‹ Une campagne royaliste au "Figaro"Chapitre 91 sur 127 · LA PART DU POILU SOUS HENRI IV · texte numérisé non relu

LA PART DU POILU SOUS HENRI IV

Tout le monde a lu, tout le monde a cité, comme il nous a bien fallu le faire les premiers, la fameuse tirade du général Bonaparte en vue (comme Annibal, s'il vous plaît) des grasses plaines lombardes. Nos amis ont pris plaisir, comme nous, plus que nous, à redire après le grand homme: « Soldats, je vous conduirai dans les plus riches plaines du monde... », et nous serions certes les derniers à médire de ce topo.

Il est juste. Il est vrai. Il correspond aux besoins éternels de l'âme humaine et du corps humain. Tout de même, c'est style Empire, C'est raide, «t c'est dur. Vu à

part, détaché, c'est très beau. D'accord. A la manière d'une pa^e de Sénèque ou (mieu.^c) de Tile-Live. Avouons qu'il y a encore mieux. Une lettre de Louis XIV. Dix mots de Richelieu. Et ceci encore, cette allocution du roi Henri IV au matin de Goutras, laquelle, si l'on posait le « pourquoi c'est beau ? » fournirait peut-être un moyen de montrer de combien de laçons la fine nature hellénique ou la souple nature gauloise mérite de l'emporter sur le com passé romain. Il y a là comme une flexibilité divine, comme un goiit des choses idéales.

Voici les paroles du Roi :

Mes amis, voici une curée qui se présente bien autre que vos butins passés.

C'est un nouveau marié (le duc de Joyeuse) qui a encore l'argent de son mariage dans ses colTres; toute l'élite des courtisans est avec lui. Courage! Il n'y aura si petit entre vous, qui ne soit monté sur des grands chevaux et servi en vaisselle d'argent.

Qui n'espérerait la victoire, vous voyant si bien encouragés? Ils sont à nous. Je le juge par l'envie que vous avez de combattre. Mais pourtant nous devons tous croire que l'événement en est en les mains de Dieu, lequel sachant et favorisant la justice de nos armes, nous fera voir à nos pieds ceux qui devraient plutôt nous honorer que combattre.

Prions-le donc qu'il nous assiste. Cet acte sera le plus grand que nous ayons fait. La gloire en demeurera à Dieu, le service au Roi notre souverain seigneur, l'honneur à nous, et le salut à l'État.

Est-il possible de mieux mettre d'accord toutes choses ! Comme ou conçoit que le subtil, complexe et profond Sainte-Beuve ait aimé cela ! L'honneur y est compté, l'utilité publique, le service des choses supérieures auxquelles s'applique la religion. Et cela n'empêche nullement le roi de Navarre de parler rondement de « butin » à ses hommes, et d'un « butin » fameux, supérieur à tout ce qu'ils ont fait de pareil antérieurement, vaisselle d'argent et le reste des biens meubles et de l'argent du nouveau marié à mettr* à quia...

Morale : Il n'est pas impossible que l'hypocrisie soit une invention moderne. Depuis qu'elle règne et gouverne, non seulement la valeur morale du monde diminue, mais ou voit décroître et baisser les commodités courantes des honnêtes gens. On envoie de braves soldats français guerroyer, mais on leur interdit de faire leur main et de se tailler leur part. Résultat : les Boches la taillent, et les embochés de l'intérieur font murmurer à nos poilus :

« Pourquoi vous battez-vous ? »

Je conclus qu'il faut associer le combattant au bénéfice de sa victoire et, comme sous Bonaparte, comme sous Henri IV, assigner la « part du poilu ».

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