ASCÉTISME TERRESTRE ET PRISES MARITIMES
Beaucoup de bons esprits approuvent ce qu'on vient de lire. Un grand artiste de nos amis nous fait l'honneur de nous écrire le scandale que lui cause cet « ascétisme dont on fait une loi décourageante pour notre armée ». Un fonctionnaire de la marine nous adresse une lettre pleine
d'expérience et d'enseignements, qui fournit un point de comparaison, et qui importe! Voici :
II est incompréhensible qu'on renonce bénévolement à user du ressort si puissant qui consiste à intéresser personnellement nos combattants aux profits de la guerre par une législation analogue à celle qui régit les prises maritimes, mais améliorée.
Si la propriété privée ennemie, capturée sur mer, est dévolue aux combattants de l'armée de mer sous certaines règles et conditions, pourquoi en serait-il différemment de la propriété ennemie sur terre? La loi du 15 mars 1916 a décidé que le produit net de toute prise maritime, pendant la présente guerre, par nos forces navales, est attribué à un fonds spécial, géré par l'établissement des Invalides de la marine, destiné entièrement à être réparti en indemnités aux officiers, officiers-mariniers et marins dans le besoin, mis par leurs infirmités dans l'impossibilité de servir par suite de blessures reçues au cours des opérations de guerre, soit à la mer, soit à terre, et aux veuves, enfants et ascendants immédiats de ces mêmes marins morts des suites de blessures reçues ou de maladies contractées au cours de la campagne.
On ne comprend pas, étant donné l'égalité des risques courus, que le combattant de terre soit moins bien traité que son camarade de l'armée de mer. C'est une simple question d'équité, qu'on ne peut plus longtemps esquiver.
D'autre part, il est sage d'examiner et de régler à l'avance les voies et moyens qui consacreront la légitimité de la prise lcrr<^slre, en conditionneront la possibilité, en régleront l'attribution et la répartition.
lia justice neconsistepas à empêcher le combattant de loucher sa récompense : elle en règle la répartition.