‹ Une campagne au TonkinChapitre 99 sur 299 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

PRÉPARATION DE l’eAU POTABLE. — LES MARCHÉS. — EXCURSION AU GRAND-LAC. — LA BROUETTE ANNA¬ MITE. — LE CAMP DES LETTRÉS. — LES EXAMENS I BACHELIERS, LICENCIÉS, DOCTEURS. — LES MANDA¬ RINS MILITAIRES. — LES MARCHÉS DES FAUBOURGS. — LA PAGODE DE CONFUCIUS : LES PIERRES COMMɬ MORATIVES. - FABRICATION DES BAGUETTES D’ENCENS. - LE GRAND BOUDDHA. - LES BONZES. -

UNE FABRIQUE DE PAPIER ANNAMITE. — UN MAIRE TONKINOIS. — BIBLIOTHÈQUE d’üNE PAGODE. — UNE DESCENDANTE DES LÉS. — LE TEMPLE DES HÉROÏNES TONKINOISES.

rpous les cinq jours il y a grand marché à Hanoï dans les quartiers JL annamites. La ville prend un air de fête; les paysans affluent de tous les environs ; à partir de huit heures du matin on a de la peine à circuler dans les rues. Le marché s’ouvre à sept heures et dure jusqu’à deux heures de l’après-midi. Il se tient dans toutes les rues commerçantes : rue du Cuivre, rue des Nattes, rue des Poteries, rue des Pharmaciens; il occupe une longueur de plus de 2 kilomètres.

Dans la citadelle même, les petites marchandes qui vendent aux troupiers sont beaucoup plus nombreuses que d’habitude; elles sont accroupies

devant leurs paniers ronds; pour se préserver du soleil, elles se sont placées entre quatre bambous fichés en terre sur lesquels elles ont posé leurs grands chapeaux comme un toit. Elles débitent un peu de tout : du tabac de cantine, du fil et des aiguilles, de la cire, de la salade de pourpier, des légumes et des fruits de la saison : oranges et bananes. Elles vendent même un liquide épais, de couleur rouge violet, qu’elles décorent du nom de vin et qui a été fabriqué de toutes pièces, bien certainement, par le Chinois du coin. Toutes ees marchandes tiennent de l’alun en cristaux : dans le delta on fait un usage constant de ce sel pour éclaircir l’eau potable. A Hanoï on ne boit guère que de l’eau du fleuve Rouge; elle est excellente, mais elle tient en suspension une grande quantité de matière argileuse; cette argile lui donne une couleur d’ocre très prononcée, d’où le nom de fleuve Rouge par lequel on désigne le Song-coï. Pour précipiter la matière terreuse, les Annamites battent leur eau avec un bambou dans lequel ils ont introduit un morceau d’alun. Aussitôt après l’opération, l’eau, recueillie dans de grandes jarres de Bae-ninh, commence à déposer la terre qu’elle contient; au bout de dix minutes elle est parfaitement limpide, sans que son contact avec l’alun lui ait communiqué aucune propriété nuisible ni aucun goût désagréable.

Dans la rue des Poteries, tout près de la citadelle, les marchands ont organisé leurs étalages sur la chaussée même, sans souci des règlements de police. Certains objets méritent d’être examinés de près. Yoici, par exemple, le pot en terre rouge ou blanche dans lequel on prépare le lait de chaux destiné aux chiques de bétel. Voici également deux variétés de théières en usage dans le pays : l’une est en porcelaine blanche; elle porte deux anses de laiton ; on la vend dans un petit panier rond en joncs tressés dont l’intérieur est capitonné. Le panier est muni d’un couvercle fait avec un coussin rembourré d’ouate; le bec de la théière passe par un trou pratiqué dans la paroi du panier. Avec cet appareil, l’infusion peut se conserver pendant longtemps à la même température. La théière de l’autre modèle est très petite; elle peut à peine contenir 20 centilitres de liquide; on dirait une théière de poupée. Elle est faite avec une terre rouge, assez rare paraît-il, et qui a la propriété de donner au thé un arôme plus pénétrant. Neuve, elle coûte une demi-piastre, ce qui représente un prix très élevé pour le pays; quand elle a servi pendant un certain temps, elle acquiert une valeur beaucoup pl us grande encore. Les Annamites la remplissent presque complètement de feuilles de thé sur lesquelles ils versent très peu d’eau, de façon à obtenir une infusion concentrée.

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