‹ Une chaire de médecine au 15e siècleChapitre 44 sur 126 · Mort en.l3'n · texte numérisé non relu

Mort en.l3'n

monts ciii'ioux siir la manière dont, se faisaient alors les démonstrations'.

Mon maislre Bertrucola faict plusieurs fois en cette manière : Aynnt situé le corps mort sur un banc, il en faisoit quatre leçons. En la première estoit traicté des membres nutritifs : parce que plustost ils se pourrissent. En la seconde, des membres spirituels. En la Iroisiesme, des membres animaux. En la quatriesme, on traitoit des exlrémitez. Et suivant le commentateur du livre des Sectes-, en chasque membre y avoit neuf choses à voir : c'est à sçavoir, la situation, la substance, la complexion, la quantité, le nombre, la figure, la liaison ou alliance, les actions ou utilités,: et quelles sont les maladies qui y peuvent survenir : desquelles par l'anatomie, le médecin peut estre secouru et aydé à la connoissance des maux, au prognostic, et à la curation. Nous faisions aussi l'anatomie ès corps desseichez au soleil '\ ou donsumez en terre, ou fondas en eau courante ou bouillante : nous voions l'anatomie au moins des os, cartillages, joinctures, gros nerfs, tendons et ligamens. Par ces deux moyens, on parvient ii la connoissance de l'Anatomie ès corps des hommes, des cinges, pourceaux et plusieurs autres animaux* : et non par les peintures comme a fait le susdit Henric" qui, avec treize peintures, a semblé montrer l'Anatomie.

Voici, d'autre part, un exemple de la façon de raisonner des anatomistes du xv" siècle, d'après Mundini et Zerbi;

1. La Grande Chirurr/ie'ile G. de LkauUac, par Nicaise, p. 30.

2. C'est un livre (Je Galien. (Voir Darembeho, Œuvres de Galien, t. If, p. 316.)

3. Mundini parle aussi des cadavres qu'il fallait laisser pendant trois ans sécher au soleil pour arriver aux muscles profonds des extrémités.

4. Galien n'a pas ouvert de cadavres humains. Ses descriptions anatomiques ont été faites d'après les dissections de singes, de mammifères, carnassiers, ruminants, solipèdes, porcins. On trouve même chez lui l'indication du genre de mort qu'il préférait pour tuer l'animal destiné aux explorations anatomiques. H recommande d'étouffer la bête sous l'eau au lieu de l'égorger ou de l'étrangler avec une corde. De la sorte, les parties du cou seront, comme les autres, sans lésions.

"). A propos de ces peintures, Nicaise dans une note dit : « J'ai consulté à la Bibliothèque nationale un manuscrit d'Henri de Mondeville, n" 2 030 du fonds français. Il a poui- titre : « La pratique de cyrurgie de Henri de Monde- « ville roborée par la théorique, faite à Paris en l'an 13[0]6. » Le manuscrit contient 108 feuillets in-i ; les trente-trois premiers traitent de l'anatomie, les autres de la chirurgie. H renferme quatorze petites miniatures sur l'anatomie ; elles ne montrent presque rien et aucune ne méritait d'être reproduite. H est probable que dans ses leçons Henri se servait de peintures plus grandes, dont celles-ci ne sont que la réduction. » A propos de ces figures onato iniques, signalons encore fine quelques manuscrits et éditions de Lanfranc oftrent deux

nous constaterons pourfanf à propos que h^crrari est moins confus

Les oreillettes [parles pcllicularcs) sont des déversoirs du sang et surtout de l'esprit, lorsqu'ils surabondent, celui-ci dans le ventricule droit, celui-là dans le ventricule gauche; mais alors pourquoi ne pas faire le cœur plus ample? Parce que la dispersion des esprits les aurait affaiblis! La preuve en est que les animaux qui ont de grandes cavités sont timides. D'ailleurs ce n'est qu'accidentellement que le cœur a trop de sang ou trop d'esprit, de telle sorte que le cœur eut été le plus souvent inutilement grand ! — Le cerveau est divisé pour qu'au besoin une partie puisse remplacer l'autre, et pour que les fumosités aient des voies d'exhalaison plus faciles! A l'exemple de Galion, Mundini avait démontré qu'il fallait deux méninges, mais qu'il ne peut en exister plus de deux! Et cependant c'était une époque où le vulgaire, d'après Zerbi, appelait l'anatomie Valphobet des médecins. On comprendra que nous ne puissions pas ici relever toutes les Erreurs anatomiqucs ou physiologiques qui s'étaient transmises depuis Galion. .Une pareille nomenclature serait longue et sans grand intérêt.

Le peu de progrès de l'anatomie jusqu'fiu xvi'' siècle a tenu en grande partie sans doute au respect dont on entourait le cadavre humain.

L'horreur naturelle qu'inspire ;i l'homme l'aspect et même l'idée d'un cadavre, la coutume d'inhumer les corps immédiatement ou peu de temps après la mort, celle de les brûler, les

ou Mois [KîUts dessins des sutures du ci-.uu'. \u xv siècle, Léonard de Vinci fit des dessins anatoniiques.

En l't'J3, pfirait à Venise le FascuiUij de inedicina de J. de Ketham, qui renferme de nombreuses gravures.

En 1321, paraissent les commentaires de Carpi sm* Mundini : Cwpi cominentarii, cum ampUssimis addifionibus super Anatomiam Mundini, una cuni textu ejusdem in pristinara verilatcm rodaota; lionon, in-i, avec des planches ifravées.

En ir)3(i, Cliarles Étienne, Irère de Robert et de In-ançois-Étienne qui avaient importé en France l'art de l'imprimerie, publia son grand ouvrage (l'anatomie, très remarquable par ses magnifiques planches d'ostéologic et l'un des plus beaux spécimens do la typograi)liic et de la gr.ivure au milieu du xvi° siècle.

Enfin arrive le véritable créateur de riconographio anatomique, Vksaij; : il publie ses premières éditions latines en lfi42 et lii43; la première édition frani^aiso p;u'ait en l;».'!!).

1. 1) uu:M)ii-.!t(i, in llhl.de la se. médicale. Yniv II. scient., 18G7, 21 décembre.

préjugés religieux qui attachaient une espèce de profanation à ratlouchement des cadavres humains, et un grand mérite aux honneurs rendus aux morts, voilà, dit Cruveilhier, les principales causes qui s'opposèrent à ce que l'anatomie humaine fût cultivée par les anciens.

Galion, nous l'avons vu, n'a disséqué que des animaux. Aristote n'avait pas pratiqué, semble-t-il, l'anatomie humaine, mais il avait disséqué un grand nombre d'animaux, quadrupèdes, oiseaux, serpents, poissons '.

A l'école d'Alexandrie cependant, la dissection avait été cultivée avec ardeur, sous les Ptolémées.

Les médecins pouvaient opérer sur les cadavres humains et l'on ne tenait pas compte du préjugé qui faisait considérer l'ouverture du corps de l'homme comme une violation et un crime. Celse, Galien et ses commentateurs nous ont fait connaître les deux plus grands analomistes de l'école d'Alexandrie, Hérophyle et Erasistrate, dont les ouvrages ont disparu. Tous deux vivaient sous Ptolémée Soter, entre 305 et 280 avant l'ère chrétienne. Ils firent faire de sensibles progrès à l'anatomie en disséquant un grand nombre de cadavres. Selon Celse et Tertulien, Hérophyle disséqua même vivants des malfaiteurs condamnés à mort.

Les mahométans poussèrent fort loin leurs idées superstitieuses sur l'ouverture des corps humains. Ils considéraient la dissection des cadavres comme impure; et l'anatomie était encore défendue chez eux par la religion. L'âme n'abandonne pas le corps aussitôt après la mort, mais elle s'en détache peu à peu, passant d'un membre dans un autre, puis dans la poitrine oii se fait la séparation définitive. Ainsi, un cadavre ne peut être disséqué sans souffrir. Pourtant les Arabes ne négligèrent pas d'étudier l'ostéologie sur les os recueillis dans les cimetières.

En Occident, l'Eglise se montra particulièrement sévère. Nous voyons bien parfois des chefs d'État plus libéraux ou

1. Aristote admet le cœur avec trois ventricules; la division du foie en plusieurs lobes, l'utérus avec deux cornes. Le cerveau est pour lui un corps humide dépourvu de sanp : les poumons sont formés d'un tissu semblable à celui d'une éponfi:e;ces organes servent ù rafraîchir le cœur auquel ils transmettent l'air ou l'esprit.

plus sensés docidcr que la pi-alique de ranatomio sera obligatoire pour les médecins et chirurgiens, mais ces excellentes dispositions sont abrogées le plus souvent par un édit poiilificai. Ainsi, en 1213, Frédéric II, empereur d'Allemagne et roi des deux Siciles, promulgue une ordonnance par laquelle il est défendu de se livrer à l'exercice de la chirurgie sans avoir fait un an d'anatomie sur le corps humain'. El en exécution de cette ordonnance, il prescrit aux écoles de Salerne et de Naples d'anatomiser publiquement un cadavre humain au moins tous les cinq ans. Cent ans plus tard, une nouvelle ordonnance fut rendue, entrant dans plus de détails et accordant plus de cadavres. Ce ne fut réellement qu'en 1306 que Mundini disséqua publiquement à Bologne le cadavre d'une femme'. Dix ans après il en anatomisa deux autres ; c'est alors que Boniface IV lança un édit « contre ceux qui osaient attenter à la dignité de l'homme >k Et les études de disseçtion furent interrompues .

Pendant tout le moyen âge, les progrès de l'anatomie furent donc lents, pour ne pas dire nuls. L'ouverture d'un cadavre était considérée comme un événement tellement extraordinaire que les auteurs contemporains l'enregistrent dans leurs écrits comme digne de passer à la postérité. Dans un traité de chirurgie publié en 1540, on lit qu'en 1429, le 8 février, fut disséqué un individu de Bergame, et qu'en 1 430 on fit à Venise la dissection d'une matrice de femme . Ber-

1. « Juboiaiis in posteruin nuUum niedici lituluni prœtendeiitem luidero practicare aliter vel mederi, nisi Salerni priniitus, et in conventii publico niagistrorum judicio comprobalii:? ciim testimonialibus litteris. Saliibri ctiani consLilutione sancimus ut niillus chirurgis ad ijracticam admittatur, nisi testimoniales litteras oflerat niagistrorum in medicinali facuUate legentium quod per annum salteni in ea parte medicina- .studuerit quie ciiirurgiaî instruit facultatem et pnnsertim anatomiam humanorum corporum in scholia dedicent, et sit in ea parte mediame porfectus, sine quîc nec incisiones salubriler iieri poterunt, nec factœ curari. » [Çodex legum anlùjuarum : Lindenl>rof/i. Franofurli, 1613.}

2. « Nous avons la certitude, dit M. Laboulbène, que Mnndinus, s'il a le premier- exécuté l'ordonnance royale, n'a pas commencé à ouvrir des corps. Dès 1302, Guillaume de Varignana, assisté de piiysiciens et de médecins diirurgiens, a pratiqué à Bologne des autopsies i)our découvrir un poison et fait connaître l'état des viscères. 11 y a plus, Guillaume de Saliceti, non à Milan comme on l'a dit par erreur, mais îi Bologne même, ouvre des corps morts avant G. de Varignana et constate un engorgement sanguin du poumon. » (Voir LAitouLnÉNE : Les anatoinistes anciens, Rev. sfienlif., 1886).

3. Anno Doinini 1421) octova die mensi februarii, fada fuit anatomia de

tapaglia, qui professait ù Pudoue vers 1424 et qui fut chirurgien universitaire, savait peu d'anatomie et fait remarquer qu il a assisté à l'aiiatomic d'un cadavre en 1429, et à celle d'une matrice en 1430. Quelque cent ans plus tard, d'ailleurs, et alors que l'anatomie était entrée dans une phase nouvelle, les étudiants en médecine, surtout dans les Universités françaises, mentionnaient encore dans leurs notes les séances publiques de dissection ou d'autopsie auxquelles ils avaient assisté. Félix Flatter nous donne sur ce sujet les renseignements les plus précis.

— Dès le l i novembre 1532, dit-il, il fut pratiqué une dissection dans l'ancien amphithéâtre sur le corps d'un garçon qui était mort d'un abcès dans la poitrine. Le docteur Guichardus présidait Tanatomie et un barbier opérait. Outre les étudiants, il y avait dans l'assistance beaucoup de personnes de la noblesse et de la bourgeoisie et jusqu'à des demoiselles, quoiqu'on fît l'autopsie d'un homme. Il y assistait même des moines K

— Le 19 décembre 1353 eut lieu une nouvelle séance d'anatomie. Le sujet était un vieillard dont les poumons était en fort mauvais état.

— Le 2 février 1354 nous eûmes une nouvelle séance d'anatomie sous la présidence de Rondelet. Le sujet était un homme.

— Aux environs de la Toussaint, Rondelet présida une séance d'anatomie où il disséqua un singe... Quelques jours après, le 21 novembre, il présida une nouvelle séance. Le sujet était une superbe courtisane morte en couches.

— Le 17 janvier 1355 eut lieu une nouvelle séance d'anatomie au collège sous la présidence du docteur Guichardus. Le sujet était un jeune conipagnon.

— Le 2 novembre eut lieu au collège une séance d'anatomie présidée par Bocandis. Le sujet était une femme. Le 10, Gallotus en prépara un autre en secret, pour nous autres Allemands.

— Le 22 décembre eut lieu une séance d'anatomie présidée par le docteur Guichardus où l'on disséqua une jeune fille.

— Le 3 février 1556 on tint une séance d'anatomie au nouveau Theatrum Collefjii. Deux sujets furent disséqués en même temps :

quodam viro Berpamensi. — Anno 1430, in vigilia ascensionis Domini facta fuit anatoniia de matrice inmuliere. De mense Aprilis, die qu;irta,rectore luagnifico Marco Foscari nobili Veneto. {Ars ckirurg.: Venetiis, i;i46, in-fol. Apud .luntas, f. 299.)

l. Féux Flatter a Montpellie», p. 30 (voir Bibliogr.).

une jeune lillo et une femme. Rondelet j)rnsidait et je prenais soigneusement note de ses admirables explications.

— Le 3 décembre eut lieu l'exécution de Béatrice... Elle fut pendue... Le corps fut donné à l'amphithéAtre d'anatomie et resta plusieurs jours au collège.

— Le tO janvier 1557 il y eut une sûauce d'anatomie au collège sous la présidence du docteur Guichardus.

Ainsi à la lin du xvi" siècle, à l'Université de Montpellier, en cinq ans, onze séances d'anatomie pratique à l'usage des étudiants avec explications du professeur. Le progrès pourtant était déjà sensible si l'on songe que, deux siècles et demi auparavant, Mundini, en dix ans, n'avait ouvert publiquement que trois cadavres.

A Pavie, au milieu du xv'- siècle on disséquait quelquefois. Le podestat' en effet était tenu de fournir au collège des médecins les cadavres des justiciés, ainsi qu'en témoigne l'édit ducal suivant :

Item staluimus quod dominus podestas Papie ad requisitionem Universitatis studii medicorum quemcumque condemnatum vel condemnatam de tali crimine ex quo mori debeat,. teneatur et debeat ad instantiam ipsius universitatis quando notomiam facere voluerit^

A cette époque les dissections furent en usage en Italie plus que partout ailleurs. On disséqua surtout dans les écoles de Bologne, de Padoue, de Ferrare, de Pavie, de Milan, de Plaisance. Les médecins et chirurgiens italiens ne furent pas seuls à manier le scalpel. Les artistes rivalisaient avec eux, « et tous les peintres et sculpteurs du xv"" siècle manièrent le scalpel et suivirentles démonstrations faites sur le cadavre, car outre les notes biographiques très explicites, tous ont traité parmi leurs dessins des études qui ne permettent aucun doute à cet égard''». Et ne doit-on pas mettre au premier rang des anatomistes de la fin du xv'' siècle ce génie extraordinaire, Léonard de Vinci ?

C'est à cette passion nouvelle de quelques médecins et

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