L'HONNEUR
Au surplus, que l'on se rassure. Ce sont les esprits les plus chatouilleux sur l'honnenr, ceux qui en conservent la tradition séculaire sur notre vieux sol, ce sont les membres du pouvoir spirituel, religieux et prêtres vénérables ou fils de ces familles militaires dont le sang coula d'âge en âge pour toutes les causes de la patrie, qui nous encouragent à considérer non un exemplaire de l'homme revu et
châtié pour des discours officiels, mais l'homme total, l'homme complet, celui qu'a mobilisé la guerre complète et totale.
L'auteur de la lettre qu'on va lire est un soldat de carrière. Il a repris du service au début de la guerre. Il ne l'a quitté qu'à bout de forces, et, gentilhomme de vieille roche, ni la Caisse des primes militaires, ni la part du Poilu ne lui inspirent de fausse pudeur :
En feuilletant, ces jours-ci, les Commentaires de César, j'y ai trouvé (livre VIII, chap. IV) le passage suivant, qui me paraît tout à fait conforme à votre thèse de la Part du Poilu: « Pour de si grandes fatigues, une si grande endurance, dont les soldats avaient fait preuve au cours de la mauvaise saison, par des chemins difficiles et par un froid affreux, César leur ordonna deux cents sesterces par homme à litre de soutien. Les centurions en eurent deux mille'. »
Ne dirait-on pas que cet immense effort et cette patience, ces chemins si difficiles, ces froids intolérables, c'est ce qu'on a vu cet hiver dans la Somme? Je me réserve de vous apporter ma souscription à la Part du Poilu la semaine prochaine, quand j'irai à Paris.
Le donativum de Jules César était accordé en manière de butin, comme une sorte do prélèvement que l'ennemi dut régler plus tard, une fois vaincu. L'important était de dédommager, de réconforter le légionnaire. Nous ne disons pas autre chose à la France, quand nous la sollicitons de se placer avec nous à ce point de vue des forces vitales.