‹ Une campagne royaliste au "Figaro"Chapitre 92 sur 127 · GUERRE QUI PAIE OU DÉCLAMATION JURIDIQUE · texte numérisé non relu

GUERRE QUI PAIE OU DÉCLAMATION JURIDIQUE

Une note mélancolique de Barrés avertit le lecteur de ne pas espérer des harangues éloquentes préparées pour la Chambre une idée concrète et pratique de nos objectifs guerriers en Allemagne. En d'autres termes, on ne dira pas au peuple français et à l'armée française ce qui serait propre à récompenser en bloc, comme État, comme Nation, ce prodigieux élan de leurs forces unies. Dira-t-on du moins à nos soldats que, un par un, ils participeront au bénéfice de la victoire, de quelque façon qu'on le réalise ? A défaut d'une perspective générale des fruits de notre victoire, ouvrez du moins sa perspective singulière à chaque combattant ! Car si l'on garde le silence sur le profit public et que l'on se juge réduit à la même abstention sur le profit particulier, il est à craindre que l'émotion, que la production d'énergie escomptée par les fédérations assemblées, n'aient pas une durée plus forte que celle des beaux sons et des beaux éclats de voix sitôt qu'ils se seront éteints. Pour avoir un bon feu, on acquiert du combustible solide. Une flamme alimentée de gaz pur brûle sans éclat.

Ne nous a-t-on pas embarrassés d'une de ces flammes inutiles en conseillant de nous grouper sous le vocable de

« Toute la France debout pour la victoire du droit 1 » Je n'ai pas d'objection contre ce vocabulaire, sauf qu'il est terriblement inopérant et que le monde politique se fait illusion sur sa portée. Nos soldats ont un mot pour cela : c'est le bourrage de crâne numéro un, premier modèle.

Un peu de bon sens devrait suffire à voir que le sursaut de l'idée du juste a vieilli. Nous l'avons eu en aoûtseptembre 1914, pour l'Alsace, pour la Belgique. Nous l'avons retrouvé en 1915 pour la Serbie. Il ne faudrait pas compter que deux ou trois suppléments d'atrocités inédites doivent beaucoup renouveler ni échauffer cette noble et sainte colère. A la fureur dévorée et non satisfaite, succède peu à peu un état d'atonie, qui n'est pas la résignatfon, mais qui demanderait ou le silence de l'action, ou, si Von parle, des stimulants nouveaux.

Après de si longs mois de guerre, il ne serait que de pleine justice de faire succéder aux sentiments passifs inspirés de la simple révolte, des volontés actives nées de l'esprit de vengeance et de réparation et conduites jusqu'à l'imagination claire et nette de ce qui sera exigé du barbare vaincu: provinces, indemnités, réparations d'ordre général pour les États victorieux; parts de prise, parts de butin, parts de trophées pour les combattants dont la sagesse et le courage auront engendré la victoire,

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