y monter pour jouir du coup d’œil. La tour renferme un escalier en colimaçon comprenant une cinquantaine de marches en pierre de taille; cet escalier prend jour par de petites fenêtres rondes; on croirait monter dans le clocher d’une de nos églises de village.

On jouit à celte hauteur d’un panorama superbe. La ville de Sontay est massée au pied de la tour : on ne voit que les toits de chaume de ses petites maisons. Les quatre rues droites de la citadelle ressemblent aux branches d’une croix; l’une d’elles, bordée de chaque coté par les longs toits bas et proéminents des huit magasins à riz, aboutit à la pagode royale qui se présente comme sur un plan en relief. C’est un grand quadrilatère dont le double toit à faîtières recourbées, à corniches saillantes, est orné de chimères grimaçantes faites avec des tessons de porcelaine bleue fixés au ciment. La pagode donne sur une vaste cour carrée, dallée de larges pierres

dans la cour par un portique monumental percé de trois portes et dont le double toit et les clochetons sont ornés, comme ceux de la pagode, de décors en porcelaine bleue.

CITADELLE DE SONTAY. 133

bien polies, à l’entrée de laquelle deux beaux lions héraldiques, sculptés en grandeur naturelle, se dressent sur des blocs de granit gris. On pénètre

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