‹ Une campagne royaliste au "Figaro"Chapitre 112 sur 127 · LA CAISSE DES PRIMES MILITAIRES SUR LA LIGNE DE FEU · texte numérisé non relu

LA CAISSE DES PRIMES MILITAIRES SUR LA LIGNE DE FEU

Les réalités, les voici.

Un officier supérieur, commandant une unité combattante, nous écrit cette page pleine de force et de sens :

J'ai Thonneur de vous envoyer ci-inclus un billet de cent francs pour la Caisse du Combattant, et surtout pour vous témoigner mon approbation au sujet de la campagne que vous menez et qui ne peut qu'exciter mes braves soldats à mieux faire. Tous, non pas sur « le front » (expression inexacte et détournée de son sens) mais, sur la ligne de feu, nous lisons vos articles et suivons votre campagne avec le plus grand intérêt. Vos idées sont populaires, et, comme elles sont loin d'être démagogiques, elles sont excellentes.

Intéresser le soldat par les bénéfices de guerre, c'est donner un levier de plvs à son activité, à son courage, à son énergie.

Ce n'est pas le levier unique. Il en est de plus nobles, il en est de plus beaux. Mais nous n'en sommes pas à vouloir utiliser seulement les armes de luxe et les aciers damasquinés. Tout doit servir ; tout doit concourir à sauver, à libérer, à relever la France, depuis les sentiments qui font les héros, jusqu'aux simples désirs et aux vœux élémentaires du commun des hommes mortels.

Le colonel continue :

Ces bénéfices de guerre ne seront pas pris sur l'intérieur (comme ceux obtenus par tant de profiteurs), ils seront pris sur l'ennemi par ceux qui ont le mérite d'être, avec leurs poitrines, au premier rang.

Il ne saurait nous venir à l'idée que ces parts de prises iront encore augmenter les bénéfices de l'arrière.

Et mon éminent correspondant, qui voit les choses de près, répond ici très à propos à l'objeclion spécieuse qui a couru :

On dit : le militaire se paye avec l'honneur, non avec de l'argent. Méfions-nous du sophisme qui consiste, dans la

nation armée, dans la guerre totale, à refuser au militaire de l'argent, parce qu'il est soldat, et à donner des honneurs aux gens qui ne sont pas au feu, parce que... tout le monde fait la guerre.

Si l'armée actuelle est composée de toutes les forces du pays, ne doit-elle pas avoir sa part de toutes les récompenses? Elle ne demande de « bénéfices » que ceux gagnés au feu, et parce que trop de croix de guerre, trop de récompenses, de grades, trop de faveurs, etc., etc., vont à ceux qui de leur siège jurent à tout propos... que tel jour ils ont sauvé le pays, comme l'a dit un poète militaire, Maurice Boigey, en parlant du poilu :

Comparez ce qu'il donne avec ce qu'il reçoit.

Or, nous comparons depuis trois ans bientôt. Nous ne sommes pas favorisés...

Nous, soldats de métier, nous sommes soldats quand il s'agit de nous imputer tant de fautes de guerre ou d'avantguerre; nous sommes nation armée quand on veut trouver que ça n'a pas encore trop mal marché...

Cette injustice doit cesser. En rétablissant en un cas concret le véritable « droit », le droit des Français, on trouve aussi le moyen de faire œuvre utile, utile à la victoire, u!iie à la paix publique, utile à la fortune future du pays. Les bons citoyens seraient trop aveugles et trop naïfs de perdre ici l'occasion de frapper un coup double, et triple, et quadruple, sous prétexte de quelque vague risque d'une offense à l'honneur.

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