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Le christianisme el la liberté^ p

2. Trois révolutionnaires : Turqot^ Necker, Bailly, 2" édit, nn. T-li.

320 CNË CARRIÈRE L'NiVËRâttAlRË

il n'est pas, cependant, de ceux qui voudraient persuader au monde que la France ne date en quelque sorte que d'eux-mêmes ; c'était assez pour s'aliéner les fanatiques de l'avenir. Aussi se résigne-t-il à se voir fatalement, comme Montaigne l'observait de lui-même, « pelaudé à toutes mains, au Gibelin étant Guelfe, au Guelfe, Gibelin. »

Quand expira la période de trois ans pendant laquelle les fonctions d'inspecteur général lui avaicntété confiées, M. Nourrisson futchargéd'un cours complémentaire de philosophie moderne au collège de France. Il prononça son discours d'ouverture en décembre 1873^ Dès rannéel874, la chaire fut définitivement créée par un décret, et le professeur devint titulaire. Autrefois, en quittant Clermont,M. Félix Nourrisson avait écrit à M. de Barante qu'il rentrait à regret dans renseignement secondaire, car professer la philosophie dans une chaire de l'enseignement supérieur était ce qui lui « convenait uniquement ». Après bien des peines et du travail, par une voie longue et détournée, le terme de sa double et légitime ambition était atteint :

\. De Venlendemenl et des idées ; discours d'ouverture du cours complémentaire de philosophie moderne au Collège de France^ Paris, Didier, 1873, in-8".

rinstitut et le Collège de France. Personne n'avait le droit d'être jaloux d'un succès qui couronnait un travail si opiniâtre. Pendant les vingt-cinq années qui suivirent, M. Nourrisson n'a presque pas d'histoire, car sa vie fut heureuse et paisible. Entre tous ses devoirs professionnels et ses travaux, il y avait désormais harmonie complète. Si, en môme temps que les programmes de son cours, on étudie ses communications à l'Académie, on constate que son cours et ses communications furent une étude approfondie et poussée plus loin de ses travaux antérieurs et aussi une préparation de nouveaux ouvrages.

Non pas qu'il fît son cours à l'aventure, au hasard de ses recherches personnelles ; mais parce que, comme autrefois h Clermont, de son cours méthodiquement ordonné, il tirait ses livres. Aussi, comme sujet de cours, nous voyons Spinoza, Leibnitz qu'il ne se lassait jamais d'approfondir; la psychologie de l'âmehumaine; la philosophie du xvu'^et du xviu* siècle. En 1876-1877, un de ces deux cours est consacré aux œuvres morales et politiques deTurgot; la môme année, il lit k l'Académie un rapport étendu sur le Turgot de M. Foncin. De là devait sortir un jour l'ouvrage sur Turgot, Necker

et Bailly, destiné, dans Tesprit de l'auteur, à faire suite à son volume sur l'ancienne France et la Révolution et à le complétera

Des communications à l'Académie sur Machiavel et non temps (1873), puis ^mt Machiavel et /es classiques anciens et un rapport sur le Machiavel et les écrivains grecs de M. Triantafiilis (1878), coïncidentavec la préparation d'une première édition, parue en 1875, et, ensuite, d'une seconde édition, publiée en 1883, d'un volume sur Machiavel^, volume dans lequel se poursuit, par l'étude du secrétaire florentin, la théorie, déjà exposée par l'auteur, sur le droit et la politique. En voici, d'ailleurs, la conclusion : ;< D'un « seul mot, Machiavel a eu le tort de mécon- « naître — et c'est là que gît, avec l'infirmité <( radicale de sa doctrine, le scandale perpétuel « de ses écrits — Machiavel a eu le tort de mé- « connaître que la politique repose, avant tout, « sur le droit qui naît du devoir. Le droit, fils « du devoir, voilà, en effet, l'Atlas qui, même « à l'insu des hommes ou malgré les hommes, « soutient et porte le monde-^ »

1. Trois révolulionnaîres : Turgof^ Necker^ Bailly. Paris Didier, 1885, in-8»; 2» édition, 1886, iii-12»

2. Machiavel. Paris, Didier, 1875, in-12» — Machiavel, nouvelle édition augmentée d'un Appendice sur Machiavel et les classiques anciens. Paris, Didier, 1883, in-12*

Los communications à l'Académie sur Tidée de matière (1871),râme du monde et Tâmedes plantes (1872), l'âme de Thomme (1874), Robert Boyle et l'idée de nature (1876), les évolutionnistes et l'évolution (1876), un libre penseur au xviT* siècle, Jean Toland(1876), les idées d'esprit et de matière dans la philosophie de Bacon (1881), la philosophie de Buffon (1882), marquent les différentes étapes de la longue préparation d'un volume sur Les phiiosophies de la nature^ tandis, que, pendant les années 1879-1883, les cours au Collège de France sur les idées d'esprit et de matière chez les philosophes modernes, sur les théories modernes de la nature et de la vie, sur l'idée d'évolution, concourent au môme but. L'ouvrage qui parut en 1887* entre en lutte ouverte contre le naturalisme et le positivisme.

En l'année 1885, M. Nourrisson préparait un ouvrage sur Pascal. Gomme il arrive souvent, avant que levolumeparût, il fit lecture à ses confrères d'un chapitre relatif à la célèbre expérience du Puy-de-Dôme et dont la conclusion est que l'idée de cette expérience est de Descartes et non de Pascal, et que, par conséquent, au philosophe

1. Phîlosophies de la nature, Bacon, Boyle, Tolaml, BufJ'on. Paris, Didier, 1887,iii-12.

français et non à Torricelli appartient l'honneur d'avoir conseillé Pascal et d avoir eu le premier ridée de Tinfluence, sur les liquides, de la pesanteur de l'air. M. Ernest Havet contesta ces conclusions et la discussion qui s'en suivit entre lui et M. Nourrisson laissa des souvenirs^ M. Himly a pris soin de les rappeler dans le beau discours par lequel, en qualité de président, il rendit hommage h la mémoire de M. Nourrisson :

« L'Académie n'a pas oublié la remarquable (( discussion sur la part de Pascal et la part de « Descartes dans l'expérience du Puy-de-Dôme « qu'il soutint devant elle le 22 août 1885, contre « l'homme le plus versé dans l'histoire de Pasce cal, Ernest Havet. Ceux-là mômes qui trouce vèrent trop dur l'arrôt porté par M. Nour- « risson contre Pascal furent amenés à « reconnaître l'érudition impeccable et la vice gueur de raisonnement avec lesquelles cet (c arrêt était motivé. »

Voici en quels termes, quienfontconnaître le fond, l'éditeur présenta au public l'ouvrage sur

1. CeUe discussion, outre qu'elle se trouve à sa place dans les comptes rendus de rAcadéniie, a été reproduite par M. Nourrisson à la fin de son volume intitulé Défense de Pascal, Paris, Didier, 1888, in-l2, p. 102 et suiv.

Pascal* : « Après tant d'ouvrages dont Pascal « a été Tobjet, nous n'avons point hésité à « publier sur Pascal ce nouveau volume. Sans (( autre préoccupation que celle d'ôtre exact, « Tauteur, y étudiant Pascal surtout comme « physicien-géomètre et comme philosophe, le « juge, en passant, comme polémiste, en même « temps, que sous ce triple rapport, il semble « ajouter par ses recherches à ce qu'on savait « déjà de Fauteur des Provinciales^ du Traité « de r équilibre des liqueurs , d u Triangle arithmé^ « tique et des Pensées, \\ explique les ardeurs « jansénistes de Pascal; il fait justice de son « prétendu scepticisme ou pessimisme ; il éta- « blit comment et dans quelle mesure Pascal « doit entrer en partage avec Descartes, bien « plus sans doute qu'avec Torricelli, de ladé- « couverte de la pesanteur de Tair et de ses « effets; il montre, dans le commerce de Pascal « avec Méré et la société polie du xvu' siècle, une « des origines principales, quoique peut-être les « moins connues, des Pensées, l^ombva d'autres « détails, relatifs soit h. la vie, soit aux écrits « de Pascal, sont également de nature à inté- « resser le lecteur qui trouvera dans cet ou-

1. Pascal physicien et philosophe. Paris, Didier, 1885, in-12.

« vrage, au lieu de Pascal tel que le représente « Tesprit de parti ou la légende, le vrai Pas- « cal de rhistoire*. »

A deux reprises, en 1877 et en 1886, M. Nourrisson eut l'occasion de parler h TAcadémie, en termes élogieux, des travaux de César Cantù. L'illustre historien en fut informé, et, par la lettre suivante, exprima sa reconnaissance :

« Monsieur et illustre confrère, on a voulu me « procurer un grand plaisir en me signalant « ce que vous avez eu la bonté de dire sur (( mon compte à l'Institut. Je n'avais pas solli- « cité votre patronage et vous ignoriez peut- « être en combien d'occasions j'ai manifesté « l'estime que je fais de vos ouvrages et de « votre caractère. Est-ce qu'on s'inquiète de « l'opinion d'un Italien'^? D'autant plus je dois « vous ("tre reconnaissant.

1. Cette présentation du volume par l'éditeur n'a pas été imprimée dans le volume lui-même, mais elle se trouve en t(He de l'opuscule déjà cité, Défense de Pascal, que M. Nourrisson publia, en 1888, pour répondre aux attaques dont avaient été l'objet son livre et Pascal lui-même.

2. Ici César Cantù est injuste. On s'est beaucoup occupé de ses opinions en France, pour les exalter ou les combattre. Les nombreux volumes de son Histoire universelle, son Histoire des cent dernières années et son Histoire des Italiens ont été traduits en français et ces traductions eurent plusieurs éditions.

« Dans le désordre actuel, vous persévérez a « professer que la règle suprême dans les discusit sions est la liberté. Et vous la cherchez depuis « Thaïes jusqu aHegel. Je suis trop vieux pour « espérer d'en voir le trionfe [sic) ; que ci krAyo^^a « puissent ne pas oublier que notre géné- « ration n'a pas été inutile dans le cours du « progrès, et vous particulièrement.

« Agréez, Monsieur, les sentiments de ma « reconnaissance et d'une vénération d'ancienne « date (5 avril 1885). »

Toute sa vie, M. Nourrisson s'était occupé de Voltaire. Nous avons vu que, pendant son séjour en Angleterre, il avait relu ses œuvres complètes. A chaque page de sa correspondance, ce nom se retrouve. Sa première idée fut de faire une étude sur la philosophie de Voltaire opposée à celle.de Bossuet ; puis, les conseils de M. de Barante et ses propres lectures modifièrent peu à peu ses projets, élargirent son cadre et, enfin, l'amenèrent à écrire un livre sur Voltaire et non contre Voltaire, c'est-à-dire à aborder son sujet avec une volonté toute particulière d'être juste et impartial, ce qui, d'ailleurs, avait toujours été dans ses intentions, et de se dégager de toute opinion préconçue. Ses lettres à M. de Barante nous ont

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permis de suivre pas à pas le développement et les modifications de son idée première. C'est seulement vers la fin de sa vie, en 1896, que parut cette œuvre si longuement méditée K L'auteur lui-même, dans un très court avantpropos, expose sa pensée et son plan:

« Après plus d'un siècle écoulé, le moment a « pu sembler venu d'étudier Voltaire comme (( un ancien. De là cet ouvrage. Il n'est ni « pour Voltaire ni contre Voltaire ; il est sur « Voltaire. On s'est simplement propose» de (( montrer d'abord ce que fut Voltaire au milieu « des agitations paisibles de sa longue et labo- « rieuse existence; puis, de faire connaître les « idées tumultueuses qui remplissent sesinnom- « brables écrits. Or, avant tout, il fallait être « exact. Aussi, le plus souvent, a-t-on laissé (( la parole à Voltaire lui-môme ou aux contem- « porains de Voltaire. C'est, d'ailleurs, aux « esprits vraiment libres que s'adresse ce livre, « et aux âmes vraiment françaises. »

En môme temps que Voltaire, M. Nourrisson étudiait Rousseau. Après une excursion aux Cbarmettes,il avait relu ses œuvres complètes.

1. Voltaire el le voKairianisme. Paris, Lethielleux, s. d. in-8\

ANNÉES i870-1896 329

En 1878 et 1888, des ouvrages récents avaient été pour lui Toccasion de lire à TAcadémie des mémoires sur le philosophe de Genève. L'ouvrage resta presque complètement achevé ; seule la dernière revision manqua. La piété de jyjme Nourrisson et de ses enfants publiera peutêtre un jour ce volume tel que la mort Ta laissé.

C'est en Tannée 1883 que M. Félix Nourrisson avait eu l'honneur d'être président de l'Académie. Gomme souvenir de son passage au fauteuil, il laissa, dans son discours prononcé à la séance publique annuelle du 8 novembre 1883, une très intéressante histoire de l'Académie des Sciences Morales et Politiques et des nombreuses vicissitudes de son existence tourmentée.

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