PREMIÈRE PARTIE
JEAN RENAUD
Chut !
Il repousse la porte.
MADELEINE, se jetant à son cou.
Est-il possible!...
JEAN RENAUD
Plus bas!... plus bas!... te dis-je!...
Il enlève Adrienne dans ses bras et la couvre de baisers.
ADRIENNE
Si tu savais comme je suis contente!
JEAN RENAUD
Je le vois bien; mais ne le dis pas trop haut, chère enfant !
A DR t EN N E .
Ah ! pourquoi?
JEAN RENAUD
Parce qu’il ne faut pas qu’on sache que ton père est venu embrasser sa petite fille.... et sa femme... sa chère Madeleine.
Il va entr’ouvrir la porte pour regarder au dehors.
Mais explique-moi?,..
JEAN RENAUD, lui désignant la petite.
Oui... tout à l’heure... Laisse, d’abord, que je vous regarde. (Les attirant à lui.) Que je m’assure que je suis bien éveillé, que c’est bien vous que je presse sur mon cœur, dans mes bras, après deux mois de séparation qui m’ont paru un siècle. t
MADELEINE
Et à nous donc, mon ami! Deux mois de craintes, d’inquiétudes.
ADRIENNE
Maman pleurait toujours.
MADELEINE
Mais qaelle joie quand ce soir nous avons eu de tes nouvelles.
JEAN RENAUD
Par Chamboran?...
MADELEINE
11 n’y a pas dix minutes qu’il est reparti.
JEAN RENAUD
Ah! ce matin que n’aurais-je pas donné pour l’accompagner! mais le devoir m’entraînait ailleurs et Dieu sait si je pouvais prévoir que cette nuit, je serais là, près de vous !
ADRIENNE
Et tu ne nous quitteras plus, dis, papa?
JEAN RENAUD
Bientôt je resterai avec vous toujours; mais maintenant il se fait tard, tes petits yeux ont besoin de sommeil. (Bas, à Madeleine.) Eloigne-la.
MADELEINE
Oui, sois sage, dis bonsoir à ton papa et n’oublie pas de faire ta prière.
ADRIENNE, tendant son front à son père.
Adieu, papa, bonsoir.
JEAN RENAUD
Adieu, mon enfant.
ADRIENNE
Oh! à présent, maman je n’aurai plus peur.
Elle entre dans sa chambre conduite par Jean Renaud et Madeleine qui ferme la porte.