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lui demandais la raison d'une pareille méthode, il re'pondit qu'il fallait souffrir pour guérir. A quoi le patient s'écria tout en pleurs : « Certes ce n'est pas de la souffrance que « tu me fais endurer, c'est de la torture ». Deux jours apr^s j'étais obligé de lui amputer le bras. »
Les médecins mettaient en garde leurs malades contre les chirurgiens et coureurs maladroits. Ferrari ne se fait pas faute de répéter qu'il faut demander conseil à un chirurgien expert, et non aux empiriques. Mais les chirurgiens dits experts n'étaient pas audacieux et pour la plupart préféraient encore, au xv« siècle et bien après, se mettre à la suite d'une des sectes dont parle Guy de Chauliac dans la Préface de sa Grande Chirurgie. La première, avec l'école de Salerne, traite par l'humide, c'est-à-dire par cataplasmes et émoUients ; la seconde par le sec, dont le type est le vin; la troisième, patronnée par Guillaume de Salicet et Lanfranc^ est éclectique. Elle tient le juste milieu entre les deux premières, et emploie surtout les onguents et emplâtres doux; la quatrième est celle des gendarmes, chevaliers de l'ordre leutonique et autres servants de guerre, « lesquels avec conjurations et breuvages, huile, laine et feuilles de choux, pansent toutes plaies, se fondant sur ce que Dieu a mis sa vertu aux paroles, aux herbes et aux pierres. La cinquième secte est celle des femmes et de plusieurs idiots, qui remettent les malades de toutes maladies aux saints, tout bonnement, se fondant sur cela : le Seigneur me l'a donnée amsi qu'il lui a plu; le Seigneur me l'ôtera quand il lui plaira; le nom du Seigneur soit béni. Amen ».
Les malades désiraient-ils un traitement plus énergique et ne trouvaient-ils pas de chirurgien lettré d'esprit aventureux? Alors ils passaient par-devant notaire un traité dans le genre de celui-ci :
Le 12 octobre 1441, par-devant maître Gilles Rastelli, notaire a Avignon, comparaissent maître Guido Raêtelli. broquier (fabricant de brocs, seaux, etc.), Pierre de la Tonroye, sergent de la Cour temporelle et sa femme Catherine. Celle-ci est affligée d'une grave infirmité du sein, et, par acte authentique, maître Guido s engage a la guérir radicalement avec l aide de D,eu. De leur côté Pierre de la Touroye et sa femme promettent de lui payer
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une somme de 12 florins après guùrison dûment constatée par des médecins et autres personnes compétentes '.
Et aussi mieux vaut encore s'en fier aux médecins comme (lisait plus haut Béreiiger de Carpi. Et puis, quelques-uns sont de bon conseil s'ils manquent de hardiesse. Écoutons Ferrari nous raconter l'histoire d'un noble seigneur qui ne voulut point écouter la voix de la sagesse :
...De toutes ces considérations, il résulte donc qu'il est préférable de ne pas toucher aux varices avec le fer et de n'intervenir par aucun moyen chirurgical. On se contentera simplement d'évacuer la matière et Von interdira une alimentation mélancolique. Les varices en effet, comme le remarque Gérard de Crémone, ne font courir aucun risque cà qui en est affligé. Et pourtant beaucoup demandent à en être guéris non par nécessité, mais au point de vue plastique {propler decorem), comme parfois ces jeunes galantins qui trouvent malséants de se montrer à leurs maîtresses avec des veines gonflées. C'est pour celte raison, c'est pour une affection aussi déshonorante, qu'un noble Piémontais, le seigneur Sébastien de Valpergues me pria à plusieurs reprises de le guérir. Je lui exposai le danger d'une intervention, ne voulant pas qu'il passât entre mes mains; mais son agitation était telle qu'il alla supplier un empirique, un maître nommé Espérance, qui enfin, avec un cautère actuel, le conduisit à la mort. J'ai rapporté cette histoire dans le 22'' fen du 8« Canon, chapitre des varices ^
liXAMEN DU MALADE, — THÉRAPEUTIQUE
La caractéristique d'un chirurgien lettré du xv" siècle est donc la prudence poussée à l'extrême, en quoi il ressemble fort, à part quelques rares exceptions, à ses confrères des xiv<^ et xvi'' siècles. Le médecin, nous allons le voir, a moins de timidité et de réserve dans sa thérapeutique.
Bien entendu le médecin que nous examinerons à l'œuvre, c'est-à-dire au lit du malade, est de bonne répu-
1. Nous trouvons ce curieux •document dans le G. de Chaulinr .Ir Ni.-aise,
p. LXII. „ , , .... ,
2 /VflWicu- .-IJe yflndÔK.s, fol. ccclxxiiij, recto.
..■je lui exposai le danpor d'une intervention ne voulant pas P'issat entre mes mains ». Cette phrase montre que les mé.fecins devaient parfois en îtali^ faS^ office de chirurgiens. Mais nous le répétons, le cas ota.t rare.
tation et ronomméc. H est lettré et, par la lecture et la fréquentation des auteurs anciens, possède non seulement la physique ou médecine, mais les principes de la chirurgie. Tiiéorie et pratique lui sont également familières. En théorie, il connaît les choses naturelles, non naturelles et contre nature. En pratique, il sait oi-donner avec méthode la manière de vivre et les médicaments. « Et avec cela il est bien séant qu'il sçache quoique peu des autres arts. C'est ce que disait Galien, au premier de la Thérapeutique, que si les médecins n'avaient à faire de la géométrie ny de l'astronomie, ny de la dialectique, ny d'aucune autre bonne doctrine, promptement les cuiretiers, charpentiers, mareschaux, et autres, en quittant leurs mestiers, accourroient à la médecine et se feroicnt médecins'. » Il a, comme le veut Haly Rhodoan, bonne mémoire, jugement droit, bonne vue, bon entendement. Il est hardi en choses sûres, craintif en choses dangereuses; autrement dit, il suit ce précepte de Mésué : « Ne vous chargez pas du traitement des mauvaises maladies, à savoir de celles qui sont incurables, alin de ne pas être appelés mauvais médecins ». Il est gracieux aux malades, bienveillant envers ses confrères, sage en ses prédictions, « chaste, sobre, pitoyable et miséricordieux, non convoiteux ni extorsionnaire d'argent et qu'il reçoive modérément salaire selon le travail, les facultés du malade, la qualité de l'yssue ou événement et sa dignité - ».
Le médecin, dit Ferrari, doit s'efforcer de plaire aux assistants et aux amis du malade, mais je l'engage fort à être franc et à ne pas promettre la guérison comme certains médecins méprisables [bestiales). Ils assurent la guérison par cupidité et amour de l'argent, même dans les cas désespérés. Mais ils restent mal famés et mieux vaut un nom honorable que de grandes richesses. [Practica : Tétanos.)
Un médecin possédant toutes ces qualités, professeur applaudi d'une grande Université, est un personnage d'importance au moyen âge, surtout en Italie. Que si la renommée lui attribue la découverte de quelque merveilleux remède