‹ Une carrière universitaire:Chapitre 42 sur 58 · Histoire et philosophie , pp · texte numérisé non relu

Histoire et philosophie , pp

« lure a-t-elle laissé, au contraire, sicomplète- « ment sèche Tâme de Voltaire?

« Je n'ai pas manqué, à cause du voisinage, c< la visite de Ferney. A part quelques bric-à- « brac, rien ne rappelle ce malin seigneur « que sa chapelle : Deo erexit Voltaire, Cette « masure est sans contredit une des plus « sottes impertinences qu'il se soit permises « contre la religion chrétienne. De Genève, j'ai « gagné Venise dont je ne vous dirai rien pour « avoir trop à vous en dire. Politiquement, « cette ville miraculeuse, et, quoi qu'on fasse, « déchue, m'a paru singulièrement languir « sous l'administration et les canons de l'Auti triche. Au retour, j'ai pris la route de la Corce niche et traversé quelques grandes villes du « Midi. »

(( — Vous avez donc, fait un grand et beau « voyage, lui avait répondu M. de Barante. Il (c y a beaucoup d'années que j'ai habité ou parce couru Genève, la route du Simplon, les lacs, « Milan, Venise, Parme, Gênes. Alors tous ces (( pays étaient en pleine paix et ne paraissaient « point malheureux. Vous les avez vus en proie « aux révolutions, ignorants du lendemain, « soumis au despotisme d'un pouvoir absolu « et déréglé. Vous n'avez fait que passer, et

34i UNE CARRIÈRE UNIVERSITAIRE

« cependant, vous avez pu juger deTétat de ces « malheureuses populations. »

M. Nourrisson se plaisait aussi à visiter les lieux où avaient vécu les grands hommes qu'il aiaiait ou avait étudiés. C'est ainsi que nous venons de le voir rechercher à Ferney les maigres souvenirs de Voltaire et, aux Charmettes, ceux de Jean-Jacques Rousseau. A Hanovre, il contempla avec émotion le fauteuil (le cuir où Leibnitz passa tant de jours et tant de nuits courbé sur sa table de travail et mourut subitement en lisant VArgeiiis de Barclay; il tint entre ses mains le volume et la page jaunie devant laquelle s'était éteint le dernier regard du grand philosophe. Les beaux paysages excitaient son admiration et la lettre citée montre que, volontiers, il les mêlait à ses souvenirs historiques quand ils avaient servi de cadre aux existences qui Tintéressaient. La rapidité de ses voyages ne l'empêchait pas de voir et de bien juger, et aussi de peindre ce qu'il avait vu; témoin cette belle description de la ville de Hanovre et du quartier où vivait Leibnitz :

« Rien n'est plus doucement égayé par un « beau soleil que le premier aspect que pré- « sente la ville de Hanovre. Des squares

« spacieux et ombragés, de vastes et splendides « hôtels, des rues animées sans tumulte, des « promenades fréquentées sans encombrement, « l'opulence et le calme, la régularité et le « confort, voilà ce qui, d'abord, attire et repose « les regards.

« Mais ce n'est pas là le Hanovre de Leibnitz. (( Il faut, pour arriver dans le Hanovre où il « vécut, franchir cette lisière riante et ornée. « Au delà, apparaît la vieille ville, aux rues « boueuses et obscures, aux maisons pressées « et surplombant, dont les toits, disposés en « étage, se terminent en pointe; dont les « fenêtres, garnies de châssis, s'éparpillent « comme au hasard; dont les murailles histo- « riées, chargées de statues et de grotesques, « tantôt rentrent sur elles-mêmes et tantôt se « projettent capricieusement en saillies.

« C'est dans ce centre populeux, affairé, que « se remarque entre toutes, par son architec- « ture pittoresque et les détails compliqués de « sa décoration, la maison que, pendant plus « de trente années, habita Leibnitz et où il est « mort ^ . »

En 1897, deux ans avant sa mort,M.Nourris-

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