‹ Une carrière universitaire:Chapitre 4 sur 58 · Histoire et Philosophie, p · texte numérisé non relu

Histoire et Philosophie, p

philosophiques, et ne cacha pas ses regrets quand il lo vit, après des succès déjà très remarqués, abandonner la philosophie pour suivre une carrière politique.

Pendant l'ét' de i8i2, une grave maladie, une fièvre typhoïde, due h l'excès du travail, interrompit les études de Félix Nourrisson. Sa mère accourut. Entouré des soins les plus dévoués et les plus paternels, le malade n'était plus en danger, mais sa grande faiblesse ne lui permettait pas encore d'aller demander à lair natal un rétablissement complet. De la petite enquête à laquelle cette maladie donna lieu, il ressortit que tous les matins, à quatre heures, le trop studieux élève, trompant la surveillance des maîtres, s'échappait du dortoir pour se glisser dans la salle d'étude. << Je n'ai qu'un reproche à lui faire, disait le surveillant, c'est de trop travailler, j'aurais dû l'en punir. » M. l'abbé Buquet, son supérieur, lui faisait de fréquentes visites ; tous les jours, l'abbé Gratry montait à l'iniirmerie pour s'entretenir affectueusement avec le convalescent et avec sa mère, à qui il prêtait des livres.

L'un et Tautre, ainsi qu'Ozanam restèrent, ses amis et le suivirent dans la vie. « Vous « êtes, lui écrivait M. l'abbé Buquet bien des

« années après sa sortie du collège, vous êtes « un de ceux que j'ai suivis avec le plus d'in- « térêt, mon cher ami, et je connais peu de « vies aussi laborieuses que la vôtre. Vous êtes « jeune et votre vie est déjà remplie. »

' Quant h l'abbé Gratry, rapproché de son ancien élève par des études communes et par un même goût pour la philosophie, il le considéra toujours comme son disciple et entretint avec lui des rapports et une correspondance suivis. En septembre 1849, il lui écrivait :

« Pour moi, je me suis décidé à ne faire que « de la philosophie pendant Fan prochain. J'ai « reçu, depuis que nous nous sommes vus, de « grands encouragements, et peut-être aurai-je, « à la rentrée, des facilités que je n'avais « pas par le passé; je désire que nous puissions « travailler ensemble le plus possible (9 sep- « tembre 1849). »

Quand Félix Nourrisson eut terminé ses études, l'administration du collège Stanislas, qui avait si bien apprécié les qualités sérieuses de l'élève, désira se l'attacher et lui offrit la place, vacante à ce moment, de professeur suppléant. 11 accepta ; c'était, sans demandera sa famille de nouveaux sacrifices, le moyen de rester ù, Paris, de préparer les examens pour les grades supérieurs.

de faire, en somme, le premier pas dans la carrière vers laquelle l'appelait un invincible attrait : l'enseignement de la philosophie. Du banc des écoliers, il passa donc, sans transition, dans la chaire du professeur. A cause de son jeune âge, sa nomination ne fut pas soumise de suite à Tapprobalion du ministre : il n'avait alors que dix-neuf ans.

Les années qui suivirent furent laborieuses et pénibles ; c'est alors que s'agita le problème de son avenir; problème toujours diflicile, d'autant plus grave pour lui que plus haut étaient placés sa légitime ambition et son idéal. Ses goûts, nous Tavons dit, le portaient vers renseignement de la philosophie; son père le destinait à la magistrature. 11 lutta contre la volonté paternelle, mais avec respect et déférence, se mettant en état de pouvoir obéir le jour où ce serait nécessaire ; c'est-îVdin^ (jue, en môme temps que la licence es lettres, il prépara la licence en droit.

Des amitiés fortes et sages, comme en trouvent quelquefois les jeunes gens qui en sont dignes, le soutinrent pendant ces années d'épreuves.

Xon loin de Thiers, dans la commune de Dorât, le père de Félix Nourrisson avait acheté une ferme, appelée Neyron, près de laquelle il

s'était fait construire un pavillon. Là, il venait parfois chasser et se reposer, au milieu d'une belle nature, du séjour de la ville triste et maussade malgré sa situation pittoresque. A côté, vivait dans son château le baron de Barante, le libéral delà Restauration, Tancien adversaire redouté du ministère de Villèle. Retiré de la vie publique, il faisait du bien autour de lui et, entouré de ses livres, amis plus fidèles que les hommes, occupait ses studieux loisirs en écrivant l'histoire, après avoir été de ceux qui la font. Une correspondance active, quelques semaines de séjour annuel à Paris le maintenaient au courant des choses de l'esprit, le seul mouvement auquel, désormais, il voulût participer. Dans son lier isolement politique, il ne regrettait rien des honneurs passés, si ce n'est, de loin en loin, le pouvoir d'obliger : «En ce « qui metouche personnellement, écrivait-il, je (( n'ai aucun regret de me trouver étranger au « nouveau monde politique, mais, parfois, « j'éprouve quelque chagrin de ne pouvoir plus « solliciter et obtenir ce qui me semble juste et « raisonnable, ni rendre de bons offices aux perce sonnes que j'aime ou estime^» La jeunesse

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