LA SUITE DE NOS IDEES
Le projet d'une Caisse de récompense aux troupes heureuses est né, cemme on l'a vu, de la volonté d'associer le combattant aux bénéfices de la guerre et de faire au Poilu vivant ou mort sa juste part dans la victoire, produit que son courage crée.
La lettre suivante donnera une idée juste des chemins par lesquels a passé notre réflexion, avant d'aboutir à cette fondation, pour laquelle nous faisons appel chaque jour au patriotisme, à la générosité, à l'esprit politique et à la justice. Cette lettre est écrite du fond de l'Algérie par
iiQ de nos ligueurs, caporal d'une unité qui a longtemps guerroyé sur le front de France :
Vous notez chaque jour les progrès que fait dans tous les milieux votre campagne en faveur du poilu.
Nos cliefs, depuis longtemps, sont entrés dans cette voie de justice et de sens pratique. Je me souviens qu'au début de 1916 s'échangeaient des propos animés, au fond dos sapes de la Buante, face au bois de Cheppy. Les obus sifflaient, l'écho de leur éclatement emplissait nos demeures souterraines, éteignant les bougies, suspendant les conversations qui reprenaient aussitôt, i^ur quoi? Sur la récompense promise par le colonel d'une somme de cinquante francs avec permission au bout, aux patrouilleurs qui ramèneraient des prisonniers.
Les poilus discutaient vivement, concluant spontanément en ces termes : « Ça, ça vaut le coup ! »
En généralisant le procédé, on intensifierait la guerre ; au lieu de la guerre ascétique ou de la guerre administrative, de la guerre en service commandé, on ferait la guerre totale, que demandent avec Daudet tous les esprits clairvoyants. Il faut intéresser les soldats, tous les soldats, à la victoire; il faut multiplier l'attrait qu'elle a et doit avoir naturellement pour eux. A chacun d'eux individuellement, il importe de promettre un capital, espèces ou nature, à prélever sur le vaincu.
Mais, en attendant que le vaincu soit imposable, il faut imiter ces chefs militaires bons et sages, qui priment la vaillance quand elle est couronnée de succès. Les ressources mises à la disposition de l'armée pour cette heureuse avance sur les effets de la victoire, doivent être alimentées et renouvelées par l'initiative privée à travers toute la nation, que la victoire délivrera et enrichira, étendra, développera.