MÉDECIN DU XV SIECLE VISITANT UN MALADE
(D'après l'ouvrage do Montagnona. Bibl. Nat. Est.)
— loi) —
jours bien soigné jusqu'ici. L'état général a été, il est encore mauvais. Sa Seigneurie souiTre d'une fièvre continue cholérique avec participation d'humeur flegmatique et diarrhée. Cet état a des phases d'aggravation ainsi qu'on peut en conclure d'après les accidents et d'après ce que m'a expliqué le D'' Guliehno. De plus, le malade est atteint d'un catarrhe qui descend du cerveau jusqu'à la poitrine, où il y a dépôt de matières fortes et visqueuses, provoquant une toux humide. Quant au pronostic, on ne peut porter que celui-ci : cas très grave, surtout en raison de l'âge avancé de Sa Seigneurie. La fièvre a trouvé là un terrain propice, car le tempérament du malade est très humide. Or un de nos textes dit : « Magnus est ignis qui in aqua non exlinguitur. » li'afTectioncatarrhale aussi est dangereuse parce qu'il est à craindre que la nature ne soit pas assez forte pour expulser la matière. Et puis il est difficile d'attaquer la fièvre avec succès étant donné cette concomitance du catarrhe. Il est vrai que Sa Seigneurie se soutient bien et s'alimente suffisamment. Mes soins les plus dévoués ne lui manqueront pas, non plus que ceux de M*^ Gulielmo, et j'enverrai un bulletin relatant les progrès quotidiens de la maladie à Votre Excellence, à laquelle je me recommande.
De Votre Excellence le serviteur
J. M. Ferr.\rius de Gradi,
médecin.
Fait ;i Pozollo 2« jour de mars 1458, 4« heure de la nuit.
Nous arrêterons ici ces citations pour suivre le médecin au lit du malade. Le plus souvent il se rend chez son client escorté de quelques-uns de ses élèves. C'est pour ces derniers le seul moyen de s'initier à la clinique, et le professeur continue son cours dans la maison de son malade. Maître et disciples ont soin d'emporter citrons, fruits odorants, préparations parfumées en cas que l'afTection ne soit contagieuse. Dans la gravure que nous reproduisons, on remarquera cette particularité. Le médecin tâte le pouls du sujet et tient devant sa bouche un morceau de citron ou de quelque autre fruit réputé anti-contagieux. Un des valets porte une torche et un brûle-parfum.
Après une rapide entrée en matières, le praticien examine le patient. Mais il procède avec méthode suivant des règles fixes qu'ont établies les anciens. Depuis l'instant oij il
est en pr6sQnce de son malade jusqu'au monientoùil le quil tera, ayant exposd le traitement, il ne doit pas oublier qu'il est fidèle disciple de Galien et des Arabes. Il ne peut pas, lui, médecin-professeur, conclure à la hâte comme certains membres du corps médical d'après l'aspect seul du patient'.
Il commence par l'interrogatoire, après toutefois s'être assuré du sexe, car il y a diversité de complexion entre mâle et femelle selon Averrhoës et Avicenne. La complexion des hommes est plutôt chaude et sèche, la complexion des femmes plutôt froide et humide, ce qui lient surtout aux flux menstruel de la femme qui est l'indice de la collection dans le sang de superlluités et témoigne de la froideur et de l'humidité de sa complexion. Au point de vue du traitement, cette constatation a son importance, car il y aura lieu d'établir des prescriptions particulières et différentes suivant le cas. L'âge est un renseignement utile, également au point de vue de la thérapeutique et aussi pour le pronostic ad bonum ou ad malum. 11 est évident qu'un adulte a plus de chance de guérison qu'un vieillard, puisque ses vertus et fonctions sont plus fortes. D'autre part, il est non moins évident qu'on n'emploiera pas chez les enfants une médication énergique que seuls pourraient supporter les jeunes gens, les adultes ou certains vieillards, tels la phlébotomie et les scarifications, les cautères, la thoriaque, un purgatif violent, etc.
Les questions adressées au malade doivent être posées méthodiquement. Le médecin ne craindra pas de trop insister. Dans ses Aphorismes, Th. Damascenus l'a recommandé : « Ne crains pas, dit-il, d'interroger le malade sur tout'\ » Il n'oubliera pas de se renseigner sur sa profession,