‹ Une campagne royaliste au "Figaro"Chapitre 120 sur 127 · NOTRE CAISSE ET LE PATRIOTISME · texte numérisé non relu

NOTRE CAISSE ET LE PATRIOTISME

Plus d'un républicain, Barrés, Jean Herbette, Léon Bailby, ont énergiquement approuvé notre initiative. Ce sont des républicains patriotes. Ils croient, ils savent que la patrie a une créance sur nous tous. Ils n'en sont pas moins persuadés que ceux d'entre nous qui exposent leur poitrine au feu ennemi ont droit à autre chose qu'à un grand merci et que les récompenses honorifiques peuvent être doublées sans déchéance de témoignages plus substantiels. Cette vue de bon sens n'est combattue que par ceux qui ont dit pendant vingt ans, avec M. Jules Guesde: (( Nous sommes le parti du ventre. » Ces chefs socialistes, âprement hostiles à tout projet d'émancipation véritable, veulent garder leur monde dans la main de l'État, c'est-àdire dans la leur. C'est à eux que la républicaine /^epèt/ie de Lyon répondait dans un « carnet » de son « raisonneur » Francillon :

Nous entendons se récrier les gens à grands principes, qui nous accuseront d'opposer un bas intérêt au sentiment de rtionneur. Tout doux! En quoi voyez-vous le sentiment de l'honneur compromis?... Il se bat en héros, pour les siens, pour le pays, pour un idéal : c'est fort bien; faut-il de plus qu'il se batte pour le roi de Prusse? Il se bat contre ce roi en ce moment, et logiquement ce doit être d'un meilleur profit que ne le veut le proverbe.

C'est ce qui nous est confirmé dans une lettre venue précisément aussi de Lyon, et dont on aimera l'accent fier et net :

Je m'associe de tout mon cœur à vous, et je proteste de toutes mes forces contre les allégations mensongères de la

MAUKRAS-PAHT. g

bande Biucke et consorts. Nos poilus ne se battent pas pour l'argent, Dieu merci! A ce compte-là il y a longtemps qu'ils auraient renoue*^ à la lutte, au prix où ils sont payés. Ils se battent pour chasser le Boclie de chez nous. Mais il appartient à la France de les récompenser, non pas seulement en . rubans ou en médailles, mais en leur donnant une part de la dépouille des vaincus. Arrière les socialistes qui veulent chez ceux qui les défendent (pendant qu'ils s'enrichissent) le désintéressement qui leur est inconnu à eux. Et si en vérité l'on n'a pas la force ou le courage de faire pour nos soldats ce que César faisait pour ses légions, que nous tous, ceux de l'arrière qui ne devons d'être restés Français qu'à la vaillance de nos chers poilus et au sacrifice héroïque de ceux qui sont tombés sur la brèche, que nous tous fassions des sacrifices afin de cc^stiluer et de faire bien grosse cette pai t du poilu j Je n'ai jamais autant regretté la médiocrité de ma bourse que depuis votre campagne.

J'ai dû attendre la fin du mois afin de prélever sur mes appointements la modeste offrande que je vous envoie, et que je renouvellerai dès que je le pourrai. Puisse mon exemple être suivi en foule par les petites bourses d'employées, et merci à vous pour cette heureuse initiative.

Ainsi parle une Lyonnaise patriote. Ainsi, beaucoup d'autres Français et Françaises. Ils se rendent admirablement compte du mécanisme de notre projet. Nous les remercions de leur appui.

LA CAISSE DE PRIMES MILITAIRES JUGÉE PAR LES SOCIALISTES OU CAILLAUTISTES

Une irritation violente est provoquée dans le monde politicien par notre projet d'intéresser le combattant aux profits de la victoire et par notre Caisse des Primes militaires. Ce monde-là espère «n effet, tantôt obtenir un {censuré) en exploitant le Pourquoi te bats-tu ? des lecteurs de M. Barbusse, tantôt, si la guerre est conduite jusqu'à son terme, exploiter les fatigues, les douleurs, les déceptions d'une fin de campagne pour attirer

à la patrie ces {censuré) dont le parasitisme démocratique est friand.

Un des organes de la presse de M. Caillaux vient de manifester sa rage dans un article prudemment signé d'un pseudonyme. La question est prise au point où l'a laissée le mensonge de Bracke. On développe ce que celui-ci s'était contenté d'indiquer. L'idée d'indemniser des braves est présentée comme un sacrilège. D'après ces messieurs, il ne faut payer que les députés.

L'Action française, écrit la sale feuille, est incapable de s'expliquer le désintéressement de l'héroïsme français. Quoi ! Ne pas hésiter à consentir le sacrifice total de soi-même, simplement parce que la patrie le commande? Non! Non! Ce n'est pas admissible 1 Maurras considère ce patriotisme-là comme une nuée révolutionnaire, qu'il importe de dissiper. De là l'ignoble campagne menée depuis des semaines par cet attardé, en faveur d'une prime aux combattants, d'une « part du poilu », que, d'ailleurs généreusement il propose de prélever sur les dépouilles de l'ennemi.

La générosité des lecteurs de l'Action française n'a pas attendu la défaite de l'ennemi pour faire les premiers fonds de cette prime. Mais continuons la diatribe :

Le sacrifice bénévole à la patrie est un leurre, proclamet-il. Il faut que le héros soit matériellement intéressé à l'issue de la guerre... Marche, et la guerre paiera!

Or, chaque jour, V Action française revient sur cette abominable conception...

Tous les bons Français, tous les vrais patriotes flétriront comme il convient une campagne aussi odieuse, qui n'a évidemment pour but que d'avilir le magnifique élan de notre armée nationale, voulue et préparée par la République. Et quant à nos poilus, ils opposeront aux mercantis de patriotisme, la seule protestation qu'ils méritent : le mépris.

Les caillautistes réservent le boni aux politiciens. L'Action française se place au point de vue des intérêts des combattants, qui ne sont pas séparables des intérêts de la victoire et de la patrie..

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