‹ Une chaire de médecine au 15e siècleChapitre 5 sur 126 · LccHAiRE. Lecture faite à l'Institut, 21 octobre · texte numérisé non relu

LccHAiRE. Lecture faite à l'Institut, 21 octobre

A Pavie on en compte un grand nombre.

Le plus ancien est le collège Casliglionc, fondé par le cardinal Branda Gastiglione, reçu docteur à Pavio en 1384. Ce collège date du 4 décembre 1437, il était destiné à l'éducation morale et religieuse de vingt-quatre jeunes gens sans ressources. Cette fondation dura jusqu'en 1803, époque à laquelle le reliquat des fonds qui la composaient fut versé à un autre collège de Pavie pour constituer quatre bourses réservées à des membres de la famille Gastiglione.

En 1458, le jurisconsulte Catone Sacco laissa sa fortune pour la fondation d'un collège destiné à douze étudiants. Lors du siège de Pavie par les Français, en 1825, le collège fut démoli et ne fut pas réinstallé.

En 1471, Jean-Mathieu Ferrari laissait à l'hôpital de Pavie une somme suffisante pour fonder un collège à l'usage de trois étudiants de sa descendance.

C'est à peu près dans les mêmes termes que furent fondés les collèges Bossi, Marliani etGrilfi, dans les dernières années du xv"^ siècle.

Les règlements intérieurs de ces collèges ' étaient, dans une certaine mesure, ceux des maisons religieuses. Nous connaissons les statuts des fondations Catone Sacco et Marliani ; en voici les dispositions principales :

Chaque année, aux calendes de mai, tous les boursiers, après la messe, procéderont entre eux à l'élection d'un recteur.

Ce recleur chargé de régir et d'administrer le collège sera choisi parmi les boursiers, il devra être prudent et discret, de bonne réputation et autant que possible citramontain, car il pourra mieux, plus facilement et plus utilement veiller à l'adminislralion des membres et des choses du collège.

Présenté à l'évêque de Pavie et agréé par lui, l'élu prêtera serment d'observer les statuts et règlements du collège; l'évèque le confirmera verbalement et sans acte notarié pour éviter les fraisé

Le recteur recevra pour salaire 12 florins (à 32 s. le fl.).

1. Il faut noter que ces collèges, qui à Paris, eurent tant d'importance, n'exercèrent aucune influence sur la constitution des Universités italiennes (Savigmy, Univ. Ital.).

2. Episcopus ipsum confinnct verho tamen, sine scripto, ut expensis parcatur.

Il fera inventaire en prenant cliarge de tout ce qui fi viivr-rn dans le collège et il en devra compte.

Il ne pourra pas y avoir dans le collège plus d'étudiants qu'il n'y a de chambres.

Les boursiers devront appartenir à des familles pauvres, mais honorables, ils seront de bonnes vie et mœurs, ce qui sera attesté avant leur entrée, par deux témoins.

A leur entrée ils prêteront serment, sur les évangiles, d'observer fidèlement les statuts de la fondation. Ils vivront honnêtement et en commun car il est dit : honum et jucundum est hahitare fraires in unum ^ .

Ils assisteront ensemble aux offices et si l'un d'entre eux est capable de prononcer un sermon, les élèves l'écouteront avec respect.

Le recteur achètera, avec l'argent de la fondation, les objets nécessaires, pain, vin, bois, sel, huile et légumes. Chaque semaine un étudiant, à tour de rôle, sera chargé de faire les provisions.

A la chapelle, au réfectoire, et dans tous les lieux de réunion les étudiants prendront place dans l'ordre où ils ont été reçus dans le collège, sauf pour les étudiants qui auraient déjà obtenu leurs degrés ^

A table, le recteur sera toujours à la première place au bout de la table et veillera avec soin à ce que l'ordre ne soit pas troublé.

Aucun étranger ne pourra être reçu à table, sauf aux jours de fête de la Sainte-Vierge ou s'il est patron du collège.

En entrant au réfectoire un écolier bénira le repas qui se fera en silence. Aux jours de fête un écolier fera une lecture des Saintes Écritures. Chacun à son tour de réception fera cette lecture, et s'il s'en dispensait il serait condamné in quatuor solidis.

Afin que les écohers deviennent de jour en jour plus habiles et plus attachés à l'étude, lorsqu'ils se lèveront de table ils se tiendront debout à leur place; et l'écolier dont le tour sera venu proposera une question quelconque dans sa faculté, et deux autres écoliers argumenteront contre lui, afin qu'ils acquièrent la science par un continuel exercice.

Les novices, c'est-à-dire les élèves de première année, seront exemptés de cet exercice. Les autres devront s'y conformer à peine d'une amende à fixer par le recteur.

1. Nous retrouvons ici la formule de Robert de Sorbon : Vivere socialiter et oollegialiter et nioraliter et scholariter. , , ^ n„„c

2 Les questions de préséance sont très importantes à ceUe époque. Dans le'^ statuts de la fondation Sacco il est dit que les étudiants <■ scdeant secundura ordinem eorum ingressus, nisi forte esset sacerdos oui propter dignitatem GoUegii reverentia debeatur.

Trois mois au plus après la quatrième année de sa réception chaque écolier devra soutenir un acte public sous peine de perdre tousses droits et émoluments.

Pour qu'une trop grande familiarité n'éloigne pas les élèves de leurs travaux, l'entrée du collège sera interdite aux étrangers.

Et pour que les écoliers ne soient pas tentés de se promener la nuit, chaque soir les portes du collège seront fermées à la première heure de nuit les clefs seront remises au recteur et personne ne pourra plus entrer ou sortir.

Quiconque aura été trouvé hors du collège, la nuit, sera puni et si c'est un fait d'habitude, il sera chassé.

Les écoliers ne pourront pas accepter de fonctions électives

dans l'Université.

Lorsqu'ils auront à voter, ils se souviendront d'avoir Dieu seul devant les yeux, de voter d'après leur conscience et de ne pas se laisser corrompre par les sollicitations ou par l'argent.

Aux jours prescrits par l'Église, les écoliers jeûneront, ils ne boiront ni ne mangeront le matin. Dans l'après-midi ils feront une collation réglée par le recteur. En d'autres temps, chacun agira suivant sa conscience. La veille de Noël, les écoliers se réuront au réfectoire et, le feu ayant été allumé, le recteur leur fera distribuer un repas et du vin, puis, après un peu de temps, ils se retireront pour dormir jusqu'à matines; ils entendront ensuite la grand'messe, les vêpres et les autres offices.

Les écoliers, soit au collège, soit au dehors, ne pratiqueront aucun jeu dans lesquels pourraient intervenir le lucre ou la perte d'argent si petite qu'elle soit; ils ne s'entretiendront pas de futilités, car l'Apôtre a dit que les mauvais discours corrompent les mœurs.

Comme il ne convient pas que les écoliers aient rapports avec les femmes, il sera interdit aux femmes et aux enfants de quelque condition qu'ils soient de converser, d'entrer ou d'avoir rapports dans la maison : ils ne pourront pas apporter de vivres, ni quoi que ce soit — sauf le cas de pauvres à qui on ferait l'aumône. Le recteur qui ne tiendrait pas la main à l'observation rigoureuse de cette défense serait condamné à un aureus d'amende.

Défense est faite aux écoliers d'introduire ou de porter des armes dans l'intérieur du collège, — défensives ou offensives, apparentes ou cachées.

Les écoliers ne se considéreront pas comme devant habiter à perpétuité le collège. Ils y resteront cinq ans, et sept ans s'ils se destinent à la théologie, après quoi ils devront se retirer; ils

paieront dix sous par jour passé au collège après ce temps.

Les objets destinés aux écoliers, tels que tables, bancs, et ceux qu'ils auront apportés pour leur usage resteront la propriété du collège.

Rien ne pourra être donné — ni pain, ni vin — à un étranger en dehors des aumônes. Le recteur qui aurait permis cette infraction serait passible d'une amende d'un florin en plus du remboursement.

Pendant toute la nuit, des lampes resteront allumées pour que ceux qui se lèveront puissent avoir de la lumière; à la vingt-quatrième heure' chaque écolier se retirera dans sa chambre. Le silence régnera pendant le temps de l'étude et du sommeil. En hiver, à partir de la Saint-Luc, la cloche sonnera le souper à la troisième heure de nuit.

Le recteur louera une servante ou un cuisinier à l'usage du collège pour mettre la table, tirer le vin et sonner la cloche aux heures fixées, pour ouvrir et fermer la porte et en remettre les clés chaque soir au recteur. On lui donnera un salaire honnête.

Pour le bon renom du collège, il ne convient pas d'exposer les affaires des écoliers devant une juridiction étrangère; les écoliers s'en remettront au recteur pour le règlement de leurs affaires tant civiles que criminelles, à moins que le cas soit assez grave pour être porté devant l'évêque dePavie.

S'il y a eu rixe ou paroles injurieuses qui aient amené le scandale ou le mauvais exemple, l'auteur de la rixe sera condamné à 12 florins d'amende, et celui qui aura été attaqué à 1 florin, afin que, par cet exemple, les autres apprennent la patience, et ne soient pas tentés de venger leurs injures au lieu de s'en remettre au recteur.

Si l'injure a été grave, si, par exemple, un écolier a traité un de ses condisciples de voleur ou d'adultère ou d'autres insultes infamantes, le recteur agira avec prudence.

La bibhothèque devra être une pièce grande, bien ornée et fermée. Les livres d'études y seront déposés enchaînés sur des bancs^ à ce destinés, comme on a coutume de faire dans les autres

1. Au XV' siècle, on compte de 0 à 24 heures àpartir du coucher du soleil. L'expression à la 2-i' heure signifie de 4 heures à 8 heures de l'après midi suivant la saison; le coucher du soleil se faisant le 21 décembre à 4 heures et le 1" juillet à 8'',S. — Les horloges italiennes marquaient par convention 0'',0' au coucher du soleil, le jour du solstice d'hiver (21 déc.) : on devait donc remettre fréquemment à l'heure les horloges, d'où l'expression /occarei/ /empo.

2. En 1518, on avait encore l'habitude d'attacher les livres sur des bancs. Jason del Maino, dans son testament daté de iM8, spécifie que tous ses livres de droit civil et canon seront donnés au collège qu'il fonde au profit de douze

bibliothèques. Les livres seront à la disposition des étudiants ; ils seront ouverts aux heures voulues par les soins du porte-clefs. Il est formellement interdit de transporter chez soi un de ces livres, sous peine d'expulsion.

Si claustrale que puisse nous paraître la vie de ces fondations, les places qu'elles offraient étaient fort recherchées^

Dans les Universités du Nord, où la vie matérielle était plus rude qu'en Italie, ces collèges se développèrent rapidement. D'après M. lluisman, Paris à la lin du xvi« siècle comptait plus de 50 collèges abritant sept cents étudiants.

En s'agrandissant, en se multiplant, ces établissements se transformèrent. Les écoliers suivirent les cours qui se faisaient dans l'intérieur même de la maison qui les abritait et qui devint ainsi un centre d'instruction. La collation des grades resta toujours le privilège de l'Université.

Au xv^ siècle, les étudiants formaient encore une classe distincte des autres classes de la cité, par les origines, les habitudes et les privilèges. Assurés de l'indulgence du pouvoir, ils agissaient à leur guise sans tenir compte des pénalités

étudiants pauvres. Ces livres, ajoute.-t-il, seront fixés sur des tables avec des chaînes de fer et on ne pourra les changer de place ni les emporter.

Et dans les statuts de la Bibliothèque du couvent de Saint-Bernard (Féli- BiEN : Histoire de la Ville de Paris, t. lll, p, 157), on lit : Que personne de quelque état ou grade qu'il soit n'ose emporter pour lui ou pour un autre, dans le collège ou ailleurs, un livre hors de la librairie à moins que ce ne soit pour cause de réparation ; il serait puni des peines les plus graves. Nous interdisons le vin au proviseur et au sous-prieur tant qu'un livre sera sorti de la librairie sans bonne raison.

i. Le 30 août 1496, le secrétaire ducal B. Calco écrit à son subordonné Andréa Burgo :

« Andréa,

« Ilavendo promesso messer Johannes Moresino de farli mettere uno suo nel Collegio da Castionio a Pavia e sollicitando el Bernese per bavere tal expeditione, ho scripto a messer Jo. Stéphane, miogenero, quai a cura desso Collegio che daga uno loco al dicto Bernese acio possa comenzare il studio ad questi principii proximi. Luy me ha facto rispondere che non e possibiie mettere alcuno in dicto collegio chi non leva de quelli gli somo et se ben li volesse provedere de la spese che non li e caméra et ha data una nota delli infrascripti tri quali piacendo alla E. del signorc se ne levara uno et potràmo sua sign. nominare chi gli pare dcssi tri acio se possa expedire qucsto Bernese quai sta qui suso l'hosturia per questo. Et subito avisnme d(j la deliberazione fara sua S. — Mediolani penuHimo Agost. 1496. (Bol. st. Svizz. Uni.)

qui les menaçaient; et c'est en vain que la loi pinii^^saiL d'une forte amende les ludos hazardi, c'est en vain que des peines plus sévères et la mort môme frappaient lesétiidiants coupables d'avoir commis un rapt ou provoqué des désordres publics. Le souverain s'en remettait aux recteurs du soin d'interdir les jeux et les paris et, dans le cas de troubles publics, l'autorité s'empressait de faire payer les désordres suscités par les étudiants aux gens du bas peuple qui s'étaient mêlés à ces manifestations.

Quand l'agitation se prolongeait ou prenait un caractère trop grave*, le duc de Milan rappelait l'autorité de Pavie à l'observation des règlements.

Notre représentant de Pavie nous fait savoir, écrit le duc, que vos étudiants tiennent peu compte des règlements qui leur interdisent de se promener la nuit en armes et en troupes comme s'ils partaient en guerre. Veillez à cela^

Il intervient aussi quand les étudiants prennent l'habitude de troubler les cours en faisant irruption dans les salles :

Nous apprenons que des mascarades et des travestissements se font dans notre ville', que, sans aucun respect pour leurs professeurs, des étudiants masqués entrent dans les salles de cours, et que là, outre le bruit et le trouble qu'ils font par leurs chants et leur musique, ils commettent encore mille insolences. Ces désordres nous sont très désagréables. Aussi vous veillerez, nous vous le recommandons, par les voies et les moyens que vous jugerez bons, à ce que les masques et les travestis ne pénètrent pas dans les salles de cours et vous ferez connaître publiquement notre volonté si vous le jugez convenable

1. On parlait devant le roi Pliilippe-Aiiguste des étudiants batailleurs de Paris : « Ils sont plus liardis que les chevaliers, dit-ii. Ceux-ci couverts de leurs armures hésitent à se battre. Les clercs, qui n'ont ni haubert ni heaume, avec leur tète tonsurée se jettent les uns sur les autres en joiîant du couteau, grande sottise de leur part et grund danger. » (Luchaire, Mém. Séance p. des cinq. Ac, 23 oct. 1898.)

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