‹ Une campagne royaliste au "Figaro"Chapitre 17 sur 127 · LE COUP NUMÉRO UN · texte numérisé non relu

LE COUP NUMÉRO UN

par une œuvre d'art collective, à la fois spontanée et concertée, à laquelle ont travaillé presque tous les écrivains, presque tous les artistes de la première moitié du xix^ siècle, même un légitimiste comme Balzac, un démocrate comme Hugo, un libéral comme Thiers ; 3° l'incorporation à cette légende des idées révolutionnaires, alors en vogue extrême et, dès lors, la complaisance ou parfois la complicité active des sociétés secrètes, delà Maçonnerie révolutionnaires ; enfin, 4°, une conquête préalable des abords du pouvoir (analogie lointaine des victoires d'Ivry et d'Arqués), par la résultante des trois premières conditions ou forces précitées : l'élection du prince Louis-Bonaparte à la présidence, le 10 décembre 1848, trois années plus tôt.

De cette élection populaire à la mainmise sur tous les ressorts de l'Etat, condition nécessaire de la parfaite a propreté » du « Coup », il dut, en effet, s'écouler trois ans entiers de travaux d'approche, de luttes lentes, sourdes ; 1849, 1850, 1851 s'y dépensèrent.

Tantœ molis erat ....

Nous ne le disons pas pour contrarier ceux qui espèrent uniquement dans 1' « opération de police un peu rude » : les circonstances aj^ant changé, d'autres changements sont aussi à prévoir, même l'aplanissementde certains obstacles ; mais il importe de montrer combien la pureté exemplaire de ce coup n° 1 impliqua de difficultés. Sans déconseiller le moins du monde de le désirer, ni de le préparer, nous ajoutons que, si ce moyen-là est tout à fait admirable, il n'est pas l'unique Et tant s'en faut.

Par conséquent, et à supposer même qu'il soit momentanément peu pratique — aujourd'hui que nul

des nôtres ne semble figurer parmi les occupants possibles du pouvoir — on ne devrait pas en abandonner pour cela l'idée générale du Coup, car elle peut se réaliser autrement.

LE COUP NUMERO DEUX, COMPARAISON DES DEUX SYSTÈMES. AUTRES COMBINAISONS.

Infiniment plus accessible de nos jours paraîtra le coup n° 2. Mais il comporte certains risques de perturbation.

Dans ce système, on ne suppose plus l'intervention directe du maître de l'heure (Tallej'rand, Monk) ou du chef de l'Etat (le prince-président) ou d'un chefd'arraée qui règne déjà sur une partie du royaume (Henri IV).

On se fie au maître de la minute ou de la seconde, au dépositaire d'une fraction quelconque de la force publique pendant une de ces journées d'ébullition et de tumulte où, comme dit Drumont, il y a de l'électricité dans l'air. C'est l'hypothèse qu'exposait M. de Lur-Saluccs à notre banquet du 15 décembre 1908, dans un passage de son discours reconstitué par Bernard de Vesins au Petit Versaillais. Une anecdote pleine de saveur etde sensy montre à quelles conditions ce moyen peut être employé :

A la fin de 1899, lorsque le général Chanoine donna sa démission, un vent de révolution passa sui* la capitale. La population parisienne frémissante, prête aux émeutes libératrices, couvrait la place de la Concorde. Partout des troupes : mais ces troupes elles-mêmes n'étaient pas so-

lides, elles se sentaient en communication intime avec les patriotes qui les entouraient.

Un général passa devant un régiment qui barrait le pont de la Concorde. Et le colonel lui dit en lui montrant la Chambre des députés :

— Mon général, faut-il entrer ? Allez-vous enfin nous dire de marcher ?

— Marcher, lui dit le général, et pour qui ?

Le colonel resta sans réponse, le régiment ne marcha pas : la partie était perdue pour la France.

Eh bien ! poursuivait M. de Saluées, quand notre propagande aura été menée d'une manière assez complète, quand l'esprit public aura été reconstitué par nos soins et d'après nos plans, quand l'alternative RÉPUBLIQUE ou MONARCHIE aura été solidement formée dans l'opinion, ce jour-là, les colonels ne resteront pas sans réponse. A la question marcher^ pour qui? ils répondront :

— Eh ! parbleu, mon général, pour le roi !

Si Ton voulait descendre au fond des cœurs français, on verrait combien cette pensée, même muette, y tient de place : ils rêvent tous du chef qui oserait.

Les royalistes sont les seuls à bien savoir dans quel cas — dans quel cas unique — ce chef pourrait oser, du moins oser utilement, légitimement et validement pour le bonheur de la nation. Mais la nation ne fait pas ces distinctions subtiles. Dans l'élément civil, on dit: le général X... tout court, et les conséquences de l'intervention de ce général, quel qu'il soit, n'inquiètent guère les esprits les plus timorés; tant il est \a'ai qu'on fait confiance à l'évocation militaire!

Mais ces conséquences éventuelles sont l'effroi des vrais soldats, car ils calculent les horreurs de la lutte armée entre enfants du même pays, « le plus

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