LE SOLDAT SOUS LA NEIGE
Toute pensée française s'est tournée d'elle-même cet hiver du côté où les rigueurs du iemps semblaient plus douloureuses, en raison du nombre d'amis, de parents, de concitoyens qui les souffraient en combattant. Ce troisième hiver de la guerre aura été quelque temps plus rude que les deux autres. Il a été cause de multiplier les ressources matérielles capables de garder contre l'intempérie, celui qui lutte pour nous tous, contre l'ennemi.
A ces stocks rassemblés sans doute par les pouvoirs publics et aussi par le libre dévouement des Françaises et des Français non combattants, il ne faut pas craindre de donner pour suite dans le présent et dans l'avenir, les réserves de force morale destinées à parler à l'âme tandis que le corps est défendu par les bons moyens. On peut imaginer des appels de toute sorte, parlant les uns de la douceur du foyer retrouvé après la victoire, et les autres du droit que l'on a, étant homme et Français, de refuser de vivre en Turc et en Bulgare, en Prussien ou en Bavarois, sous le pied de Guillaume Boche, de ses junkers, de ses socialdémocrates, de ses professeurs, de ses juifs. D'autres voix doivent alléguer la cause de l'indépendance des peuples et encore et surtout l'intérêt profond du salut national français.
Mais pourquoi d'autres voix assez nouvelles, celles-là, ne diraient-elles pas : « Frère soldat, tu as souffert la gelée et la neige, tu as enduré le temps triste sous le vent dur,
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et ni CCS malins, ni ces soirs n'ont été précisément agréables h vivre malgré les appels de la gloire et malgré les aignillons du risque lui-même. Tu as tenu bon pourtant, frère soldat, lu as pris patience; or, tout cela aura une belle fin : belle pour ton pays, mais belle aussi pour toi, belle pour tous tes camarades et pour ta femme, pour les peiits enfants que tu as laissés au pays.
(( Comprends que cette fin qui nous donnera la victoire te donnera aussi ses fruits, qui seront pleins de joie. L'Allemagne n'est pas un pays de Cocagne, c'est vrai, mais, depuis bientôt deux ans et demi que la guerre dure, il n'a pas été envahi et ses producteurs n'ont pas cessé de produire ; son immense population n'a pas cessé de fabriquer à gogo toute sorte de choses, qui sans être à proprement parler mangeables ni buvables, sont utiles, parfois précieuses, rendent des services pratiques, aident à en produire d'autres et, ma foi, valent de l'argent. Frère soldat, de ces bonnes choses, beaucoup, beaucoup seront à toi, la nation en abandonnera ta part généreuse, tu n'auras qu'à te baisser pour la recueillir. »