CHAPITRE XIII
Programme du cours de la nouvelle année scolaire. — Projet d'un livre sur Voltaire. — Voltaire et le xviii® siècle. — Le cardinal de Bérulle et Richelieu. — Les écrivains et les mœurs. — Volumes de fragments par M. de Garante. — M. Villemain et l'article sur Desaix. — M. de Montalembert et Le Correspondant, — Le journal des Débats et Le Siècle,
La nouvelle année scolaire commençait et les cours allaient s'ouvrir. Le professeur, en répondant à la lettre qui termine le chapitre précédent, expose comment il s'y prépare et quels sont ses projets de travaux. De ses leçons il a Tintcntion de faire un volume :
« Mardi prochain a lieu ma première leçon.
« Je la dirai sans Tavoir écrite. Mais, si j'en ai « la force et le courage, je me propose, cette « année, d'écrire toutes mes leçons après les « avoir dites, de telle sorte qu'il en résulte à (( la fin comme une esquisse de l'histoire de la « philosophie. Le P. Perone, qui représente à i< Rome la théologie et aussi la philosophie de
ANNÉES 1856-1857 i81
« sa Compagnie, ne voit dans l'histoire des « doctrines que Thistoire dos erreurs de l'esprit « humain. Cette phrase faite depuis longtemps « ne me paraît ôtre ni d'un homme instruit, ni « d'une piété intelligente, ni d'une polémique « sensée. Sans suivre les errements de l'élec- « tisme, tout en abandonnant ce mot qui sonne u mal et surtout la méthode qui tend à des con- « ciliations impossibles et à des réhabilitations (( scandaleuses, je voudrais vérifier cette belle « parole de Leibnitz qu'il y a nue philosophie « perpétuelle^ c'est-à-dire démontrer que, sous « l'influence permanente du christianisme et par <( son libre effort à la fois, l'esprit humain, « malgré ses égarements et ses défaillances, « s'achemine à des solutions toujours plus <( claires des problèmes qui intéressent sa nature « et sa destinée.
« En même temps, je suis presque disposé à « mettre la main h un livre dont j'ai déjà réuni « les matériaux et je crois vous avoir déjà parlé « aussi de ce travail, qui serait un essai de la <( philosophie de Voltaire. Le moindre inconvé- « nient de cette entreprise consisterait peut-ôtre (( àéchouer;mais je trouverais beau de réussir. « Je m'y propose la contre-partie de V Essai sur « la philosophie de Bossiiet et comme le second
termed'uaealternative. Entre la métaphysique de Voltaire et celle de Bossuet, ou plutôt entre le sens commun de Tun et le sens commun de Tautre, on sera mis en demeure de choisir. Le chapitre de conclusion serait intitulé Les deux sens communs. Voilà bien des projets. En attendant, je compte sur une occasion prochaine pour vous adresser avec Bénille la leçon sur La vie future (14 novembre 1856). ^) « — De vos deux grands projets, répondit M. de
< Barante, permettez-moi de préférer le pre-
< mier. Vous en faites le programme de votre ( enseignement, ainsi vous allez vous en occu- ( per à fond, et le livre gagnera beaucoup à ce ( travail. Il me semble que vous vous proposez
< d'écrire l'histoire des convictions de la cons-
< cience et de la raison humaines. La philoso-
< phie actuelle constate les unes comme un fait ( et en déduit les autres par voie de déduction ( démonstrative. Ce qui l'embarrasse, c'est de ( reconnaître les rapports directs de Dieu avec
l'homme et l'action qu'il a exercée sur la conscience. Les philosophes veulent qu'elle ait été créée une fois pour toutes, ce qui détruit la religion. Cette question sera nécessairement engagée dans votre ouvrage. Elle est peut-être la question principale. La solutiou
« doit concilier le P. Perone et les apôtres de « la religion naturelle.
« Quant h l'autre projet, je vous demanderai « de traiter plus au large Thistoire des opinions « morales et politiques du xviii* siècle et de ne « pas les restreindre dans le titre de Philosophie « de Voltaire, Jamais écrivain n'a moins mc^rité « le nom de philosophe. Il n'a jamais pris rien « au sérieux, pas même son propre talent. Son « doute a toujours été une raillerie, son im- « piété était une facétie. S'il est homme du « xviu® siècle, ce n'est pas qu'il ait exercé une « grande influence. Tout au contraire, il a subi « l'influence de la société et des mœurs. Depuis « sa toute première jeunesse, où il à reçu l'im- « pression de Ninon et de la société du Temple, «. il a été façonné par la Régence. C'est ainsi « qu'il est devenu l'organe éminent de son « siècle, l'homme qui, ainsi que le disait Mon- « tesquieu, avait Vesprit que font le inonde avait, « De là ce charme de naturel, de facilité, de « clarté, de mobile variété. Il écrivait sous la « dictée non pas de sa réflexion, mais de ses « impressions qui étaient souvent pleines de « bon sens ou de (mot illisible)sentiments. Vous « ne pourrez jamais mettre un tel homme en « face de Bossuet(21 novembre 1856). »
« J'ai à VOUS remercier du volume de Bertille. ( Je Tai lu avec empressement, comme tout ce ( qui vient de vous. J'y ai reconnu ce caractère
< de sincérité et de vraie conviction que vous ( donnez à ce que vous écrivez. Vous aimez
< votre héros et vous communiquez ce sentiment au lecteur. Peut-être avez-vous un peu trop expressément posé Bérulle en face de Richelieu. Le rAle politique qu'il a joué et que vous avez si bien raconté n'est pourtant pas son vrai titre de gloire. Il a eu une plus grande place dans la religion que dans le gouvernement. 11 a eu d'importantes missions et s'en est honorablement acquitté ; mais il n'a jamais rien dirigé; je doute qu'il ait jamais eu l'ambition de devenir premier ministre. On imputa àM. de Marillac d'avoir eu ce projet, mais il était mort plus d'un an avant la journée des Dupes. Ainsi il n'était pas dans cette cabale qui ne s'était pas encore mise à l'œuvre pour renverser Richelieu. Ce nous sera encore matière k conversation (29 novembre 1856 "). »
M. Nourrisson était disposé à prendre en considération ces sages conseils.
« Vous avez été indulgent pour Bertille comme « pour tout ce qui vient de moi. Ainsi que « vous, je pense que la vraie gloire de cet
« homme de Dieu consiste moins dans la part « qu'il prit aux affaires de l'Etat que dans son « zèle actif pour la religion et son angélique « piété. Mais le rôle politique qu'il a joué était « si peu connu ou tellement oublié que, pour « faire disparaître les ombres, peut-être me « suis-je exposé h forcer la couleur...
« Présentement, me voici en train, quoique <' au milieu de commencements très arides, de « préparer ce que je me propose d'intituler : « Discours sîfr rhistoire de la jMIosophie, On a « dit avec raison qu'un titre était souvent tout « un livre. Je voudrais que ce titre vous plût « autant qu'à moi. J'ai du moins la satisfaction « de trouver le nœud de la difficulté là où vous « la placez vous-môme, et je compte bien non « seulement établir que le christianisme a mo- « difié la conscience et les convictions humaines, « mais démontrer que la conscience reste hési- (c tante, que les convictions n'aboutissent pas « si les enseignements de la religion ne viennent « compléter les données de la raison. Ce seront « précisément les conclusions que vous regretce tiez pour le Discours de la vie future.
« Quant h Voltaire, ce que vous m'en avez écrit « m'a donné à réfléchir ; mon impartialité s'en « est accrue, non par Tintention, qui a toujours
« été d'une droiture entière, mais parla lumière. « Vous me proposez vraiment un autre livre, « plus large, moins périlleux, qui serait mieux « accepté. A votre connaissance, le sujet n'a-t-il « pas déjà été traité, ne fût-ce que très récem- « ment, par M. Bartholmess?
« 11 est probable que vous aurez prochaine- « ment M. Moulin. J'ai fort joui de sa pré- « sence ici pendant quelques jours et sa con- « versation m'a été un aliment. Car, sans « ennui d'ailleurs, je n'ai guère eu d'autre « commerce habituel quecelui des livres ou des « journaux. A un pareil régime, l'esprit trouve « plus son compte que le cœur et Tesprit lui- « même aurait besoin de communications vi- « vantes. C'est en quoi vos lettres me sont si « précieuses (5 décembre 1856). »
M. de Barante était en ce moment atteint dans sa santé, attristé par des deuils multiples, profondément affecté par les incessantes et cruelles préoccupations dans lesquelles le jetait Tétat maladif et inquiétant de son fils. Il en écrit à M. Nourrisson avec douleur, mais sans amertume, et sa correspondance n'en conserve pas moins cette pleine possessionde soi-même, cette haute sérénité et surtout cette exquise urbanité d'autrefois, que l'égoïsme, l'âpreté de la lutte
pour la vie, les moyens de communication trop hâtifs ont fait disparaître, pour toujours peut être, de nos mœurs.
« Si le premier de Tan vous donnait quelques « jours de vacances, vous seriez aimable de « braver les rigueurs de Thiver pour venir les « passer avec nous. L'hiver ne vous fait pas « peur comme à moi, vieux et cacochyme. Nous « parlerons de vos projets, auxquels je pense « souvent, comme si j'avais à m'en occuper « pour mon propre compte. Je ne crois pas (( qu'il puisse y avoir la moindre concurrence « entre une histoire de la philosophie du « xvTii*' siècle telle que je la conçois et ce qui a « été écrit par M. Bartholmess. La philosophie « morale et religieuse d'une époque ne prend <( pas sa source dans tel ou tel système de méta- <( phsysique et de psychologie. Le matérialisme « ne découlait pas d'une manière nécessaire de <( Locke et de Condillac; eux-mêmes ne son- « geaient point à tirer cette conséquence. La mo- « raie dérive des mœurs; les écrivains repro- « duisent ce qu'ils pratiquent ou ce qu'ils « observent. Sans faire remonter trop haut la « licence et l'irréligion, vous trouverez les « dieux de Voltaire dès le commencement du « ^vu'' siècle. C'est de quoi vous serez frappé en
d88 IjNE carrière universitaire
« lisant Saint-Evremont. On pourrait presque •< croire que cette si spirituelle conversation du « P. Canaye et de M. d'Hocquincourt date de a la Régence. Louis XIV imposa silence à « la littérature irréligieuse, mais Bayle conti- « nua la tradition. Si l'impiété n'était point « professée, si elle ne s'écrivait plus, elle n'en « subsistait pas moins; du moins, et, selon une « belle expression de Bourdaloue, il y avait « des athées de mœurs. Une fois arrivés au (( xviii*' siècle, l'inspiration des écrivains est « trop évidente. Avant Voltaire, remarquez les (( Lettres persanes. Pour bien juger de Vol- « taire et de ce qu'étaient ses opinions frivoles « et inconsistantes, il faut lire sa correspon- « dance. C'est le meilleur commentaire de ses « ouvrages.
« Je crains de rabâcher en vous redisant de « vieilles idées qui sont incomplètement annonce cées dans le Tableau de la littérature du « xviii*' siècle. Peut-être direz-vous que mes (( conseils ne sont pas autre chose que pre- « nez mon ours, mais je suis vieux, je vis sur « le passé, un passé dont, bientôt, il ne restera (V plus aucune trace et auquel on ne songe « guère.
« J'ai vu M. Moulin; comme vous le dites, il
« n'y a point, dans notre pays d'Auvergne, un « meilleur esprit et une conversation plus « agréable (28 décembre 1856). »
« On écrit (de Paris) que TindilTérence et « Tapathie sont de plus en plus la disposition « générale, que tous ceux qui avaient peut- « être du regret du passé et des espérances de « l'avenir subissent une résignation maussade, « mais ne changent ni d'opinion ni d'affection. « Si vous lisez les querelles du Journal des « Débats avec Le Constitutionnel^ vous recont( naîtrez l'intolérance révolutionnaire et la « dénonciation des suspects. Cela me fait souve- « nir que, lorsque mon père fut mis en prison, « un des motifs de suspicion était qu'il avait <( semblé triste après le 10 août. Vous avez « donc toute raison de vous envelopper de phi- « losophieet de littérature, et, si j'avais le plai- « sir de vous voir, nous aurions de bons thèmes « de conversation...
(( Je suis impatient de lire votre cours. Je « n'ai pas manqué le compte rendu de la leçon « sur Socrate, mais j'ai bien reconnu qu'il « était incomplet et inexact. Mais, comme il « avait un caractère de bienveillance, j'en ai « su gré à l'auteur que je ne connaissais pas « (26 janvier 1857). »
\% tKË CARRIÈRE UNIVERSITAIRE
M. Nourrisson se rend en partie aux raisons présentées par M. de Barante. Il ne peut, il est vrai, étendre son étude au-delà de Voltaire, n'étant pas préparé à traiter de la philosophie au xvni° siècle; mais, dans le sujet môme, il prendra un cadre moins (troit et intitulera son livre : Essai sur les opinions philosophiques et politiques de Voltaire, Il n'a pas voulu faire contre Voltaire une œuvre écrite avec des opinions préconçues : « Ce à quoi j'avais à cœur de ( contribuer, ajoute-t-il, c'est à faire qu'on ne ( confondît pas voltairianisme et philosophie. ( Pourquoi encore considérer Voltaire comme ( le palladium des principes que nous aimons ( tous du fond du cœur? La vraie tolérance, la
< liberté de penser, la politique de 89 ont-elles ( donc Voltaire comme unique et même prin-
< cipal promoteur ?Publiciste étourdi, ami du ( fracas, plat courtisan, quoique frondeur, s'ap- ( prochant môme sans le savoir des creuses opi-
< nions de Rousseau touchant la propriété, le ( pacte social, la souveraineté, tel m'a paru Vol- ( taire dont j'ai pris à tâche de relire les œuvres
< d'un bout à l'autre, pondant Tannée que j'ai ( passée en Angleterre (4 janvier 1857). »
(( Je vous demanderai de vouloir bien me don- « nerradressedeM.deRémusat. Car ilmesemble
« qu*il est de mon devoir de répondre à une « lettre très obligeante qu'il a pensé h m 'écrire « à propos de Bérulle : ses bonnes paroles me « sont arrivées d'une façon très opportune, après « deux articles très injurieux, Tun de la Bihlio- « graphie catholiqne^ Tautre de la Revue de « Paris. Ces deux rédactions, excessives en sens « contraire, témoignent de la situation présente a des esprits. On peut les opposer Tune à « l'autre presque mot à mot. Dès lors, quelle « conciliation espérer?... Il me tarde de vous « revoir et de renouveler mes pensées par les « vôtres (2 février 1857). »
« Ma vie se continue ici dans une étude soli- « taire et j'ai peine à croire que la vie de Paris « soit, malgré tout, aussi éteinte. Me voici arrivé, « dans le développement de mes leçons, à cette « époque intermédiaire des Pères de l'Eglise « que la plupart des historiens de la philosophie « ont négligée par ignorance, par paresse ou par « système. Cette exposition est si complexe, « elle offre de telles délicatesses que j'ai dûy con- « sacrer presque tout mon temps. Voltaire, par « conséquent a dû être momentanément né- « gligé. Mais je ne m'en plains pas, car j'aurai « ainsi plus de loisir pour méditer vos observa- « tions (26 février 1857). »
Cette dernière lettre suivit M. de Barante à Paris :
« Votre lettre m'est venue à Paris où je suis <( depuis quinze jours... Voici un autre sujet « de conversation qui disparait : les explications « que se sont données mutuellement les princes « ont abouti a dire que la réconciliation de « famille subsiste, mais qu'il n'y a pas lieu à (( établir une concordance de vues politiques. « Ainsi la fusion a peu d'intérêt; elle était <( importante en rapprochant deux opinions et « deux partis, et les voilà différents dans leurs « souhaits et leurs espérances, plus animés « l'un contre l'autre que jamais. C'est la dis- « corde entre les ombres des morts.
(( J'ai à peine vu M. Guizot qui est allé pour « quelques jours à la campagne, après la mort « si douloureuse pour lui de la princesse do « Lieven. M. Cousin est mécontent de sa santé « et ne passe que quelques instants à l'Acadé- « mie. La prochaine élection sera, je crois, dis- « putée entre M. de Laprade et M. Augier. Les (( chances sont pour ce dernier; il a eu beau- « coup de voix Tan passé et il est le candidat (( des académiciens sénateurs ou pourvus de « place...
« J'espère que vous imprimerez votre cours,
« je suis impatient de le lire (3 mars 1857). » M. Nourrisson avait, suivant son habitude, passé à Paris les vacances de Pâques. Rentré h Clermont, il poursuit avec M. de IJarante sa conversation écrite :
« J'avais tout à fait espéré avoir Thonneur de « vous voir ici jeudi... Si je n'avais pas été « trompé dans mon attente, mon premier « besoin eût été de vous remercier des deux « volumes de fragments. J'ai mis, comme vous « pouvez croire, grand empressement à les lire, « et je suis sorti de cette lecture à la fois ins- « truit et charmé. Quelques-unes des notices « m'étaient inconnues. Elles sont toutes non ^< seulement des documents pour l'histoire con- « temporaine, ainsi que vous le remarquez dans « votre avant-propos, mais des épisodes même « de cette histoire. Les hommes considérables « de ce temps que vous avez connus ou avec « lesquels vous avez pris part aux affaires puce bliques ne pouvaient évidemment désirer « devant la postérité une apologie plus discrète « et plus autorisée de leur conduite que les « pages que vous leur avez consacrées. M. Yïl- « lemain, de qui j'ai pris congé avant mon départ, « devait vous écrire pour vous témoigner com- « bien il avait été ravi de la notice de M. de Pon-
« técoulant que les Débats ont publiée. Vous « dirai-je confidemment et sans transition « qu'il s'est montré mécontent, au contraire, de « mon article sur Desaix, publié récemment « dans L" Assemblée et dont il a blâmé amère- « ment quelques mots admiratifs? Je ne lui en « ai pas voulu de cet accès de sincérité mais « ma surprise n'en a pas été moins pénible.
« Car ni M. Mallac, qui avait lu attentivement « l'article, ni moi n'y avions rien vu que « l'expression d'une stricte impartialité. Ose- « rai-je vous demander, si ces lignes sont tom- « bées sous vos yeux, quelle a été votre im- (( pression*?
« Voilà Le Correspondant une seconde fois « averti. J'ai bien peur que M. de Montalem- « bert ne tue cette revue sous lui, comme un (( vaillant capitaine fait tuer sons lui son che- (( val un jour de bataille. Le malheur est qu'à « ce premier cheval on n'aura pas un second « à substituer.
« J'ai laissé M. Cousin souffrant. Il m'a dit « qu'il avait eu le plaisir d'une longue conver-
h. A ceUe question, M. de Barante répondit, dans une lettre datée du 18 mai : « J'ai lu votre article sur Desaix et je l'ai trouvé excellent. Lorsque nous nous verrons, vous me direz sur quoi portait ce blâme que je ne devine pas. »
« saiion d'adieu avec vous. Parmi ses souffrances, « au milieu même, j'admire sa sérénité, ces « mêmes élans de vivacité nouvelle, cette « même ardeur de philosophie. Quant à moi, je « suis revenu ici presque attristé des dispositions « contraires des esprits ; sans doute, la contra- « diction est dans la nature des choses. Mais « elle s'est changée aujourd'hui, ce semble, en « une sourde et implacable hostilité qui n'attend « qu'une possibilité pour se manifester par des « effels désastreux... Je m'occupe en ce moment « d'un court écrit sur Platon qu'un libraire « m'a demandé. Ce ne sera guère qu'une « ancienne thèse latine mise en français et à « laquelle j'ajoute, avec quelques dévcloppe- « ments, un discours sur Platon par Claude « Fleury, écrit judicieux, exquis, trop peu « connu, où le christianisme et l'antiquité sont « conciliés dans la plus juste mesure* (11 mai « 1857). »
« J'ai repris le cours de mes leçons, qui « touchent à leur fm. Car mon programme ne « dépasse pas le xvii® siècle et me voici arrivé à
i. Cet ouvrage, qui parut quelques mois plus tard, est intitulé : Exposition de la théorie platonicienne des idées, suivie d'un Discours sur Platon par Claude Fleury, in-18. Paris, Ladrange,'1858. H en parut, en 1862, une seconde édition.
« la philosophie de Leibnitz, où se résume, en « quelque sorte, à cette époque, toute l'histoire « de la pensée. Malheureusement, je me parle, « en définitive, à moi-même, et n'ai pas assez « souvent la bonne fortune qui m'est arrivée lors « de la leçon sur Spinoza. Cela me servirait à « me rectifier. J'espère au moins que vous « voudrez bien me lire avant l'impression, si « tantestqueje doive imprimer. Après lescours, (( les examens, et, après les examens, j'irai, selon « toute apparence, à Paris... J'y trouverai des « conversations et des livres... J'y trouverai « peut-être aussi l'explication de cette alliance « si inattendue, si étrange, faite de si mauvaise « grâce entre les Débats et Le Siècle. M. de Sacy a « écrit trois lignes de politesse sur M. de Labou- '< laye et après, la rédaction a laissé tenir la « plume au milieu de cette mêlée à un très jeune « et très nouveau venu. De telles conduites sont « inintelligibles et peut-être inintelligentes. « Avec votre permission, Barante entre bien « dans mes plans de vacances (7 juillet 1857). »