LE COUP NUMÉRO DEUX
des philosophes, c'est-à-dire tout ce qui n'est pas contradiction dans les termes, — ce qui n'est pas cercle carré, démocratie organisée ou République démocratique puissante, — nous pouvons affirmer sans nulle hardiesse :
— Tout arrive, donc tout se peut. Il n'y a qu'à vouloir. Qu'on veuille le possible, et le réel éclot.
— Oh ! oh ! dira qiielqiiiin, ht chose est un peu rude !
« Vous expédiez le problème en faisant bon marché de toutes les données.
« Passe encore pour les coups tenlés de haut ou d'à mi-côte! Mais quand vous venez nous parler d'une émeute populaire, d'une mutinerie de soldats, de conspirations formées entre civils, vous nous faites l'effet d'un simple revenant de 1820, de 1830 ou de 1848, alors que les régimes mal établis chancelaient aux moindres secousses. Vous ne calculez pas la solidité morale du régime installé en 1877 et qu'ont fortifié les élections de 1881, 1885, 1889, 1893, 1898, 1902. 1906. Vous oubliez romantiquement que ce régime a duré (1). Vous ne tenez non plus aucun compte de ses moyens policiers qui sont considérables et
(1) Par romantisme, ou autrement, on a tout à lait négligé dans ce qui suit l'objection tirée de la prétendue durée de la République Mais il ne sera pas mauvais de rappeler au bas de cette page ce qu'en a pensé M. l'abbé Lantaigne en un temps où le régime était plus frais et plus vigoureux qu'aujourd'hui : « Bien qu'il dure jjour notre châtiment, il n'a pas la durée. Car l'idée de durée implique celle d'identité, et la République n'est jamais un jour ce qu'elle était la veille. Sa laideur même et ses vices ne lui appartiennent pas. Et vous avez vu qu'elle n'était point déshonorée. Des hontes, des scandales qui eussent ruiné
qu'il a bien en main. Vous ne songez pas davantage à son armée : cette armée dont les seuls actes effectivement militaires nont été, depuis des années, que la répression des troubles civils et qui, par suite, est entraînée à ce genre d'exercice : elle en a l'habitude et, peut-on dire, la tactique. Mais votre plus grande légèreté consiste à ne pas voir que ce qui put être fait contre les régimes antérieurs ne peut se répéter à cause des progrès de la science... Riez, monsieur, riez. Ce ne sont pas des mythes. Cela existe bel et bien, en dépit de vos antiquailles : téléphone, télégraphe, bicyclette, automobile, permettent, en un temps très court, presque instantanément, au ministre de l'Intérieur, de mobiliser toutes ses forces de défense. Toute action, par surprise, est devenue une chimère à peine digne de repaître des fols comme vous, »
Ainsi nous gronde un personnage que l'on aura déjà aperçu dans le théâtre de Musset et les livres d'Henri Monnier. Le bon sens paraît approuver, le sens commun ratifier. Et c'est une raison majeure de nous tenir en garde. Les produits du bon sens et du sens commun sont de très haut prix, après qu'ils ont passé par l'épreuve de l'analyse : avant l'épuration, ce n'est que le mélange du préjugé sordide à la plus divine raison.
L'argument du « progrès moderne » produit un bon exemple de cet amalgame dont le résidu fournirait une idée très juste.
Eh! sans doute, dans une bataille rangée et aussi devant la barricade comme en construisirent nos
le plus puissant empire l'ont recouverte sans dommage. Elle n'est pas destructible, elle est la destruction. Elle est la dispersion ; elle est la discontinuité ; elle est la diversité ; elle est le mal ». (Anatole France, L'Orme du mail, 1897.)
pères, Tinégalité s'est accrue entre la troupe régulière pourvue de l'armement scientifique moderne et tous les combattants improvisés, équipés au hasard, avec des revolvers et des fusils de chasse ou d'anciens fusils de munition déclassés. T.'ais ce n'est pas ainsi, ce n'est pas toutes choses étant égales d'ailleurs que se posera la question entre nos deux troupes. On ne verra point face à face deux armées différenciées par le seul armement ! Des conspirateurs réfléchis ne perdront pas leur temps à construire une barricade sur l'avenue de l'Opéra. Ils auront vu cette promenade avant d'y prendre ces dispositions militaires. Ils sauront comment elle est faite. Ils n'ignoreront point que de larges voies exposées à l'arrosage des mitrailleuses se prêtent mal à ces S3'stèmes d'un pittoresque préhistorique. Enfin ils se conformeront aux deux principes de la guerre moderne : la surprise et le bond. Le bond qui est décisif; la surprise, élément tout moral qui désarme la défensive avant môme que l'offensive ait frappé. Reste à savoir si vraiment les « progrès modernes » rendent la surprise impossible. Ce n'est pas démontré encore ! C'est le contraire, qui se démontre. Et d'abord il y a un fait. Nous avons vu tout récemment dans une ville slave outillée à la moderne comme Belgrade, une révolution de palais aboutir absolument aux mêmes résultats qui conquirent Pétersbourget Moscou du temps des Pierre, des Paul et des Catherine. Le massacre du triste Alexandre et de l'infortunée Draga constitue, indépendamment de sa lâche férocité, un spécimen de la surprise qui réussit. Nous ne discutons pas moralité, mais possibilité (1). Il y eut, là, surprise : là, de nos jours.
(1) Je ne change pas un ihoI à ces dernières lignes, publiées
En effet, pourquoi pas, si léneigie des cœurs et la ruse des cerveaux n'ont pas varié ? Les nouveaux moyens qui servent les uns peuvent aussi servir les autres. Le télégraphe, le téléphone, les bicj'clettes et
en janvier 1908. On ne lira pas sans curiosité le dialogue intervenu au même propos près de deux ans plus tard, en décembre 1909 entre mon distingué confrère Léon Bailby, directeur de l'Intransigeant, et mon collaborateur Criton, de l'Action française, qui ne possédait point trop mal notre théorie du coup de force, ce à quoi M. Bailby n'est pas obligé. Criton écrivait le 18 décembre 1909:
« M. Léon Bailby, dans l'Intransigeant, assure que le progrès matériel garantit les gouvernements contre tous les coups de surprise: « Il s'est fait, entre le pouvoir central et les départe- « ments, une centralisation facilitée encore par le téléphone. 11 « est devenu très malaisé, en ces cinquante dernières années, d'o- « pérer un coup de surprise. Les chefs militaires eux-mêmes ont <( donné la preuve de leur esprit timoré. Et quant aux ouvriers « qui descendaient jadis faire des barricades, ils ont tous aujour- « d'hui acheté dans les grands baza rs un lit et une armoire à glace. « Et ils n'ont plus le désir de se faire trouer la peau pour des « idées ou pour les hommes qui les représentent. )) On dirait, à lire ces lignes, qu'il ne s'est produit aucune révolution pendant ces dix dernières années, ou que Belgrade et Constantinople aient été dépourvues de téléphone et de télégraphe ! Comme si ces instruments de progrès et de centralisation n'étaient pas en état de servir une conspiration bien ourdie plus que le pouvoir contre lequel elle se fait ! Les généraux ? Tout le monde sait aujourd hui pourquoi les généraux n'ont pas marché : on leur proposait des sottises. Quant au refus de se faire trouer la peau pour Fallières et Jaurès, c'est un sentiment naturel dont nous félicitons les ouvriers français et que nous saurons bien utiliser, en outre, car nous sommes parfaitement décidés, quant à nous, à nous faire trouer la peau pour renverser la République et faire la monarchie.
« Bailb^' ajoute ; « Le jour où le régime actuel cédera la « place à un autre, ce sera par des moj-ens nouveaux, coalitions « sj'ndicalistes. grève générale des bras croisés, extinction géné- « raie de la lumière et de la force. La République, si on n'en « rajeunit pas la sève, tombera de l'arbre comme un fruit trop « mùr. Et personne n'y aura même touché. » Rien n'empêche d'utiliser les moyens nouveaux pour approprier et adapter les anciens. Les fruits mûrs ne tombent pas tous. Il en est qiie l'on cueille. En quoi maturité exclut-elle cueillette?
« Nous disons : A plus li, plus C, plus D, plus A', le connu plus l'inconnu Nous ne comprenons rien à la sombre manie
les automobiles ne fonctionnent pas seulement au service de l'Etat ; des particuliers peuvent en user s'ils sont adroits, pour se concerter et se rassembler. Un langage conventionnel bien choisi peut sous-
qui s'arrête interdite devant la plus simple des opérations de l'esprit : l'addition de moj'ens nouveaux aux formules antiques ».
Sur quoi, réponse de Bailby à laquelle Criton, la résumant, réplique : « Bailby nous disait que le téléphone et le télégraphe étaient depuis quelque cinquante ans des obstacles au coup. Nous lui avons demandé s'il croyait Belgrade et Constantinople tellement démunies des engins de la vie moderne I Alors, Bailby, raccrochant ses récepteurs, ne parle plus du téléphone, mais des « mœurs ». Il suppose à Paris un coup de force aussi violent, aussi cruel, aussi répugnant que celui de Belgrade, d où il conclut avec vraisemblance que l'indignation serait générale 1 « Que des officiers conjurés viennent en- « vahir l'Elysée, égorger le président delà Bépublique, couper en « quatre morceaux inégaux sa femme, cela semble difficile. S'il « étaient peu nombreux et décidés à agir sans Tamburini ni trom- « pettes, peut-être, admettons-le, y arriveraient-ils. Et après ? « Ils auraient égorgé un homme, voilà tout- Ils se briseraient en- « suite contre les mœurs et seraient emportés comme fétus par « la tempête de l'indignation populaire. Belgrade a admis. Paris « n'admettrait pas et le coup d'Etat échouerait parce que tout est « possible à l'homme, sauf l'anachronisme. » Bailby n'oublie qu'une chose. Nous lui avons parlé des téléphones serbes qui n'ont pas empêché la conspiration et non de la boucherie de Belgrade que rien ne nous oblige à renouveler.
« L'idée d'égorger le Bœuf (M. Fallières) est une fantaisie gratuite, on n'a jamais rêvé qu'à faire joujou avec lui. Personne n'a, d'ailleurs, songé à tuer qui que ce soit le jour ni la nuit du Coup, attendu qu'il n'y aurait vraisemblablement aucune résistance et que nos conjurés ne sont pas assez sots pour aller se mettre inutilement à dos le sentiment public. Le coup est l'opéralion de police (révolutionnaire ou réactionnaire, comme on voudra) qui consiste à s'emparer de la salle des dépêches au ministère de l'intérieur et des trois ou quatre autres points névralgiques du haut desquels on occupe, en fait, le pouvoir : la centralisation avec ses moj'ens des plus puissants s'y trouvant retournée à votre service. La « conscience humaine »,vo3'ant les voleurs volés et les bandits sous clef, poussera un < ouf » de soulagement, et la foule dira bravo parce que l'acte d'une petite poignée d'hommes aura exprimé ses désirs secrets. Témoin l'état général de complicité dans lequel se trouvaient les curieux, les passants et les habitants nu Quartier Latin pendant que Pujo,
traire à la surveillance les communications opérées par les appareils de l'Etat.
Plus cet Etat se trouve armé avec puissance et plus (on l'oublie trop) il se trouve aussi surchargé. En temps normal, la pléthore de ses fonctions cause une négligence générale dans les services. Sans doute, aux temps troublés, la surveillance /jeuf redoubler. Est-ce qu'elle redouble toujours, en fait? M. Lépine est un préfet de police, mais M. Blanc en fut un autre, et M. Blanc a traversé des temps plus agités que ceux de M. Lépine. Enfin, dans des temps très troublés, cette surveillance ne fléchit-elle pas et presque inévitablement? Grande question. Donc, grande marge à des possibilités favorables. Autres chances à inscrire à l'actif des surprises et des conspirations.
Quant à la confiance que donne la longue possession du pouvoir, rien ne vaudra celle que l'ancienne Monarchie aconnue. Et cette monarchie afaibli cependant. Dès lors tout peut faiblir de même. L'autorité qu'engendrent les consultations populaires ? Mais elle appartint sans conteste au second empire. Moins de six mois après que le radieux plébiscite de mai lui eut apporté une majorité de plus de 5.700.000 suôVages, dont la République républicaine n'a jamais été honorée, les Parisiens sans armes entrèrent au Corps législatif, à l'fiôtel de Ville, comme un faisceau de joncs dans un pâté de sable. Pourtant l'impératrice et le petit Prince avaient des défenseurs plus surs que le
Maxime del Sarte, André Gaucher et leurs braves troupes opéraient au dedans ou au dehors de la Sorbonue. — A moins qu'on ne suppose ce régime-ci populaire ? Bailbj* en doute certainement.
« — Mais après? — Après, ce sera affaire à ce nouveau pouvoir de se faire accepter, aimer et acclamer. Il y a moyen. Bailby peut nous croire. » {Action française du 25 déc. 1909.)
prestige électoral : les plus beaux préfets de la terre, une police dévouée et vigilante, une gendarmerie piaffante, une garde chamarrée et caracolante! Tout se détraqua sur une mauvaise nouvelle : il fallut fuir sans avoir brûlé une amorce. Le même élément avait fait défaut partout à la fois : un élément moral. Et, chacun démoralisé, il n'y avait plus personne ni rien.
On dira :
— Mais alors vous calculez les mauvaises nouvelles 1 Vous comptez sur les Prussiens, comme au lendemain de Sedan ! Ou sur les Alliés, comme après Waterloo!
Nous prions les lecteurs de ne pas se laisser démonter par des mouvements oratoires. Ce ne sont pas des arguments. Ce sont des bêtises.
Nous avons parfois le regret de trouver celles-ci sous des plumes honnêtes, bien intentionnées, et qui croient ce langage patriotique. S'il faut répliquer, répliquons que mieux vaut calculer les mauvaises nouvelles que de les rendre inévitables comme font les drôles au pouvoir ou leurs innocents collaborateurs et complices de la Droite nationaliste ou de la Droite ralliée. Calculer qu'un régime ainsi construit, ainsi conduit et si faiblement attaqué par l'opposition, mène le pays à l'Invasion étrangère et à la Révolution, prévoir ces événements et, de sang-froid, à tête reposée, combiner quelques moyens sérieux d'empêcher tous ces maux, qui sont certains, d'être mortels, c'est le second devoir des patriotes conscients, lorsqu'ils sont clairvoyants et qu'ils ont tenté le premier, qui est de faire l'impossible pour arrêter le train en avant de la catastrophe ! Le véritable crime, ce serait de ne pas faire ce calcul, et de ne pas prévoir ces maux, et de ne pas prendre des mesures de précaution.
FORTES DEJECTIONS RÉSOLUES 29
Sans pouvoir souhaiter ni espérer le mal, nous ne pouvons pas faire que tant de fautes polilitiques ne l'engendrent pas. Faut-il s'interdire de le prévoir ou doit-on éviter noblement d'3' pourvoir ? Faut-il éviter de se dire que l'ennemi de rintéricur pourra être un jour accablé des conséquences de ses fautes ou de ses crimes et que nous pourrons profiter d'un instant de stupeur pour nous débarrasser de lui ?
Des incidents sans gravité peuvent d'ailleurs produire tous les effets de démoralisation favorables au coup de force. Pour lui permettre de réussir avec le minimum de résistance et de difficulté, il suffirait d'une minute de distraction et d'absence parmi les défenseurs du régime. La cause ou le prétexte du détraquement spontané n'importe pas du tout. Ce peut être Sedan ou Waterloo ; ce peut èlre Lang-Son ou la première venue de ces fausses rumeurs qui déterminèrent presque tous les mouvements populaires de la première Révolution. Que la force publique montre du flottement, les chefs civils ou militaires de l'indécision, en ces cas-là (ceci a force d'axiome en histoire, par conséquent en politique), devant un groupe d indiuidus résolus sachant bien ce qu'ils veulent, où ils vont et par où passer, le reste plie, le reste cède, le reste est mené, enlevé. Ce n'est pas seulement la loi de la lutte civile ou de la sédition heureuse. C'est l'éternelle condition du succès des coups de main dans toutes les guerres connues.
L'axiome d'histoire est axiome de politique : en d'autres termes, ce qui s'est fait se refera. Arrêtons un instant sur cette vérité.
Est-il besoin de démontrer une identité manifeste ? Pour soutenir une autre opinion, il faudrait pouvoir trouver et pouvoir penser la raison pour laquelle ce qui s'est toujours fait ne se renouvellerait pas : nous avons constaté que le « progrès moderne » n'a pu changer grand'chose au cœur ou à l'esprit humain, tant chez ceux qui organisent le coup de force que chez ceux qui ont la charge de le repousser. Pourquoi une force publique qui n'a su défendre ni Louis XVI, ni Robespierre, ni Charles X, ni Louis-Philippe, ni, au 18 mars, M. Thiers, ferait-elle la sauvegarde éternelle de M. Fallières ? Pourquoi le général Dalstein réussirait-il, nécessairement et toujours, là où le maréchal Bugeaud a si bien échoué jadis ?
Nous avons le plus grand respect pour M. le Gouverneur de Paris, mais enfin son étoile bonne ou mauvaise lui a refusé, somme toute, de participer à de grands faits de guerre. Même pour la guerre des rues, son expérience se borne, crojons-nous, à la prise du fort Chabrol. Bugeaud avait servi, non
seulement avec Napoléon et en Afrique, mais encore rue Transnonain. Il ne put rien contre une émeute insignifiante. Nous ne disons pas que son successeur de l'an 1910 ou 1911 sera, de toute nécessité, aussi malheureux qu'il la été en février 1848. Nous disons que, si la réussite est douteuse, la défaite l'est tout autant. Les deux issues sont possibles. Nulle des deux n'étant d'avance fixée par la nature des choses, le plus vulgaire bon sens doit tomber d'accord que l'avenir reste, pour une grande part, en suspens : la résolution, la volonté, l'esprit, lénergie, — éléments moraux, — conservent donc leurs avantages éternels et la victoire peut pencher du côté où ces avantages abonderont.
Cette possibilité subsiste de nos jours exactement telle qu'elle a été à tous les moments de l'histoire : c'est tout ce qu'on avait à démontrer ici.
Or, aujourd'hui, demain, après-demain, qu'est-ce qui pourra rendre ces possibles réels?
Réponse : — L'occasion.
Nous ajoutons :
— Une occasion qui se montre de temps en temps...
— Mais se montre t-elle ?
On en sera certain si nous prouvons qu'elle s'est déjà montrée quelquefois depuis lorigine de la troisième République, période sur laquelle doivent porter raisonnablement les calculs.
Le fait est là : cette occasion s'est présentée à plusieurs reprises.
Lorsque, en 1885, le revers de Lang-Sonfut connu de Paris, la foule s'assembla devant la Chambre des députés, qui aurait été envahie si la majorité républicaine n'avait pris immédiatement le parti de chasser le ministre responsable, Jules Ferry.
En 1887, le Congrès de Versailles céda également devant la menace d'une Révolution : il n'osa pas élire Ferry président de la République, quelque forte envie qu'en ait eue sa majorité.
Dans les deux cas, les parlementaires eurent peur et refusèrent le combat : preuve qu'ils doutaient de l'issue et qu'ils se sentaient vulnérables.
Deux ans après rélection de Carnet, le soir du 27 janvier 1889, l'Elysée s'ouvrait à Boulanger : police, armée et peuple se préparaient à escorter faubourg Saint-Honoré l'élu de Paris. Aucune résistance, de quelque genre que ce fût, ne se serait produ'ite. Barrés a écrit Là-dessus une page si lumineuse que la leçon y filtre du simple exposé des faits. Le grand écrivain ne cache pas ce qu'il en pense :
... «Malgré ces acquiescements de son intelligence à la légitimité et à la possibilité d'une intervention de soldat, l'câme droite, honnête et naïve du général Boulanger garde des préjugés d'éducation. Il se rappelle que son père récitait les invectives de 'Victor Hugo contre l'Homme du Deux-Décembre. Il redoute le jugement des rédacteurs de l'histoire. Tout à fait ignorant du métier littéraire, il s'épouvante d'un bruit de plumes.
« Moins honnête et poussé'par des appétits, il aurait marché. Un sage aussi, un homme clairvoyant et soutenu par des idées maîtresses, eût mis, au nom de [a science politique, son épée au service' des volontés confuses de la France. Avec les pleins pouvoirs que lui donne Paris, le Général devait être le cerveau de la nation et diriger ce que sollicite l'instinct national. Il défaille, faute dune doctrine qui le soutienne, et qui l'autorise à commander ces mouvements de délivrance que les humbles tendent à exécuter. Autour de lui, l'inconscient se soulève en magnifique état, mais l'indigence des principes empêche qu'on aboutisse à un programme positif. »
Absence de « science politique », « indigence des principes », « faute d'une doctrine » qui « soutienne » et qui « autorise » : c'est toujours la même lacune de l'élément directeur, celui qui doit savoir et qui
doit vouloir. En 1885 et 1887, l'absence de volonté, fille de 1 ignorance, était si complète qu'on ne songeait même pas à regretter ce vide immense ouvert au centre de l'esprit public. Pour 1889, ce regret salutaire s'ébauche. Une inquiétude naît. Le nationalisme FRANÇAIS sort dc son sommeil.
. . . Neuf ans plus tard, le 25 octobre 1898, au moment où le général Chanoine, ministre de la guerre, se démettait à la tribune de la Chambre après avoir porté témoignage de la culpabilité de Dreyfus, l'émeute était maîtresse de la place delà Concorde. Elle tenait même le pont. Un chef nationaliste pénétra dans le Palais-Bourbon pour avertir un autre chef, ce dernier membre du Parlement :
— Je viens de parler à un officier, di\.-i\. Il laissera entrer le peuple. Je nai qu'à faire an signe.
— Gardez-vous-en bien, repartit Déroulède, le moment n est pas venu.
Le moment favorable fut perdu de la sorte. Et toutefois, quelque incro^^able que puisse paraître le fait au.x moralistes qui soutiennent que ce moment passé ne se retrouve plus, il devait se remontrer quatre mois plus tard !
Le 17 février 1899, jour de la rentrée de Loubet à Paris après l'élection de Versailles, le pouvoir était à la merci de quiconque l'eût voulu prendre. L'accueil fait à l'élu des dreyfusiens et des panamistes ne laissa aucun doute aux témoins de la scène. La police assistait gouailleuse et ne demandait qu'à laisser faire. « Ça marche., » disaient les gardiens de la paix en se frottant les mains. Sans tout raconter, il suffira de citer un incident qui se produisit devant la Madeleine et dont les journaux n'ont malheureusement jamais parlé. La voiture présidentielle s'était arrêtée quelques instants par suite d'un remous
de la foule : une femme, franchissant le cordon des agents, s'approcha de la portière, monta sur le marchepied et vida sur les genoux de Loubet son tablier qu'elle avait rempli de crottin de cheval. Nous ne citons pas le procédé pour le faire admirer, mais pour constater que l'audacieuse propagandiste par le fait se retira sans être inquiétée, au milieu des éclats de rire de la foule auxquels s'associaient toujours les bons agents. Si quelqu'un de pratique avait poussé jusqu'à l'Elysée et à la place Beauvau, il se serait installé sans rencontrer de résistance au siège du Gouvernement. Quant à Loubet, personne ne l'aurait revu.
Qu'a-t-il donc manqué en ce 18 février ? Ce qui avait manqué le 25 octobre précédent, ce qui avait manqué dix ans plus tôt à Boulanger : encore et toujours l'élément moral, une décision. Mais peutêtre que cette décision nécessaire serait née toute seule, peut-être que des volontés se seraient orientées et que leur ressort se serait déclenché de luimême si, d'abord, n'avait fait défaut l'élément intellectuel : idée précise, but rationnel bien arrêté...
Or, c'est là justement ce qui ne peut faire défaut aux conspirateurs roj'alistes. Fussent-ils, par gageure ou malchance, les derniers des nigauds ou les pires des pleutres, il leur resterait de savoir par cœur cette simple S3'llabe qui, résumant tout ce qu'ils sont, les dirige et les sauve tous : le roi.
SCÉNARIO d'après NATURE
On objecte encore :
— Moralement aussi, les temps ont changé. Lors de votre affaire Dreyfus, Tesprit public n'était pas indifférent comme il l'est aujourd'hui. Ce qui était possible en 1899 ne l'est plus... En 1899, on vibrait... on réagissait. Aujourd'hui on accepte, on subit, on s'amuse, on dort. ..
— Soit. Et c'est proprement la raison pour laquelle nous irons tranquillement nous coucher ce soir. Mais ce ne sera pas sans avoir tout disposé, soigneusement et diligemment, en vue de demain. Demain, l'esprit public peut se réveiller. Demain, il peut se trouver prêt à recevoir toute l'impulsion désirable (1).
Rien n'est capricieux comme l'état des nerfs d'une femme ou d'un peuple. Le calme plat ne veut rien dire. Les cyclones moraux et politiques arrivent de loin, mais avec une telle vitesse qu'il est à peu près impossible de les annoncer. Le devoir du bon capitaine est de rester paré, non seulement pour éviter le point dangereux, mais pour tirer un bon parti
(l; Ce texte a paru mot pour mot le 15 janvier 1908. En avi-il suivant, commençait le premier réveil de la jeunesse des écoles provoqué par le scandaleux voj'age du professeur Andler en Allemagne. Enfin, à l'automne, éclataient au Quartier latin les inoubliables manifestations des étudiants contre Thalamas, insultcur de Jeanne d'Arc.
SCÉNARIO d'après NATURE 37
des forces de la mer et du ciel déchaînées. Attendons et guettons, afin qu'au premier des indices favorables, quand l'énergie de la nature et de la rue se proposera, nos énergies et celles de nos proches soient en état de la capter et de l'utiliser. Ce n'est pas de sujets de commotions publiques ni d'occasions de troubles civils que la République nous est avare. Elle n'est qu'un état de crise permanente, une profonde génératrice d'agitations : or celles-ci, un jour ou l'autre, ne peuvent manquer d'éclater.
Si du reste l'état vibrant de l'opinion fait une préparation des plus convenables, cela n'est pas absolument indispensable à toute hj^pothèse de « Coup ». Pour un complot proprement dit, le calme général est une occasion de surprise qui diminue d'autant les chances de l'ennemi.
Au point où le voici, le régime, dont tout le mande se détache, a tué l'esprit d'initiative et de décision dans cette force armée qu'il a chargée de sa défense. D'ordinaire, en toute circonstance critique, l'à-propos d'un subordonné peut sauver la situation ; mais ce régime-ci, au cas de surprise brutale, trouvera difficilement le subordonné généreux capable de s'intéresser à son salut. Les illusions sont mortes, le Capitule a perdu ses dernières oies.
— Il faudrait pourtant tenir compte de la composition des cadres dans les régiments de Paris. Si les hommes y viennent de l'Ouest catholique et roj'aliste, les officiers sont recrutés en grand nombre dans l'élite des fabricants de fiches ou parmi ces mamelucks du régime (juifs, protestants, maçons, raétèques)spécialement intéressés à faire bonne garde autour de lui. Ils ne sont peut-être pas des officiers
d'une valeur exceptionnelle, mais la nécessité donne de l'esprit aux enfants.
— Croyez-vous qu'elle leur donnera l'esprit militaire? Ou la confiance des hommes? Ou l'assurance du devoir ? Votre nécessité empêche-t-elle un ordre bâclé à la hâte, sous lempire de la terreur, d'être exécuté de travers ? Et supprimerez-vous les lenteurs calculées d'une troupe mal entraînée ou la mauvaise volonté d'un gradé peu enthousiaste ? Ce que nous ferons avec zèle, entrain, passion, y répondrat-on autrement qu'avec une lente mollesse '? Attaquant avec force et confiance, est-ce que nous pourrons être repoussés d'un aussi bon cœur? Nos chefs seront très bien obéis, suivis et servis : en sera-t-il autantdes leurs? Questions, n'est-ce pas? questions! Ces questions nous permettent de tout espérer (1).
... Un régiment de la garnison de Paris se mutine. Les hommes s'assemblent dans la cour du quartier, pillent le magasin aux cartouches : tambours battants, clairons sonnants, ils se mettent en route pour l'Elj^sée. Où sont les officiers ? Partis, éclipsés, disparus I A moins qu'ils ne soient ce débordés ». Il en va de même des sous-officiers. Voici, par contre, un grand nombre de caporaux. Et ces derniers se sont partagé le commandement.
(1) Le correspondant parisien du journal républicain le Petit Marseillais, hon^me remarquablement informé, écrivait à son journal à propos de l'alerte donnée à la police par le duc d Orléans dans la nuit de Noël 1909 :
« On mafïirme, d'autre part, que le prince a su s'assurer dans l'armée de Paris quelques amitiés puissantes auxquelles il songerait à faire appel à î'occasioa et qui ne lui refuseraient pas leur concours. Sans doute, on a pris grand soin de ne placer dans la garnison parisienne que des officiers des opinions républicaines desquels on est certain. C'est pourquoi, aussi, on a introduit au
SCÉNARIO d'après NATURE 39
On prétend qu'une troupe a été rassemblée d'urgence pour barrer le chemin à cette folie. Arriverat-elle à temps sur les lieux? On en doute. Mais non : les « progrès modernes » ont fait leur service, elle accourt el balance ses harmonieuses rangées de képis et de baïonnettes. Une, deux, une... Rien, presque rien, ne semble changé au bel ordre des troupes, et les pauvres mutins auront à qui parler. Ils approchent d'ailleurs, eux aussi, dans un très bel ordre, mais, Dieux bons, quelle allure ! Ils sont au pas de course et vous chargent comme des diables. Le choc impie va se produire entre les deux armes françaises. Les statues de la patrie et de la loi vont crouler. . . Eh ! nullement. Rien de semblable. Aucun choc. Nul conflit. On ne s'est pas touché. Le régiment fidèle a donc passé à l'ennemi ? Pas même ! Il s'est ouvert paisiblement, comme le flot devant l'étrave du navire II s'est effacé et rangé. L'émeute passe donc : l'émeute militaire- La voilà au milieu de la place de la Concorde. Aux chevaux de Marly, errent des pelotons de gardes municipaux. Est-ce d'eux que la réparation va venir ? Est-ce en eux que va triompher la discipline immortellemcnt outragée ? Ils prennent le trot. — C'est la charge. — Pas du tout, car les pelotons tournent bride, ils se dispersent vers les rues Boissy-d'Anglas, Royale, Saint-Florentin, même Rivoli. — Et l'Ely-
ministère de la guerre un grand nombre d officiers israèlites, qui sont tous trcs attachés au régime républicain et, par surcroit, adversaires decUirés du duc d'Orléans, à cause des opinions antisémites qu'il a publiquement manifestées. Mais, malgré ces précautions, ce prince pourrait compter encore des partisans dans l'armée de Pans. ><
Il n'est pas inutile de répéter une fois de plus que la page à laquelle s ajoute cette note a été publiée le 15 janvier 1908, avant que l'Action Française possédât son journal quotidien !
sée n'est plus gardé? — Il ne l'est plus. — Toutes les voies sont libres... ? — Jugez. — C'est la révolte. — Mieux : la Révolution. —Et pour qui? — Pour le roi.
Vous ne saviez donc pas les dernières nouvelles ? Vous ignoriez que le mouvement antijuif s'est poursuivi dans les casernes, d'abord parallèlement à l'antirailitarisme, puis en le recouvrant et en le noyant, celui-ci devenu en quelques mois désuet, vieillot et périmé ? La propagande royaliste n'a pas traîné. Ce fut laffaire de quelques gradés résolus. Les entendez-vous chanter maintenant ? — Qu'estce que cet air ? — Vive Henri IV. — On le sait donc? — On l'a rappris. — Et que crient-ils ? — Vive le roi 1
Le roi des flics est gardé à vue dans son cabinet. M. Fallièresdéguerpitaussi vite quelepermetsa corpulence. Et, pendant queles hommes de main vaquent rapidement à la conquête générale de Paris et de nos provinces au moyen de quelques coups de télégraphe ou de téléphone bien assenés (Vivent les progrès modernes, Monsieur !), un grand concours de brave peuple, en attendant l'entrée de Philippe de France et l'antique ruisseau des fontaines de vin, monte la garde autour des meubles et immeubles de quelques notoires pillards de ses vieilles économies, pour en exiger le séquestre et la prompte conversion en biens nationaux.
— Assurément, ça vaudra mieux que de brûler les Tuileries ou de flamber Finances, mais tudieu i comme vous y allez ! Je ne vois d'ailleurs pas pourquoi vous contez ce roman. Hélas 1 l'étranger de l'intérieur campe toujours place Beauvau, on ne crie pas « vive le roi » dans les jardins de l'Elysée, aucun régiment ne s'est mutiné, et d'abord et surtout, la force armée ne s'est pas divisée respec-
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tueusement, comme une Mer Rouge, devant une émeute militaire quelconque : les gaillards qui s'y frotteraient seraient fort proprement cueillis avant même d'avoir dit ouf et, en cas de sérieux grabuge, fusilles sans merci. Ainsi les rêves que vous faites fondent-ils sur des suppositions impies et d'ailleurs (malheureusement) sans valeur.
— Sans valeur?... J'avouerai que l'épilogue de ce récit est pour le moment de mon cru. Chants de vive Henri IV, cris de vive le roi, nous n'en sommes pas là(l),il vous est encore permisde conclure à ma fantaisie sur ce point. Mais douteriez- vous que cette fantaisie fût réalisable moyennant quelque propagande intelligente, si l'hypothèse de l'insurrection militaire se réalisait?
— Je pourrais concéder cela, pour l'amour de vous. Oui, si votre insurrection militaire se produisait, j'admettrais qu'elle pût se faire contre les juifs et, même pour le roi, pour peu que le roi fût connu. Vous le savez d'ailleurs aussi bien que moi, c'est la mutinerie elle-même qui n'est pas possible.
— Vous savez qu'elle l'est pourtant I
— Non.
— Si.
— Non, nos troupes françaises sont tenues de trop court. Non, non, non. Malgré l'antimilitarisme et le diable, c'est l'impossible !
— Eh ! bien, cet impossible, vous l'avez oublié, mais vous l'avez vu. Vous y avez assisté. Ce que vous déclarez chimérique est tellement réel que mon conte n'est qu'une histoire, pas vieille de six mois.
(1) Ceci paraissait en janvier 1908.
Je viens de vous dire le fait sans en rien changer, tel qu'il s'est produit point par point. Je me suis contenté de transposer à Paris ce qui s'est fort bien fait, l'autre été, sur les routes du Languedoc, sur les grand places de deux bonnes villes de l'Hérault. Dans la nuit du 20 au 21 juin 1907, le 17^ de ligne, tambours battants, clairons sonnants, exactement comme mon régiment de tout à l'heure, s'est transporté d'Agde à Béziers par la propre volonté et la décision pure de ses hommes de troupe. Les officiers et les sous-ofQciers? On les vit à peine. Le rapport ofliciel du général Bailloud, commandant le corps d'armée, en rappelant qu'ils ne purent empêcher le mouvement, déclare qu'ils ne « furent pas à la hauteur de leurs obligations ». {La Crise du Midi, par Maurice Le Blond, alors attaché au ministère de l'intérieur, page 392, à l'appendice : Rapport Bailloud.) Le général Coupillaud, à propos des mêmes événements, pose différentes questions sur ce qui aurait pu être fait et qui ne le fut point : « Pourquoi... ? » « On aurait dû.. . » Il conclut : « Au lieu d'une tentative quelconque, on ne trouve que l'inertie la plus complète. » (La Crise du Midi, p. 400.)
Vers 4 heures du matin, les révoltés se heurtèrent à six compagnies du 81<^ commandées par le général Lacroisade, particulièrement connu pour son énergie et qui pourtant laissa passer les soldats du 17^ ! Les mutins étaient au nombre de 400. Il disposait de 600 hommes d'infanterie, de deux pelotons de cavalerie et de 40 gendarmes à cheval. « Des « troupes disciplinées et sûres s effacèrent devant un « troupeau de matins». Qui dit cela? Le général Coupillaud, page 404 du même livre. Oui, vous l'avez bien dit ; les fermes remparts de l'Ordre se divi-
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sèrent, comme les eaux delà Mer Rouge, devant une bande insurgée. Et — tout comme les pelotons de garde républicaine que, dans mon rêve de tout à l'heure qui n'est pas une rêverie, je vous ai montrés s'esquivant dans la direction opposée au poste qu'ils devaient défendre, — un détachement de gendarmerie, approchant de Béziers où les mutins étaient campés et trouvant chez eux un accueil martial et des préparatifs de défense fort nets, tourna bride et ne revint plus.
Si vous voulez des détails plus complets sur cette instructive aventure, prenez l'ouvrage déjà extrait et cité : de la page 384 à la page 410 de la Crise du Midi, lisez mûrement, d'un bout à l'autre, les rapports des généraux Coupillaud et Lacroisade; ils renseignent sur les issues possibles de telles et telles mutineries militaires, comme nos souvenirs de 1885-1898-1899 montrent ce qui pourra sortir de futurs émois populaires. Si, jusqu'à présent, ni les uns ni les autres n'ont rien donné, ce n'est pas que ces mouvements fussent dénués de puissance, ni par l'effet direct de la résistance à laquelle ils se sont heurtés. C'a été purement et simplement faute de direction. Toutes les conditions matérielles requises étaient réunies : d'un côté le désordre complet, le désarroi parfait, de l'autre une foule ardente, enragée, résolue. Mais résolue à quoi au juste ? A tout. Mais, dans ce « tout », exactement que choisissait-elle ? Elément moral oublié : on ne s'était pas avisé de penser un dessein, de viser un objectif, de marquer un but.
Tout est là. . .