Le taël vaut 7 fr. bl
refermer; le cornac dirige sa bête en louchant la plaie avec la pointe de son crochet.
Les éléphants sont très dociles. Pour nous faire honneur, et aussi dans le secret espoir de gagner un bon pourboire, les cornacs leur font fléchir le genou devant nous. Nous jetons des pièces de monnaie à terre, et immédiatement les animaux les happent, par une sorte d’aspiration de leur longue trompe. Ils les passent ensuite par-dessus l’épaule à leurs maîtres, en remuant les oreilles avec un air de satisfaction.
Rien n’est plus amusant que de voir ces colosses traverser les haies de bambous qui entourent les maisons; ils entrent sans effort, en écartant les épais fourrés comme une bâche pénètre dans un morceau de bois tendre. La haie se referme sur eux immédiatement ; on se demande par où ils soûl passée.
Ces gros animaux ne se montrent pas toujours d’aussi bonne composition. Un éléphant privé, qui habitait dans la citadelle de Hanoï, avait pris en grippe son cornac. Un jour, au moment où l’homme venait pour lui donner sa nourriture, il le saisi! avec sa trompe, l’enlève, le secoue vigoureusement en l’air et, malgré les cris de sa victime affolée, l’emporte au milieu d’une mare qui se trouvait aux environs. Là il le précipite dans l’eau, et le piétine avec rage. On voulait le tuer à coups de fusil, mais les balles rebondissaient sans percer son cuir épais. Il fallut tirer à coups de hotschkiss pour en venir à bout.
Avant de prendre congé de nous, notre camarade veut nous faire visiter la porte ouest de Sontay par laquelle la légion étrangère est entrée la première dans la place. Cette porte est presque entièrement démolie; on l’a remplacée par une construction massive, élevée à la bâte par le génie immédiatement après la prise de la ville, pour empêcher tout retour offensif des Chinois; c’est une sorte de tour en briques, dont les murs sont percés d’une triple rangée île meurtrières. Un tirailleur tonkinois surveille la campagne du sommet de la tour en s’abritant sous un petit toit monté sur quatre pieux. Au rez-de-chaussée se tiennent les hommes du poste; nous entrons pour les visiter.
Les soldats indigènes sont couchés sur un lit de camp en bambous qui fait le tour de la salle; quelques-uns sont accroupis dans un coin autour d’un grand plateau de bois sur lequel sont disposées une douzaine de petites soucoupes; ils mangent le dîner que leurs femmes viennent d’apporter. Les tirailleurs annamites voyagent toujours avec leurs femmes; aussitôt qu'elles connaissent l’endroit où l’on ira camper, elles prennent
plus qu’a se mettre à table. Nous avons dû tolérer ces usages; il nous eût été impossible sans cela de garder à notre service un seul Annamite. Les lemmes de nos tirailleurs sont du reste aussi peu gênantes que possible;