‹ Une campagne au TonkinChapitre 94 sur 299 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

ORGANISATION DES QUARTIERS d’ÉTÉ. - RÈGLES d’iIYGIÈNE. — LA PAGODE DE LA LITTÉRATURE ET LE

TEMPLE BOUDDHIQUE DES SUPPLICES DE L’ENFER. — UNE NUIT MOUVEMENTEE; MOUSTIQUES, FOURMIS, CANCRELATS, GRENOUILLES, SERPENTS.

Nous voici au mois de mai ; la période de repos est arrivée; on s’organise le mieux possible pour résister aux chaleurs. Nos soldats ont été cantonnés à la Concession ou à la citadelle dans de grandes cases bien couvertes, pourvues de lits de camp en bambous et de moustiquaires. Les officiers ont été disséminés un peu partout : dans des maisons chinoises, dans de grandes paillotes munies de vérandas, enfin dans les pagodes. Quelquesuns se sont même installés dans les miradors qui surmontent les portes de la citadelle ; ils ne sont pas les plus mal partagés.

On se lève tôt ; c’est dans la matinée seulement qu’on peut aller faire ses provisions; à partir de dix heures du matin, la retraite sonne pour les troupiers, et les sentinelles ont ordre de ne plus laisser sortir personne des

casernes; c’est le moment de la sieste, qui dure jusqu’à trois heures de l’après-midi. Après la sieste on prend sa douche : l’hydrothérapie est obligatoire au Tonkin pendant la saison chaude; les ferblantiers indigènes fabriquent à bon compte des appareils à douches très convenables sur des modèles européens.

Nous avons du mettre de côté presque tous nos vêtements apportés d’Europe; les jours de revue ou de visites officielles, c’est pour nous une pénible corvée que de revêtir nos dolmans et nos uniformes ajustés. En temps ordinaire, nous portons des vestons, des pantalons en calicot blanc fabriqués par les Annamites et de grands casques très légers faits en moelle d’aloès.

La peau constamment excitée par la température est d’une sensibilité extrême. Pendant le premier été passé au Tonkin, les Européens n’échappent presque jamais à ces éruptions cutanées, connues dans les colonies sous le nom de bourbouilles et qui sont si agaçantes à cause des démangeaisons qu’elles occasionnent; aussi porte-t-on le moins possible des cols et des manchettes empesés. Beaucoup d’entre nous ont même remplacé la chemise de toile par une sorte de filet à mailles très lâches qui isole en quelque sorte la peau et la protège contre les frottements insupportables des vêtements.

11 est indispensable de prendre un peu d’exercice le soir, une fois la fraîcheur revenue. I/endroil que nous affectionnons le plus pour ces promenades est le tour d’un petit lac creusé en pleine ville de Hanoï, à michemin entre la Concession et la citadelle. Ce Petit Lac, comme on le nomme, n’a guère plus de 2 kilomètres de tour; ses bords sont couverts de ravissantes pagodes ou de belles maisons annamites entourées de jardins verdoyants.

Bien souvent nous dirigeons nos pas vers une de ces pagodes dédiée à la Littérature et bâtie sur un petit tertre entouré de toutes parts par les eaux. On y arrive par un chemin creux dissimulé entre les maisons voisines; à l’entrée, un grand dragon sculpté dans la muraille semble défendre les approches du temple. La pagode est entourée des emblèmes des lettrés : à gauche, une colonne, haute de G ou 7 mètres et terminée en pointe, figure le pinceau qui sert pour écrire; au milieu du chemin, une vasque de granit, placée au-dessus d’un portique, reproduit la forme de l’encrier chinois. Un pont de bois jeté sur le lac permet d’arriver jusqu’au temple, d’où l’on domine les environs.

Très souvent aussi, nous allons visiter une vieille pagode bouddhique

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