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CHAPITRE I

Le collège de Thiers. — Le collège Stanislas. — Les maîtres : Buquet, Gratry, Ozanam. — Les camarades : Garo, Lescœur, Foucher de Gareil. — Grave maladie. — Débuts dans l'enseignement : les suppléances. — Droit et philosophie. — Le baron de Barante^ — Lu marquise de Mathan.

Jean-Félix Nourrisson naquit à Thiers, le 18 juillet 1825, d'une famille bourgeoise vraisemblablement originaire du Lyonnais, oîi le nom est encore très répandu. Nous ne saurions dire quand et pour quels motifs cette famille vint s'établir en Auvergne. Ce fut, sans aucun doute, à une époque ancienne, car Jean-Félix

1. Je dois à la libéralité du baron Claude de Baranle communication des lettres écrites à son illustre grand-père par M. Félix Nourrisson. Ces lettres sont conservées dans les riches archives du château de Barante, dont M. Claude de Barante tire un si heureux parti pour ses belles publications. — Les lettres des correspondants de M. Nourrisson m*ont été communiquées par sa famille.

appartenait bien à son pays, non seulement par le cœur et par la naissance, mais aussi par quelques-unes des solides qualités de la race. Son père, très considéré à Thiers, mérita la reconnaissance de ses concitoyens, en veillant sur les intérêts de sa ville natale et en lui rendant, soit comme conseiller municipal, soit comme adjoint, des services signalés.

Dès qu'il fut en âge de commencer ses études, Félix fut mis au collège de Thiers. Ses succès Ty firent bientôt distinguer. Frappé de la précocité de son intelligence, de ses aptitudes variées, de son opiniâtreté au travail, le principal du collège de ïhiers donna à ses parents le conseil désintéressé de Tenvoyer terminer ses études à Paris. Là, sous la direction de maîtres plus expérimentés, le jeune élève trouverait, avec des condisciples en état de lui disputer les premières places, un enseignement plus élevé et une formation plus complète. Les parents se laissèrent convaincre et envoyèrent à Paris, au collège Stanislas, leur fils unique. C'était alors un voyage long et coûteux ; on se déplaçait moins facilement que de nos jours, et, par suite, Tenfant était séparé de sa famille pendant dix mois consécutifs. Lourd sacrifice, assurément; mais, en ce temps-lfi, les parents prenaient très au se-

rieux leur devoir et se préoccupaient moins de jouir de leurs enfants que de les préparer à bien vivre. Le sacrifice de M. et de M""'' Nourrisson fut, d'ailleurs, recompensé ; leur fils trouva à Stanislas ce qu'avait désiré pour lui le principal du collège de Thiers.

« Oui, disail-ii cinquante ans plus tard (le « 12 février 1888), présidant un banquet des « anciens élèves, j'ai ou cette fortune d'être ac- « cueilli à Stanislas par le vénérable abbé Auge, « qu'assistait Tabbé Froment, un saint d'un autre « âge ; d'y voir l'abbé Liautard lui-même, venant <( de sa cure de Fontainebleau, encourager ses « anciens collaborateurs, d'v vivre sous la forte « et aimable discipline du paternel abbé Bu- « quel, et aussi d'entrer en un commerce, que « la mort seule a pu rompre, avec ce délicat et « mystique penseur qui fut le P. Gratry.

« Ah! Messieurs, quelles nobles, attachantes « et rayonnantes physionomies ! Et quel désin- « téressement que celui de ces prêtres qui, « parmi tous leurs labeurs, se réservaient à (( peine (j'ai retenu le mot et je sais la chose), « se réservaient à peine de quoi acheter une « soutane! Cette abnégation n'avait d'égale que « celle de leurs auxiliaires, d'un abbé Ravinet (( qui, plus tard, sur les barricades de Juin,

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(( accompagnait riiéroïque archevêque de Paris, « d'un abbé Millériot dont réloquencc! popu- « laire a réconforté tant de cœurs endoloris ; d'un « abbé Carton, dont les pauvres de Montrouge « pleureront longtemps la perte récente.

« Et sous ces directeurs, quels professeurs ! « Un Ozanam, un Leverrier, un Jourdain, un « Dareste, un Blignières, et d'autres d'une « moindre illustration et notoriété, mais d'un (( mérite assez rare pour que le ministre de « l'instruction publique en personne, pour qu'un « Villemain les inspectât et les félicitât en « pleine classe. »

Ses camarades de classe s'appelaient A. de Briey, Garo, Lescœur, Fr. de Sugny, Foucher de Careil. Il eut l'inestimable bonheur d'avoir comme professeur de rhétorique Frédéric Ozanam, dont, plus tard, à l'Académie de Clermont, il faisait cet éloge : « Pendant les deux années qu'il suppléa « M. Fauriel à la Faculté des lettres de Paris, « Ozanam ne dédaigna pas de se charger d'une « classe de rhétorique au collège de Stanislas. « C'est là que nous apprîmes à le connaître, à le (( vénérer, à le chérir. Je n'oublierai jamais avec « quelle bonté il s'abaissait jusqu'à des enfants, « quel prestigeexerçaientsurnous ses improvisa- « tions brûlantes, de quel souffle nous pénétraient

ANNÉES 1825-18i0 i)

« ses discours. Le respect profond que nous « inspirait sa présence suffisait seul à nous (( contenir. Il aurait fallu voir ces vingt ou « trente écoliers, si insouciants d'ordinaire et si « légers, avidement suspendus à la parole du « maître, quand il expliquait quelque page « d'Homère, de Virgile ou de Bossuet, pour com- « prendre tout ce qu'il y avait de talent chez « Ozanam et de vivacité dans son talent*. »

C'est en 1839 que Félix Nourrisson partit pour Paris, îi l'ùge de quatorze ans. Tel il avait été au collège deThiors, tel ilse montra à Stanislas. Tous les bulletins envoyés à sa famille jmrtent invariablement cette note : « Elève modèle; travailleur infatigable; aimé de ses camarades. »

Parmi ces camarades, deux surtout, qui lui disputaient les premières places, étaient particulièrement ses amis : « Quand nous allions en promenade, disait-il plus tard en parlant de son temps de collège, nous étions toujours ensemble, Caro, Lescœur et moi. » Un autre condisciple, un des premiers aussi, se réunissait souvent aux trois amis : c'était Fouclier de Careil; Tabbé Gratry l'aimait et l'estimait, lui reconnaissant de grandes aptitudes pour les études

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