LA RÉPARATION PERSONNELLE
H Comme notre ennemi est riche, il devra aussi te payer. Te payer ta pension de vétéran, sans doute. Mais te payer aussi en bon gros capital tintant et trébuchant, pour que tu en aies à ta joie. Fainéant et viveur (ce que je ne te conseille pas d'être), tu en auras pour quelques beaux jours avant de te remettre au travail. Économe, rangé, prévoyant, comme est l'immense majorité des soldats de France, eh! bien, tu auras là, tout de suite, en un joli tas, un petit pécule avec lequel te mettre en ménage, si tu es garçon, et sinon, remettre à flot ton exploitation, relever tes affaires, s'il y a lieu, ou les dévelo[)per et les rendre prospères, afin que tant de mois, tant de saisons passés dans cette vie d'enfer pour défendre le reste de ton pays, et pour garantir les générations futures représentent aussi
.•i6 LES BÉNÉFICES DE LA VICTOIRE,
pour toi-même autre chose qu'un sacrifice absolu et qu'un temps perdu sans retour.
« Même, il faut te le dire dans le tuyau de l'oreille, car il ne faut rien imaginer de si noir, frère soldat, si le mauvais sort veut que tu perdes autre chose que du temps ou ton sang ou des membres à celte guerre, si tu as le glorieux malheur d'y périr, lu ne périras pas sans laisser après toi un droit vivant, un titre solide et sérieux à tous ces beaux bénéfices de ta victoire, et les tiens, qui y participeront sans doute comme Français, recevront aussi leur part comme nés de toi, ou comme unis a toi, ou comme t'ayanl engendré. Enfant, femme et vieux parents ne seront certes pas consolés dans leurs larmes, mais enfin, soldat de la France, ils recevront intact le prix de tes peines et de les travaux. »
Je demande encore une fois pourquoi ces voix si raisonnables n'auraient pas le droit de s'élever, de souffler leur chaleur, leur douceur, leur logique à l'oreille et au cerveau du soldat français. Qu'est-ce qui s'y oppose .;>
Une sale philosophie née en Bochie, de la source néokantienne. Et quoi encore .î> Une fausse chevalerie romantique.
J'espère bien vous dire comment un officier de marine (retraité celui-là), l'honneur et la vaillance même, mais homme pratique, soldat humain et dont l'humanité ne s'exerce pas d'abord sur nos ennemis, le commandant de Pampelonne, a parlé du projet au Message)^ de Valence. Au ^A* Siècle, le grand journal belge du Havre, M. Wallez a bien voulu y donner son approbation. Je crois bien, sauf erreur, que M. Wallez est un prêtre. Il enseigne le désintéressement et la charité; mais le désintéressement pour soi, la charité aux autres. Il ne renverse pas ces termes comme les hypocrites du néo-stoïcisme, qui ne sont libéraux qu'avec le sang d'autrui et l'argent d'autrui.
Peu à peu, tous les Alliés se rallieront à ces conceptions raisonnables et naturelles; la longueur, l'inhumanité de la guerre boche leur fera abjurer à tous les nuées, du
désintéressement collectif. Et qui en aura le profit. î* Nos braves soldats, et, pour ceux qui sont tombés, leurfamille ! La valeur de la victoire en sera doublée pour l'Action Française qui, la première, aura soutenu et fait accepter celle idée de justice, celte idée de bon sens.
Faut-il en priver le soldat ?
Ce serait, dit M. de Pampelonne, ce serait d'abord une injustice, car nous ne sommes pas allés chercher les Boches, ce sont eux qui ont arraché nos paysans, nos ouvriers, nos commerçants, nos industriels, nos lettrés, à leurs occupations pacifiques. Il nous ont ruinés par la guerre. Notre victoire doit les ruiner à leur tour. Agir autrement, serait en outre une faute : nous n'avons pas le droit de négliger « l'un des plus grands moteurs de ce monde imparfait : l'intérêt ». L'ennemi l'emploie bien pour allumer les convoitises de ses soldats. Nous serions fous de l'omettre.
M. de Pampelonne flétrit avec force cette « idéologie creuse » :
Les dommages reçus viennent de l'exténeuFj et c'est par urte force intérieure que vous nous proposez de les compenser! Alors, ce n'est plus une réparation, c'est une transposition de faiblesse. Quand une machine consomme et s'use, c'est par l'extérieur que doit lui venir le combustible et réparation, sans quoi elle finit par s'arrêter.
Ces milliards, qui nous seraient nécessaires pour réparer les maux venus de l'extérieur, seront un soulagement pour l'individu, mais une faiblesse pour la cité, qui aura besoin de tous ses moyens et de toutes ses forces financières pour prévenir de nouveaux et futurs désastres.
L'ennemi a détruit, il doit payer. C'est la justice, et ce serait faire un métier de dupes que de nous affaiblir vis-à-vis de lui, pour réparer les maux qu'il a causés.
Le commaiidaat de Pampelonne estime que la guerre totale doit faire appel à tous les iustincts de l'homme, pourvu qu'on se maintienne sur le terrain do la justice, d'où ni lui ni nous ne sommes sortis.
Nous continuons à réclamer pour les combattants et pour les foyers des héros morts, une part personnelle et directe à la dépouille de l'ennemi.