‹ Une campagne royaliste au "Figaro"Chapitre 51 sur 127 · AU " JOURNAL DES DÉBATS · texte numérisé non relu

AU " JOURNAL DES DÉBATS

« Quand les armées franco-anglaises seront à Coblence et l'armée italienne à Pola », dit M. A. Gauvain, aux Débals, notre confrère nous donnera la surprise et le plaisir de se trouver plus près que nous ne supposons de certaines de nos idées. Allons, tant mieux 1 Nous nous réjouissons très franchement, dès aujourd'hui, de cette agréable promesse, comme nous regrettons d'avoir contristé son auteur en cédant à un mouvement de vive impatience. Il était causé, j'en conviens sans embarras, par notre certitude de voir la parole d'un écrivain renseigné exploitée une fois de plus par de dangereux ennemis de la paix, de la guerre, de l'ordre et du pays, ce qui n'a pas manqué d'arriver.

L'autorité de notre confrère du Journal des Débats ne devrait pas tourner à ces fins déplorables.

Nous estimons d'ailleurs qu'il se trompe sur le fond du sujet, quand il nous exhorte à penser « au but de la guerre lui-même, c'est-à-dire à la restauration de l'indépendance des peuples », plutôt a qu'aux profits espérés ». Car cette pensée des profits serait un moyen, un moyen de mener, un moyen d'accélérer cette longue guerre, pour laquelle aucun stimulant, aucun excitant ne doit être négligé. La 'pensée des profits pourrait aussi servir à déjouer une intrigue de l'ennemi. L'épouvantable propagande entreprise chez nous par les Boches et les amis des Boches n'est plus niée ; vingt journaux officieux en ont parlé, et avec raison, à propos de l'emprunt. M. Auguste Gauvain ne peut ignorer qu'elle a pris mille formes et que l'une d'elles, la plus capiteuse, la plus effrontée, revient à la question du « pourquoi vous battez-vous ? » posée à des hommes supposés ignorants ou fatigués.

Oh! le bon sens français et le patriotisme, son frère, tiennent tête à ces sophismes misérables. Croyez-vous superilu d'épauler, de consolider ces bons sentiments ? Aimez-vous mieux attendre paisiblement qu'on les ébranle et qu'on les arrache ?

C'est sous prétexte que le bien se fait tout seul, qu'on a toujours ouvert la porte aux agents avérés du mal, et qu'on leur accorde la plus périlleuse des immunités. Mais vous seriez bien avancé le jour où, sous prétexte de ne penser qu'au noble but de l'indépendance des peuples, votre peuple avouerait qu'il a perdu la force et le goût de marcher contre l'oppresseur universel!

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