HORS DE L'ASCÉTISME BÉAT
Et nous nous disions, à cette lecture, que le pécule aurait du bon, mais qu'il ne serait ni juste ni politique de prendre aux ouvriers d'usine ce qu'on veut donner aux poilus. Notre vieille et chère idée d'associer chaque combattant aux résultats de la victoire et aux dépouilles du vaincu, me revenait en tête le plus naturellement du monde, quand un coup d'œil jeté sur un journal hostile, l'Heure, et sur l'article d'un confrère qui n'est certes pas un ami, M. Charles Bos, nous a donné la magnifique satisfaction de voir que nous n'étions plus seuls de notre espèce et que l'esprit public républicain orthodoxe se décidait à s'orienter vers la vieille raison française.
M. Charles Bos écrit en effet, par allusion à des articles antérieurs qui nous ont malheureusement échappé, mais que nous aurions été heureux de lire et d'applaudirj:
Nous avons si souvent soutenu, dans ce journal, qu'il est ridicule de demander à des gens, même à des Français, de se battre pour l'honneur, la gloire, la civilisation, le droit, que nous sommes heureux de profiter de l'occasion pour répéter ceci. Chaque soldat doit avoir un intérêt personnel à faire la guerre.
(Surtout quand cette guerre est entrée dans sa troisième année, et que toute la production de trois millions de citoyens en a été suspendue.)
Le pécule, voilà déjà une satisfaction. Mais c'est insuffisant. Qu'on leur promette une part de butin, comme faisait Napoléon I^'' : « Soldats, je vais vous conduire dans les plus riches plmnes du monde. Vous y trouverez... » L'Allemagne a provoqué la guerre. Elle devra payer. Et ce sera bien le moins qu'on indemnise chacun de nos poilus et les familles de ceux qui seront morts, ou qui auront été affreusement blessés pour la défense de la patrie.
Voilà qui est parler et agir. Voilà qui substitue aux verbahtés vides, les mots dont le son porte un sens. Voilà
qui donne à espérer que les partis radicaux gouvernants, plus réalistes, plus sensés que la troupe de sganarelles et d'utopistes des chefs socios, se rendront enfin compte du facteur moral à créer, en tant qu'il sera condition du fait de victoire auquel nous tendons tous.