L'INTÉRÊT PERSONNEL DU COMBATTANT
Mon correspondant fait ici une observation du plus grand sens : il signale le tort que l'on a eu de centraliser, d'impersonnaliser le butin maritime. Quelques abus sont évités peut-être; mais de quels stimulants on se prive!
Nous aimons à citer ces lignes de bon sens :
Il est extrêmement regrettable que la loi du 15 mars 191G ait émoussé le ressort de l'intérêt individuel de nos braves marins, par l'attribution intégrale du produit de la prise à une collectivité très intéressante sans doute, mais anonyme.
Cette vue romantique et pseudo-humanitaire a complètement défiguré le sens des antiques coutumes marines, communes à tous les pays, reposant sur la constatation faite au courant des siècles, de la qualité du stimulant que constitue le droit à une part de prise pour le capteur.
Il serait désirable que pareille bévue soit évitée en ce qui concerne nos troupes. Le soldat doit être constitué bénéficiaire personnel et direct du fruit de ses efforts et de sa vaillance; ce bénéfice n'est que la légitime indemnité des risques courus.
La forme peut en varier, selon qu'il serait opéré un prélèvement au profit exclusif des troupes, sur la contribution de guerre levée en territoire ennemi, ou sur des terrains ou immeubles.
Peiner, mourir pour la gloire, c'est bien : la beauté du sacrifice total de l'être fait par le soldat français, ne sera pas diminuée du fait de la récompense matérielle de ce sacrifice aux dépens des Barbares.
C'est la vérité même. Nos hommes, revêtus de la noble qualité de Français, n'auraient quitté ni leur labour ni leur usine pour tenter de s'approprier les récoltes ou le matériel de la nation boche; mais on les a dérangés, on les a tirés de leur ordre, on les a forcés à sortir de chez eux, en leur infligeant une cruelle somme de deuils et de dommages. Ce serait la plus grande des ironies cosmiques, ce serait la pire des duperies, ce serait, au matériel et au moral, un désordre à désespérer de la justice et de la raison, que tant de maux individuels ne fussent pas un jour balancés équitablement par d'exactes reprises opérées sur les scélérats les plus avérés et sur les brigands les plus compromis.