‹ Une campagne au TonkinChapitre 76 sur 299 · TOUR CENTRALE DE SONTAY · texte numérisé non relu

TOUR CENTRALE DE SONTAY

IJNE CAMPAGNE AU TONKTN.

En jetanl les yeux au pied de la tour, j’aperçois mes camarades qui, le nez en l’air, m’adressent à tour de bras des gestes désespérés pour me faire descendre. L’un d’eux a rencontré à Sontay un de ses anciens amis de collège, actuellement médecin de la légion étrangère; cet aimable camarade, qui tient garnison dans la ville, veut bien nous servir de guide pour faire une promenade aux environs. Il faut nous hâter, car nous partons le lendemain de bonne heure et nous n’avons qu’une demi-journée à nous.

Nous prenons la grande rue, qui nous conduit directement au lleuve. Les bateaux peuvent accoster contre la berge, car à ce niveau les eaux sont profondes de trois ou quatre mètres. Le génie militaire a construit, à deux ou trois cents mètres du bord de l’eau, un blockhaus armé avec un canonrevolver, dans lequel on a placé un poste de tirailleurs tonkinois.

Une grande digue, large de six ou sept mètres, part du débarcadère et longe le bord de l’eau dans la direction du sud : c’est la digue de. Phu-sa. Nous la suivons jusqu’au fameux village qui a tenu nos troupes en échec toute une nuit, et dont la prise a coûté la vie à tant de braves soldats.

Notre camarade de la légion a assisté aux affaires de Sontay. « Vous voyez, nous dit-il, qu’à partir du village de IMiu-sa, la digue se bifurque dans la direction de Hanoï on deux branches secondaires <pii s’écartent l’une de l’autre à angle aigu. Le lô décembre de l’année dernière, à neuf heures du matin, nos troupes débouchaient en deux colonnes sur les branches de l’Y formé par cette digue; elles enlevaient sans grande résistance deux petits ouvrages avancés qui barraient chacune de ces branches; mais elles venaient se heurter au point de jonction, à l’endroit même où nous sommes, contre une solide barricade formée de terre et de bambous, où elles furent reçues par un feu des plus meurtriers. Nos soldats combattirent toute la journée sans pouvoir franchir cet obstacle, et, la nuit venue, nous fûmes obligés de nous replier en arrière sur les digues secondaires, à l’abri des ouvrages accessoires enlevés le matin. Pendant toute celle nuit, nous sommes restés au contact d’un ennemi furieux qui ne lâchait pas prise, qui venait nous harceler jusque sur nos lignes, qui profitait de l’obscurité pour aller couper la tête à nos morts. Le lendemain au jour, il avait évacué la barricade, mais tous les corps de nos braves avaient été mutilés. Si les Pavillons-Noirs et les Chinois décapitent ainsi sur le champ de bataille les morts et les blessés, ce n’est pas tant pour se procurer des trophées, que parce que chacune des têtes qu’ils rapportent leur est payée très cher par leurs chefs. J’ai là un document ofliciel, pris à Sontay, qui vous prouvera ce que j’avance. »

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