‹ Une campagne laïqueChapitre 22 sur 27 · PRÉFACE XXXIII · texte numérisé non relu

PRÉFACE XXXIII

République, née dans les convulsions de cette assemblée de Versailles qui voua Paris au Sacré-Cœur, elle grandit sous le péril romain qu'elle ne pouvait pas toujours conjurer, qu'elle ne sut pas toujours regarder en face et qui la menace encore.

La fixité des mots, qui désignent des choses mouvantes, trompe les esprits et cause de faux jugements. Les noms de Pape et d'Eglise demeurent, mais ils ne représentent autant dire rien de ce qu'ils représentaient il y a cent ans, il y a seulement trente ans. Depuis 1869, depuis le concile du Vatican et la retraite du Souverain I^ontife dans sa forteresse spirituelle, une papauté nouvelle est née. Au pape Roi a succédé le pape Dieu. Le nouveau dogme de l'infaillibilité, qui sembla un coup de folie religieuse, fut un acte d'habileté politique. Promulgué à l'heure où Pie IX perdait les derniers restes de son domaine royal, ce dogme substituait à la souveraineté abolie des Légations la souveraineté éventuelle de l'univers. En disparaissant à jamais derrière le Vatican, ce palais sans façade et presque sans abords, le pape semblait dire : «Quand j'aurai laissé Rome à l'impie, quand je ne serai plus nulle part sur la terre, je serai partout et ma Rome serale monde. «Expansion violente de la papauté subtilisée! Si l'infaillibilité du pape en matière de dogme est d'ordre Ihéologique, l'infaillibilité du pape en matière de morale est d'ordre politique; c'est la mainmise sur toutes les consciences, c'est la direction temporelle des sociétés, c'est le Syllabus imposé aux Etats comme acte constitutionnel. Rêve? non pas! Réalité solide. Et ce n'est pas Pie IX seul qui a fait cela; ce ne sont pas seulement ses cardinaux, ce sont les Eglises de toutes les nations, c'est l'Eglise. Et dès lors, pour s'emparer de la conscience des

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individus et des peuples par tout le globe, la papauté mit en marche l'armée la mieux commandée et la plus disciplinée qu'on eût jamais vue, évoques, prêtres, moines et les tiers ordres.

Sans doute la papauté avait aspiré de tout temps à la domination universelle et médité de suspendre la terre à Tanneau du Pécheur. Depuis le douzième siècle les papes disijutèrent à nos rois le gouvernement du royaume. Mais qu'était le pape d'alors auprès du pape d'aujourd'hui? « Vous êtes non pas le seigneur des évêques, mais Tun d'eux )>, disait saint Bernard au pape. Et Bossuet, citant cette parole, ajoutait : « Voilà ce qu'ont toujours dit ceux qui ont été parmi nous les plus pieux. »

Et pour affronter TEglise du dehors les rois de France avaient leur Eglise, la plus riche et la plus populeuse de la chrétienté. A la veille de la révolution, le clergé, premier ordre de l'Etat, formait une armée de cent trente mille hommes et possédait trois milliards de biens fonds, cent millions de dîmes. C'était une force invincible aux mains du roi. Il n'en usait pas toujours de la même manière.: tantôt il se servait de son Eglise pour combattre le pape, tantôt il s'entendait avec le pape pour la réduire, ou bien encore il la laissait, pervertie par ses chefs, se donner ellemême au pape. C'est ainsi que le vieux Louis XIV, après avoir opposé au Saint-Siège les libertés gallicanes, devint tristement ultramontain. Mais, au besoin, les parlements défendaient le pouvoir du roi contre le roi lui-

même. Et l'Etat trouvait toujours, quand il fallait, sa propre Eglise pour résister aux usurpations du Prince romain. Vous, pour vous défendre, qu'avez-vous aujourd'hui? L'église des Gaules a passé à l'étranger. Vous n'avez plus chez vous qu'une milice ultramontaine, des

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