‹ Une campagne royaliste au "Figaro"Chapitre 118 sur 127 · LA PART DU POILU DÉBOURRE LES CRANES · texte numérisé non relu

LA PART DU POILU DÉBOURRE LES CRANES

C'est ce qu'un admirable officier, au front depuis le début de la guerre, a saisi également. Il nous dit :

Je vous envoie ci-joint ma contribution, trop modeste, hélas! à la Caisse des Primes militaires, et je vous prie d'y voir surtout l'expression de mon admiration pour l'Action française.

Quoi de plus logique et de plus humain que de vouloir faire participer le soldat aux bénéfices matériels de la victoire? Mais il était juste, et pour ainsi dire harmonieux, que cette idée soit vulgarisée par l'Action française, dissipeuse de nuées.

La dissolution des nuées, la fin des bourrages de crânes est aussi l'un des objectifs échelonnés de cette campagne. Car plus l'intelligence de cette guerre sera complète, mieux l'esprit national sera en état de se ressaisir et de s'organiser. C'est ce que comprennent parfaitement nos confrères de la presse nationaliste et royaliste, en nous appuyant de toute la clarté et de toute la chaleur de leur haute raison

Les rédacteurs de l'Avenir du Loir-et-Cher, du Jou7"nal d'Ancenis, du Maine, de l'Avenir de Bagnèresde-Bigorrp, se sont rendu compte que l'œuvre de bienfaisance partie du cœur de la nation doit s'étendre à son cerveau. Seules les lumières croissantes feront disparaître une foule de malentendus, les uns en formation, les autres au moins menaçants.

Dans le Périscope, journal du 83" d'infanterie, qui a sa rédaction au « poste d'écoute, route de Berlin », un écrivain que je n'ai pas l'honneur de connaître, et qui signe Louis Pasquine, a écrit cette page qui devrait montrer bien des vérités naturelles à ceux qui ne les auraient pas découvertes tout seuls :

Le poilu est un homme. Donc, il obéit aux lois immuables de la nature. Un séjour prolongé dans l'eau ou dans la boue peut provoquer chez lui des rhumatismes ou de la gelure ; la fatigue peut le terrasser, et l'instinct de la conservation n'étant pas aboli chez lui, il a la faiblesse de tenir à sa peau. Il salue les marmites au passage, avec déférence; il ne se profile pas trop longtemps sur les parapets, il sait se coucher à plat ventre au moment voulu, et n'est pas long à « désaxer » lorsqu'il est dans une zone dangereuse. Il peut s'invectiver et même se quereller avec ses compagnons d'armes, et chacun sait que la distribution du rabiot de pinard dans une escouade s'accomplit rarement dans le calme. Il mange du singe avec répugnance, et « grogne » lorsque le ravitaillement vient à manquer. Il ne chante pas en montant à l'assaut, pour ne pas s'essouffler inutilement. Il a le <^ cafard » lorsqu'il pense aux siens et à .sa vie de l'avant-guerre. Il a des sautes de mauvaise humeur, et « rouspète » lorsque ça le prend, à propos de tout et contre tout le monde. Et il n'y met pas souvent des formes! Quant au Droit, à la Civilisation et à l'Humanité, le poilu n'y songe guère. On pourrait d'ailleurs compter facilement les poilus qui ont de ces abstractions une notion claire.

Le poilu songe tout bonnement à sa famille, à sa maison, à son lopin, aux délices rétrospectifs de sa vie d'avant-guerre. Il ne faut pas lui demander d'envolée métaphysique; il agit beaucoup, et, agissant beaucoup, il n'a pas le temps de penser. N'ayant pas le temps de penser, il méprise les abstrac-

lions, les mots r-ides dont la presse l'assomme depuis le début des hostilitt\s. L'n quart de pinard est plus suggestif, au point de vue poilu, que la plus vibrante rhétorique. Le poilu lit les journaux avec un large sourire et trouve de l'humour là où l'on n'avait mis que de la conviction. Tous les jours, il se voit qualifié de courageux, de vaillant, d'admirable, d'héroïque, de sublime; tous les jours, il se voit encensé et paré des appellations les plus flatteuses. Et il sourit en songeant que, lors de sa dernière permission, un de ses admirateurs de l'extrême-arrière lui fit payer un camembert dix sous de plus qu'il ne valait, et lui refila une pièce en plomb; et, qu'à la même époque, dans le compartiment de chemin de fer, une de ses admiratrices de la même zone se détourna de lui avec répulsion.

Le Poilu est un homme... Le Poilu songe à sa famille... Il méprise les abstractions... Ce sont des paroles à retenir. Que tel et tel poilu puisse s'élever au-dessus « des lois immuables de la nature », on le sait, et rien n'est plus beau ni plus précieux pour la France. Mais que tous soient rêvés sur ce type idéal, ce n'est pas seulement une erreur, c'est un danger public. Il faut tenir compte des idées et des sentiments moyens de l'humanité, à moins qu'on n'ait (comme les chefs sociahstes) un intérêt particulier aux divisions sociales, aux crises nationales, à la révolution.

L'œuvre de fraternité prévoyante à laquelle nous convions tous les Français, fait également leur part aux besoins de la patrie et aux conditions de l'humanité.

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