UN NOUVEAU COURS
Si cela doit changer les mœurs ou les lois de la guerre, elles changeront, voilà tout, et de façon proportionnelle aux nouveautés introduites par l'ennemi. Ce n'est pas nous qui ramenons les guerres à la barbarie, c'est l'Allemagne. On sauve l'essentiel en repoussant son joug : il faut le repousser par tous les moyens efficaces de notre temps.
Le mythe de la « guerre d'États » proclamé à La Haye ira rejoindre dans le passé les fastes élégants de la guerre en dentelles, ou les splendeurs éteintes delà chevalerie. 11 est d'ailleurs parfaitement loisible à chacun de se montrer, en tout temps et en toutes circonstances, un parfait chevalier. Ce qui n'est pas facile, ce qui est l'impossible même, c'est de mobiliser pendant trois ans trois millions de chevaliers.
La vérité humaine commande de sortir d'une conception sans rapport avec le réel. Nous trouvons dans la réalité la législation maritime des prises : qu'elle soit copiée et améliorée au profit de l'armée de terre. On n'a pas craint d'invoquer les coutumes des gens de mer pour réformer, en un sujet délicat et plein de péril, l'institution des conseils de guerre. En ce sujet-ci, les difficultés sont bien moindres, ainsi que les périls. 11 suffit de voir, de comprendre, d'adapter : qu'on s'y mette. Qu'on mette enfin les passions personnelles et les intérêts personnels eu accord actif, en relation dynamique et militaire avec les intérêts publics.
Ce n'est pas seulement un moyen d'avancer contre l'ennemi du dehors : il permettra de manœuvrer et, pour ainsi dire, de tourner l'ennemi du dedans, celui qui ne travaille depuis vingt-sept mois qu'à dresser les intérêts contre la patrie. La voix de la patrie, si elle s'élève à l'heure juste et parle comme il convient, ramènera les égoïsmes, les passions et les sentiments individuels à l'assaut, à la charge de l'euuemi.
UN ASCETE ENDURCI
Le Journal des Débats, représenté par son collaborateur M. Auguste Gauvain, croit devoir maintenir le principe de la guerre ascétique, de la guerre pour la justice toute pure et pour le droit tout sec.
Contrairement à INI. JeanHerbette, qui, dans un lumineux article de l'Écho de Paris, a montré combien il était niais de nous en tenir à railler l'ivresse sensuelle et l'enthousiasme cupide qui ont servi à précipiter l'Allemagne contre nous, au lieu de chercher à dresser une force contre ces forces, et en nous bornant à cultiver la plus surannée, la plus stérile idéologie romantique, M. Auguste Gauvain nous exhorte à rêver l'instauration de l'indépendance des peuples, en nous interdisant avec sévérité toute attention donnée aux « profits espérés ».
Quand M. Gauvain ou ses pareils, ou ses alliés (je voudrais oser dire ce mot que je ne pense pas : ses complices), quand tous ces tristes idéologues se plaindront que nous fassions une guerre passive, ou que nos chefs militaires se soient laissé imposer un état défensif , notre réponse sera prête. M. Gauvain regrettera amèrement les folies dans lesquelles son autorité d'homme informé, mais sans jugement, aura engagé nos concitoyens.