‹ Une campagne au TonkinChapitre 90 sur 299 · U 0 N G - II 0 A APRÈS L’INCEA DIE · texte numérisé non relu

U 0 N G - II 0 A APRÈS L’INCEA DIE

Les fortins ont surtout été accumulés le long de la rivière Noire; on ne fait pas 200 mètres dans cette direction sans en rencontrer un.

Si l’on songe que les Pavillons-Noirs n’ont ni voitures ni bêtes de somme et que toute la terre remuée a dû être déplacée dans les petits paniers que les indigènes portent au bout de leurs bambous, on est confondu en réfléchissant a la quantité de bras dont il a fallu disposer pour mener à bien celte tâche gigantesque, et l’on se demande comment il a été possible de se les procurer. La réponse est facile : pas un Chinois n’a touché à une motte de terre; tout le travail a été fait par les malheureux paysans des environs.

IlUE PRINCIPALE DE IIONG-1IOA APRÈS l’iXCENDIE.

Les bandes de Luu-vïnh-phuoc ont battu la campagne à dix lieues à la ronde; elles ont fait le vide dans les villages en emmenant tous les individus valides, les femmes comme les hommes, et elles les ont forcés à coups de rotin ou de plat de sabre h travailler à leurs forteresses.

Quand nous avons pénétré dans Ilong-hoa incendiée et pillée, nous n axons liouvé aucun des habitants; les Chinois les avaient emmenés de foice, poui avoir des travailleurs à Phu-lam-tao et à Lao-kaï, où ils allaient recommencer de nouveaux forts.

Nos coolies sont bien malheureux depuis notre arrivée à Hong-hoa; ils comptaient que, aussitôt entrés dans la ville, ils trouveraient, comme à

UIS E CAMPAGNE Al TONKIN.

Bac-ninh, une grande quantité de provisions abandonnées dans les cases par les fuyards, et dans celle espérance ils ont dévoré en deux jours la ration de. riz qu’on leur avait distribuée pour toutb la semaine. Ils n’ont rien pu trouver à se mettre sous la dent dans la ville incendiée, et maintenant ils meurent de faim. De temps en temps ils viennent à nous d’un air piteux, nous faire toutes sortes de supplications dans leur jargon annamite auquel ils mêlent déjà quelques mots de français : « Ong quan bu ! Coolie malade; Coolie konko mangié. » Ce qui veut dire : Monsieur le Capitaine, lescoolies sont malades; les coolies n’ont pas mangé. Un d’eux, plus démonstratif, appuie sur son ventre avec ses deux mains, eu murmurant : « Kè boum liet! Ké boum tiel! Le ventre est mort, le ventre est mort! » Malheureusement les jonques qui amènent les vivres sont restées en détresse sur un banc de sable en aval de Hong-hoa. Le médecin-chef a pitié d’eux: il appelle un tirailleur tonkinois et, lui remettant quelques piastres, il l’envoie avec les vais (caporaux) des coolies battre les environs pour lâcher de se procurer du riz ou des [tores.

Les coolies, voyant qu’on s’occupe d’eux, prennent patience et cherchent à tromper leur faim en fumant. Les indigènes usent du tabac d une façon curieuse : ils ont une grande pipe à eau, munie d’un très petit fourneau qui n’admet qu’une pincée de tabac. En deux boudées, la pipe est fumée; on la passe à un voisin qui, à son tour, la remet à un troisième. Chacun tire une pincée de tabac de sa ceinture et 1 allume; la pipe seule est en commun. Le tabac des Annamites est grossièrement concassé; il est d excellente espèce, mais mal préparé; on le récolte dans le pays même, sur les hauts plateaux. En le séchant, on y ajoute un peu d’opium; c’est ce qui Tait qu’en avalant la fumée les coolies arrivent assez bien à émousser la sensation de la faim.

Un de nos porteurs a découvert un trou à rat ; voilà nos indigènes dans la joie. Immédiatement la chasse s’organise.: l’un d’eux labrique un petit sac d’étoffe dont il maintient l’ouverture béante avec un cercle de laiton; un autre s’approche du trou; il percute doucement le sol aux environs; après avoir pratiqué une contre-ouverture dans un endroit où la terre sonne creux, il allume à l’entrée un feu de paille mouillée; immédiatement une épaisse fumée se dégage et remplit le terrier. Un gros rata demi asphyxie veut s’élancer au dehors et va donner droit dans le sac, dont le coolie referme prestement l’ouverture. En un clin d’œil, le gibier est tué, dépouillé et grillé sur les charbons ardents; nos porteurs se partagent sa chair, qu ils mangent avec délices malgré la forte odeur de musc dont elle est imprégnée.

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