‹ Une chaire de médecine au 15e siècleChapitre 45 sur 126 · podestat était le chef de la police de la ville · texte numérisé non relu

podestat était le chef de la police de la ville

2. (Statula criminalia. U. 82.) Flavio Torti Mem. de casu, 28u. n° 12.

3. Matiiias Di:vALet Ciyeh, Ilisloirc de l'anal, plastique, p. 10.

artistes italiens pour les études de dissection qu'est due sans doute la transformation de l'anatomie au xvi'' si(>ele. Les médecins italiens contemporains de Ferrari, trop fidèles disciples de Galien et d'Avicenne n'ont, malgré l'ouverture des cadavres, rien produit au point de vue anatomique, mais ils ont, en quelque sorte, montré la route à leurs successeurs et préparé la renaissance anatomique.

A la fin du xiv*^ siècle, d'ailleurs, presque toutes les grandes Universités avaient obtenu le droit d'opérer sur les cadavres des criminels suppliciés. A Paris, pourtant, on ne disséqua qu'au XV'' siècle. En France, les premières dissections furent faites à Montpellier, dont la Faculté de médecine avait obtenu en 4376 du duc d'Anjou l'autorisation d'anatomiser chaque année sur le oorps d'un criminel exécuté.

Cette autorisation fut ratifiée l'année suivante par Charles le Mauvais, roi de Navarre, alors seigneur de Montpellier, et, de plus, en mai 1396, par lettres patentes de Charles VI . Mais les sujets livrés aux Facultés françaises étaient peu nombreux. Au commencement du xv"^ siècle, à Paris, on disséquait un cadavre de pendu trois à cinq fois par an seulement. C'est peu si l'on songe qu'au moyen âge on faisait assez bon marché de la vie humaine. A la vérité, le plus souvent; par ordre de justice, les cadavres étaient réduits en cendres ou bien découpés par la main du bourreau et exposés sur le gibet.

Les cadavres étant rares, lorsqu'une Faculté de médecine recevait un pendu, c'était affaire d'importance. L'ouverture du corps se faisait avec solennité et était prétexte à « réjouissances » scientifiques. A Paris la fête durait sept jours. A Bologne, où peut-être la justice était plus sévère et les cas plus pendables, la cérémonie ne durait que quatre jours et cela fut ainsi jusqu'à la fin du xvn« siècle. S'il était difficile d'obtenir un cadavre pour les démonstrations publiques et magistrales^ on conçoit les difficultés que devaient éprouver les étudiants pour faire ce que nous appelons aujourd'hui une belle préparation. En Italie, les médecins, comme les peintres, obtenaient encore assez souvent l'autorisation d'ouvrir le corps d'un malheureux mort dans un hospice où dans une fondation pour indigents. Mais les étudiants,

dans ce pays pourtant pilvil6gi<^, se coulontaiont d'assistor on spectateurs à ces dissections hâtives où le plus souvent les maîtres eux-m(>mes prenaient des notes en laissant à un barbier le rôle effectif. Et les travailleurs d'autrefois qui désiraient anatomiser sur Tliomme plutôt que sur les animaux couraient parfois de grands risques, jouaient même leur vie pour satisfaire leur passion. Pendant son séjour à Paris, Vcsale nous montre ce que tentaient les vrais anatoniistes, enlevant pendant la nuit les cadavres au cimetière des Innocents ou à Montfaiicon, se disputant les corps accordés avec parcimonie par l'autorité et qu'il fallait examiner vite sans prendre le temps de tout voir. Voici d'ailleurs un petit tableau qu'on peut présenter aux étudiants d'aujour-d'hui qui se plaignent de la pénurie des cadavres dans les pavillons de dissection. C'est encore Félix Flatter qui parle :

Non seulement je ne manquais jamais d'assister aux dissections d'hommes ou d'animaux qui se faisaient au collège, mais j'étais aussi de toutes les autopsies que l'on pratiquait secrètement sur les cadavres, et j'en étais venu à mettre moi-môme la main au scalpel malgré la répulsion que j'avais éprouvée d'abord. Je m'exposai même à plus d'un danger, avec d autres étudiants français, pour me procurer des sujets. Un baccalaureatus medicinK nommé Gallolus, qui avait épousé une femme de Montpellier et possédait une certaine fortune, nous prêtait sa maison.

11 nous invitait, moi et quelques autres, à des expéditions nocturnes pour aller, hors la ville, déterrer secrètement des corps fraîchement inhumés dans les cimetières des cloîtres et nous les' portions chez lui pour les disséquer. Des individus appostés nous prévenaient des enterrements et nous menaient la nuit à la fosse.

Notre première e-xcursion de ce genre se fit le 11 décembre 1554. A la nuit close, Gallolus nous conduisit hors la ville au couvent des Augustins, où nous attendait un moine appelé frère Bernard, gaillard déterminé qui s'était déguisé pour nous prêter la main.' Arrivés au couvent, nous y restons à boire, sans bruit, jusqu'à minuit. Alors, dans le plus grand silence et l'épée à la main, nous nous rendons au cimetière du couvent de Saint-Denis où nous déterrons un corps avec nos mains, car la terre n'était pas encore tassée, l'enterrement ayant en lieu le jour même. Une fois mis à découvert, nous le tirons dehors avec des cordes, et, l'enveloppant de nos nassades, nous le portons sur deux bâtons

jusqu'aux portes delà ville. 11 pouvait être trois heures du malin. Là, nous mettons le corps k l'écart pour aller frapper à la poterne qui s'ouvrait pour entrer et sortir de nuit. Le vieux portier vient nous ouvrir en chemise; nous le prions de nous donner à boire, sous prétexte que nous mourrions de soif, et, pendant qu'il va chercher du vin, trois d'entre nous font passer le cadavre elle portent sans désemparer dans la maison de Gallotus qui n'était pas bien éloignée. Le portier ne se douta de rien et nous rejoignîmes nos compagnons...

Encouragés par le succès de cette expédition, nous la renouvelâmes cinq jours plus tard. Nous étions avertis qu'un étudiant et un enfant avaient été enterrés au même cimetière Saint-Denis. La nuit venue, nous sortons de la ville pour nous rendre au même couvent des Augustins, c'était le 46 décembre. Nous nous régalons d'une poule au chou, dans la cellule du frère Bernard ; nous avions cherché nous-mêmes le chou dans le jardin et nous l'avions apprêté avec un vin excellent qu'avait fourni le frère. En quittant la table nous nous mettons en campagne avec nos armes, car les moines de Saint-Denis, s'étant aperçus que nous leur avions déterré une femme, avaient menacé de nous faire un mauvais parti. Myconius portait son épée nue, et les Français leurs rapières. Les deux corps sont déterrés, enveloppés de nos couvertures et portés sur deux bâtons, comme la première fois, jusqu'à l'entrée de la ville, mais, n'osant pas réveiller le concierge, l'un de nous se glisse à l'intérieur par un trou que nous découvrons sous la porte, car le service s'en faisait avec assez de négligence. Nous lui faisons passer les cadavres par la même ouverture, il les tire en dedans et nous suivons le même chemin à notre tour en nous traînant sur le dos; je me rappelle môme que je m'égratignai le nez au passage... Dans la suite, les moines gardèrent leur cimetière , et quand il se présentait un étudiant ils le recevaient à coups d'arbalète'.

...Le 31 janvier, nous fîmes une nouvelle expédition au cimetière hors la ville. Nous déterrâmes une vieille femme et un enfant, que nous portâmes au couvent des Augustins, chez le frère Bernard où l'on fît l'autopsie, car il ne fallait plus songer à les faire entrer secrètement en ville -.

Pénurie des sujets disséquables, obstacles apportés aux dissections par l'Église, surtout on France, voilà qui suffi-

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