ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE
Pourtant certaines questions méritent d'être étudiées icimême : anatomie, physiologie, thérapeutique.
La Practica et les Expositiones contiennent une partie anatomique assez considérable. Ferrari s'occupa, dans son cours, au point de vue théorique, de questions d'anatomie et de physiologie, et dans sa Practica, avant d'en arriver à l'étude d'affections d'organes principaux, il décrit avec quelque développement ces organes. Il expose la constitution de l'œil, des oreilles, du nez, des dents, des poumons, du cœur, du foie, de l'intestin, des reins, de la vessie, de l'utérus, du péritoine. Ses descriptions sont assez claires — pour l'époque — mais sans aucune remarque originale, sans aucune velléité d'échapper au grand anatomiste, au grand oracle d'alors, Galien. Le cœur n'est pas fait pour la circulation, il a deux ventricules manifestes et un troisième médian qui l'est moins. Le ventricule gauche contient l'esprit vital, le droit renferme le sang. Le cœur distribue à tous les membres du corps ce sang, cet esprit et sa chaleur. S'il est incliné à gauche, c'est qu'il lui faut réchauffer par sa chaleur le côté gauche qui est froid. Il est à noter que le
I. Le Canon d'Avicenne qui embrasse toute lu médecine est divisé en livres, le livre en fen, le fen en traités ou doctrines, la doctrine en sommes, la somme en chapitres.
cœur seul a du sang dans sa sul)slance; dans tous les aulics membres les veines conlieniient du sang et les artères beaucoup d'air et peu do sang. Le poumon est le van du cœur (ventilabrum cordis), c'est-à-dire qu'il est chargé par la nature do rafraîchir lo cœur. L ostoinac a 6té cr6é pour triturer et pour cuire les aliments. La rate fournit l'atrahilo, lo chyle se confectionne dans le foie et cet organe est l'origine des veines, etc.
En réalité, vers 14r50, l'anatomie et la physiologie étaient réduites ù quelques vagues notions. L'anatomie pathologique devait naître à la fin du xv'= siècle seulement, avec Bcnivieni de Florence. Au moyen âge, nous le répétons, l'anatomophysiologiste fut Galion, traduit, déformé par les Arabes. Le médecin de Porgame et Avicenne sont cités toutes les fois qu'il s'agit d'anatomie, et les termes arabes sont à chaque instant employés par les médecins et les chirurgiens, miracli, sijjhac, zirbus, canna, mery^ etc.
Ferrari ne fait ni mieux ni plus mal que ses prédécesseurs ou que ses contemporains. Quelques biographes lui ont décerné lo titre d'anatomiste, il serait plus vrai de dire qu'il enseigna clairement, j^our son te?nps, les principes do l'anatomie, d'après les anciens. Et, comme au xiv" et au xv'' siècle, l'anatomie n'était guère professée dans les écoles, on peut, tout de même, reconnaître, avec M. le professeur Achille Monti, que Ferrari fut (( un des restaurateurs de la science anatomique en Italie », ot à Pavie plus particulièrement, parce qu'il décrivit dans son cours les principaux organes du corps humain avant d'aborder la pathologie'.
On sait quel fut le rôle des médecins italiens du xvi^ siècle dans la Renaissance anatomique. Ferrari n'aurait-il fait que hâter la transformation d'une science qui est le fondement môme de la médecine, qu 'il faudrait peut-être lui réserver une place, si petite fût-elle, à côté des novateurs du xvi" siècle. Plusieurs auteurs italiens et allemands, chez nous Portai
1 La scuola medica di Pavia lia una tradizione anatomica che rivale fino ai tempi giri remoti c chc costituissc una délie sue glorie sico 0 XV insignava Maltoo Ferrari d Agrate, il eu. nome e il pnmo cl. e s in-onlra nella storia dcl resorgimcnto deir anatomia. » (A Mon t.. Lc.;on d ô^erturo du cours d'anatomie pathologique de la Faculté .lo «..-dccnc de Pavie, 1" mars 18i)8.)
et (.a avcliiuor, (^til été plus loin. Ferrari, disent-iJs, est le premier qui ait désigné sous le nom d'ovaires les testicules de la femme et qui en ait donné — avant Stenon, R. de GraafT et Verlieyen — une bonne description'. On verra ce qu'il faut penser de ce jugement en lisant la description de l'utérus et des ovaires donnée par Ferrari dans s'a Pmctica. Nous la reproduisons intégralement. C'est, en somme, une leçon d'anatomie à la fin du xv'' siècle.