‹ Une campagne au TonkinChapitre 79 sur 299 · ÉLÉPHANT 1)0 TO.NG-DOC DE SON TA Y · texte numérisé non relu

ÉLÉPHANT 1)0 TO.NG-DOC DE SON TA Y

ir.s

une fois la compagnie rassemblée pour le départ, elles disparaissent. Elles prennent des chemins de traverse, grâce auxquels elles arrivent à suivre la colonne sans qu’on s’en doute; elles sont même pour nous à certains moments d’excellents espions, capables de nous renseigner sur les intentions de l’ennemi et sur les ressources des villages.

Nous sortons de Sontay le 8 avril à six heures et demie du matin, en passant sous la porte Nord qui a été si vigoureusement attaquée par les braves soldais d’infanterie de marine, sous les ordres du colonel de Maussion. C’est la seule qui soit restée à peu près intacte; avec son fronton couronné de fraises en bambous, ses pierres noires et moussues labourées par les éclats d’obus et par les balles, elle a l’aspect imposant et rébarbatif d’une vieille sentinelle mutilée.

Après Sontay, le pays change d’aspect : nous quittons les rizières et nous arrivons au pied des montagnes. De Haï-phong à Sontay, sur une étendue de plus de 10000 kilomètres carrés, tout le sol est formé par des alluvions du fleuve Rouge et du Thaï-binh qui se sont déposées peu à peu. Le delta s’est donc constitué tout entier par une sorte de conquête lente et successive de la terre sur la mer. Cette conquête se continue tous les jours : le continent tonkinois augmente chaque année d’environ 50 mètres. Vers l’an 000 de notre ère, si l’on en croit les historiens chinois, les flots baignaient Ilanoï; à une époque plus reculée encore, le mont Ravi et les montagnes de la rivière Noire formaient le littoral. La plaine au milieu de laquelle la ville* de Sontay est bâtie était donc recouverte par la mer; elle* en est actuellement distante de plus de 100 kilomètres.

La route monte peu à peu. Les rizières des plaines basses et inondées font place aux champs de maïs, de sorgho, de canne à sucre et de ricin. Au bambou, au licus banyan, à l’aréquier et au bananier qu’on rencontre presque exclusivement aux environs de Ilanoï, se mêlent d’autres arbres aux essences plus diverses et aux feuillages plus variés. Les roules sont bordées de goyaviers; les sommets sont couronnés de grands pins maritimes cpii ombragent les pagodes.

Je remarque dans la campagne de jolies plantations d’arbres à thé, de figuiers à laque, de cotonniers et de mûriers. Partout du reste, comme dans le delta, le sol est l’objet d’une culture admirablement soignée ; partout, aux flancs des coteaux, aux creux des vallons, de grands villages, de belles et somptueuses pagodes, attestent cette exubérance de vie et de population qui caractérise le pays. Il est impossible que nous n’arrivions pas à tirer parti de toutes ces richesses : d’un coté, une population douce

Page 1