L'ancienne France et la Révolution^ p
( santés et charmantes, tout ce qui répand du < lustre sur les choses humaines se trouvait là réuni, autorisant Bossuet à répéter, en parlant de la couronne de France, cet éloge singulier : qu'elle est autant au-dessus des autres couronnes du monde que la dignité royale surpasse les fortunes particulières. » Il déjeunait dans un restaurant, toujours le môme, situé h la lisière du parc, et qui avait dû sa préférence à ce fait que jamais aucun autre client ne venait le troubler dans ses réflexions. Son nom y était inconnu et on l'appelait : le Monsieur du mardi. Ce restaurant, dont la disparition l'aurait vivement contrarié en jetant le trouble dans ses habitudes, ferma quelques semaines après sa mort.
Ses vacances se divisaient en deux parts : un voyage et le séjour habituel en Auvergne.
M. Nourrisson avait toujours eu beaucoup de goût pour les voyages. Mais il avait sa façon à lui de voyager. Ses mouvements étaient très rapides :
« Je viens d'Allemagne, écrivait-il à M. de Barante, en 1855, où, grâce aux chemins de fer et aux bateaux, j'ai pu voir beaucoup en peu de temps. »
Ce qui surtout attirait son attention, c'était
l'aspect général du pays, sa situation dans ses rapports avec l'histoire et la richesse économique, Tétat politique et moral des populations au milieu desquelles il était momentanément jeté. Cela vu, les attractions qui attirent le flot des voyageurs, les curiosités signalées dans Jes guides ne le retenaient guère. Nul plus que lui ne fut indépendant des Joanne ou des Bedœkcr.
11 raconte ainsi sa visite aux Charmettes où Rousseau vécut cinq ans et que ses Confessions ont rendues célèbres :
« M. R... a rigoureusement interdit Taccès « des chambres qui composent le premier et « unique étage de ce modeste logis. Que « d'autres le regrettent. Pour moi, je ne m'en « plains pas. Les rideaux et Técritoire de « Rousseau, son herbier et sa canne ne m'im- « portent guère, et c'est avec la plus profonde « indifférence que j'ai vu, au rez-de-chaussée, « quelques prétendues épaves de son mobilier, (( une montre, une épinette, des portraits « qu'hésiterait à signer un peintre d'enseignes.
« Ce qui m'a intéressé aux Charmettes, r< c'est l'aspect général des choses. Depuis 1660, « époque où un gentilhomme de Chambéry, « M. de Conzié, prit fantaisie de se construire
« celte petite manse féodale, presque rien n'y « a été changé. La chapelle seule a comme « disparu. Convertie d'abord en un four, elle « n'est plus maintenant qu'une ruine, mais « tous le gros des bâtiments subsiste. A gauche, « la métairie; à droite, pour le maître, une « maison très logeable, aux dispositions rus- « tiques, anx contrevents verts*. »
Nous avons réservé, pour le citer ici, un passage d'une lettre écrite à M. deBarante en 1861 et propre à nous faire bien comprendre ce que, dans ses voyages, M. Nourrisson observait :
w Me voilà donc remis au travail et à mes occupations de collège. Je m'en suis délassé
< un peu en vacances, comme à l'ordinaire,
< par un voyage. J'ai commencé par Genève
< que vous connaissez bien, et je ne saurais vous dire combien j'ai admiré ce beau pays.
< La ville jouit d'une sécurité et d'une apparence de prospérité qui donnent un éclatant
( démenti aux assertions saugrenues de certains journaux. Quant au lac, les rives en sont enchantées et c'est évidemment une fée de ces bords qui a présidé à la naissance de Rousseau. Comment cette splendide na-