DEUXIEME PARTIE
LE COMTE
Laissez approcher. (Le sénéchal s’avance et salue.) Vous désirez me parler, monsieur?
LE SÉNÉCHAL
Excusez-moi, monsieur le comte, d’être venu jusqu’à vous dans un pareil moment... Je suis le sénéchal de Mortagne...
LE COMTE
Je m’étonne, monsieur le sénéchal, qu’on vous ait permis d’arriver jusqu’ici.
LE SÉNÉCHAL
On n’y a consenti qu’à grand’peine et en nous faisant accompagner.
LE COMTE
Vous n’êtes donc pas seul?
LE SÉNÉCHAL
Je suis venu avec uns femme et un enfant qui m’attendent là-bas.
LE COMTE
Expliquez-vous. De quoi s’agit-il ?
LE SÉNÉCHAL
D’une affaire des plus graves et que je ne puis confier qu’à vous, à vous seul... monsieur le colonel.
Le comte fait un signe. On s’éloigne.
LE COMTE
Je vous écoute.
LE SÉNÉCHAL
Monsieur le comte, vous avez dans votre régiment un nommé Jean Renaud.
En effet.
LE SÉNÉCHAL
Sa femme était, je crois, la sœur de lait de madame la comtesse?
LE COMTE
Oui, c’était une brave et honnête fille qui a dû faire une excellente femme.
LE SÉNÉCHAL
La pauvre créature est morte la nuit dernière, morte assassinée.
LE COMTE
Assassinée?
LE SÉNÉCHAL
A ses cris, aux cris de son enfant, tous ses voisins et moi-même, nous sommes accourus, mais, hélas!... il était trop tard, et le misérable assassin avait eu le temps de s’enfuir.
LE COMTE
Mais pour commettre ce crime affreux, quel but pouvait-il avoir? Le vol?
LE SÉNÉCHAL
Oh ! non.
Une vengeance?
LE SÉNÉCHAL
Pas davantage!
LE COMTE
Enfin, les soupçons se sont-ils portés sur quelqu’un?
LE SÉNÉCHAL
Oui, monsieur le comte ; dans tout le village, il n’y eu pour cela qu’une seule voix.
LE COMTE
Et qui accuse-t-elle ?
LE SÉNÉCHAL
Jean Renaud.
LE COMTE
Son mari 1 Allons donc, c’est impossible.