AUX SOLDATS DE LA DÉLIVRANCE
Nous ne donnerons pas de conseil au commandement habile et heureux qui délivre la France. Ce rang de conseiller, de contrôleur et de critique appartient naturellement aux hommes comme Hervé, comme Renaudel, qui, pendant quinze ans, avaient fait le possible et l'impossible pour ôter aux chefs militaires l'argent, les hommes el l'autorité.
Notre ambition est plus modeste. Ayant prévu la guerre et dénoncé tout ce qui nous affaiblissait devant elle, nous essayons de faire qu'elle soit plus rapide, plus courte, plus heureuse, plus fructueuse. Notre projet d'une Caisse de Primes militaires n'a point d'autre objet. Eu tendant à intéresser le combattant à la victoire, on tend aussi, suivant l'expression du marquis de Baudry d'Asson l'autre jour à la Chambre, à associer le pays qui ne se bat pas au pays qui se bat, à créer une coopération plus active des deux éléments nationaux. Il faut que le poilu entende palpiter derrière lui l'attention vigilante de millions de cœurs patriotes. Il faut que les Français non mobilisés s'habituent à tout concevoir en rapport et en proportion avec les risques douloureux du combat et le prix splendide de la victoire. Bien cultivés de part et d'autre, ces sentiments seront le germe d'un esprit national dont la guerre n'épuisera pas les bienfaits et qui pourra multiplier les douceurs de la paix.