FERONS-NOUS LA GUERRE EN JOBARDS
Je veux vous citer une bonne et saine parole du poète Charles Le Goffîc, à ce sujet.
Le Goffîc traitait dans un grand journal d'information populaire, le/^e<i7Pam/en, des causes et des effets dublocus sous-marin allemand, ainsi que des remèdes qui peuvent y être opposés : hydroavions, navires marchands armés, changement de route de navigation, raccourcissement de certaines lignes, retour au système des convois avec défense de naviguer isolément, enfin « institution d'un système analogue à l'ancienne part de prise ».
C'est là que Le Goffîc montre son sens direct des choses et son expérience du vieux cœur immuable des hommes :
Les sous-marins allemands, qui avaient d'abord un équipage régulier, sont aujourd'hui presque tous montés par des équipages du commerce. Ces équipages touchent tant par navire coulé. La prime est plus ou moins forte, suivant le
onnage. C'est ce qu'expliquait dernièrement au capitaine d'un steamer danois, qu'il venait de couler au large des Triagoz, le commandant d'un sous-marin boche. Ce commandant avait détaché d'un carnet à souche un reçu, qu'il avait donné au capitaine. « A quelles fins, ce certificat? demanda le capitaine. — Pour vous servir de décharge à vous-même et pour nous permettre de toucher la prime à notre retour en Allemagne. » Celte prime serait, paralt-il, de 4.000 marcs par bateau de 10.000 tonnes et au-dessus.
Les marins allemands font la guerre en commerçants. Cessons DE LA FAIRE EN JOBARDS.
Et, soit par le rétablissement de la part de prise, difficile à fixer en l'espèce, soit plutôt, comme le demande M. André Lefèvre, par l'attribution de primes suffisamment élevées,
AJOUTONS AU SENTIMENT DU DEVOIR LE STIMULANT DE l'iNTÉRÊT PAR- TICULIER. En tous pays, on se bat mieux pour iine réalité que pour une abstracLion.
Voilà l'évidence. Si, au lieu d'être influencé par des professeurs férus d'une fausse morale stoïque, ce magnifique pays avait à sa tète ,des esprits pratiques, on ne discuterait même pas de ces évidences. Mais les gens qui patronnent par esprit de parti toutes sortes de choses et de gens malhonnêtes, se font un cas de conscience d'altérer la beauté de l'âme des combattants en les exposant à tirer profit de leur sacrifice. Rousseau, Kant, l'idéal de la démocratie ne pourraient s'arranger de la compromission. Ces hautes autorités nous ayant condamnés à faire la guerre comme les anges, il est inévitable de la faire en jobards.
Pascal avait écrit quelque chose de tel. Le Goffîc nous en donne une adaptation très heureuse.
Tous les Poilus et tous les amis des Poilus, et tous ceux qui veulent que la guerre accorde leur part de conquête aux Poilus, lui seront reconnaissants d'avoir si bien recommandé aux Français de ne pas se résigner aux naïvetés suicides.