‹ Une chaire de médecine au 15e siècleChapitre 53 sur 126 · C'est l'art spliéniqiic · texte numérisé non relu

C'est l'art spliéniqiic

2. Dareinberp, à propos des Consilia et particulièrement à propos de ceux do Cermison, fait remarquer la précision et la pertinence des questions adressées au malade. Pour donner une idée de la façon dont les anciens médecins et chirurgiens lettrés interrogeaient leurs malades, nous reproduisons l-'interrogatoire type que Mondcville soumet à (,'oux qui veulent faire de bonne chirurgie. 11 prend pour exemple la maladie des arliculalions. « 11 (le chirurgien) doit faire 14 questions : 1° Combien il y a de temps que ce mal l'a atteint pour la première fois? — 2° Quel est le membre où il souffre; soufl'ret-il dans plusieurs? — 3° Par quel membre il a commencé. — 4° S'il se transporte quelquefois ou souvent d'un membre à l'autre. — 5° S'il en (tonnait la cause: un coup, le froid, la chiileur. — G" S'il en a été incommodé ailleurs. —

car les remèdes à prescrire ne pourront être les mêmes pour un campagnard, un artisan, un bourgeois, un noble ou un chanoine. La nécessité de celle question est démontrée par Avicenncdansun chapitre oii il énumère les conditions auxquelles il faut avoir égard, quand on veut provoquer une évacuation artificielle. Avant lui, Gaiiendans son Commentaire, aphorisme de la première partie, avait montré que la profession et les habitudes iniluencent les maladies comme le font les saisons et les années. Si donc elles les influencent, elles créent des différences et des difficultés dans le traitement.

hliabitm du patient est un élément de premier ordre, car il renseigne sur la complexion. Un homme maigre, en effet et un homme gras ne peuvent être de même tempérament. La froideur et l'humidité prédominent chez le premiei-, la sécheresse chez le second. D'où nécessité d'employer une thérapeutique différente pour l'un et l'autre. De même pour les membres, si un doigt et une fesse souffrent de la même maladie, le doigt sera traité par des remèdes locaux plus secs que ceux qu'on emploiera pour la fesse, et ainsi des autres membres.

La couleur du corps — ou de la partie malade — sera examinée. Elle donnera au médecin ou chirurgien une idée des humeurs. Le rouge indique la prédominance de l'humeur sanguine, le jaune de l'humeur cholérique, etc. Et l'on traitera de façon différente tant à l'extérieur qu'à l'intérieur un apostème ' jaune cholérique, un apostème rouge sanguin, un apostème noir mélancolique.

En possession par l'interrogatoire et par l'examen direct

7° Si le mal le tourmente sans cesse de la, même manière et uniformément. — 8° Si ce qui le fait le plus souffrir est la chaleur ou le froid. — 9° S'il a prisa ce sujet quelque conseil. — 10" Dans le cas où il en aurait pris, si le conseil lui a fait du bien ou non. — 11» S'il sait ce qu'on lui a fait. — 12" S'il veut s'en remettre à l'avis des hommes habiles. — 13° S'il veut supporter tout ce qu'ordonne l'art, cautères et autres, s'il le faut. — 14" Dernière question, mais la seconde dans l'esprit du chirurgien : S'il veut dédom»iaf/er couvenablement le chirurç/ien pour ses remèdes, sa science et sa peine. »

1. Apostème, abcès, tumeur humorale. « On appelle ainsi les diathèses où les parties primitivement en contact s'écartent les unes des autres (àç{(TTav- Tai). 11 existe donc nécessairenu'nt entre elles un espace vide qui concentrera une substance, soit pneumatique, <oit humide, soit douée (h's deux \^Y^^priétés. » (Galien.j

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des éléments impoilants du diagnostic, ayant spécialenKint noté les symptômes et les causes, le médecin s'occupe de déterminer de la manière la plus précise la complexion du sujet. Quel est en effet son principal devoir? Quel est la fin de toutes ses investigations? Ordonner des médicaments pouvant ramener l'organisme à l'état de santé momentanément perdu. Or, s'il ignore le tempérament du corps, celui de l'organe ou du membre h soigner, le traitement aussi bien médical que chirurgical sera livré au hasard, puisque c'est ce tempérament altéré qu'il faut rétablir en son état naturel'. Par exemple, si un membre naturellement chaud, tel que le thorax, est atteint de discrasie ou d'un commencement d'apostème chaud, une application locale modérément froide, faite pendant un temps modéré, y mettra ordre et réduira la discrasie; mais s'il souffre d'une discrasie ou d'un commencement d'apostème froid, cela exigera un résolutif local très chaud, appliqué pendant un temps très long. Et que dit Galien au livre du De Ingenio, chap. m? Que la chair qu'il faut produire doit être semblable à celle de tout le corps, mais conforme à la complexion, et il donne des exemples. Il dit en effet que si la chair perdue était sèche, il faudrait en reproduire de la sèche; mais que si la complexion du corps ou du membre et de la plaie est molle, il faut que le médicament soit moins desséchant, etc.

Un autre point attirera encore l'attention et la réflexion du médecin : la noblesse de l'organe malade. Il est des organes délicats en effet qui réclament une médication délicate. On est en présence d'une maladie des yeux ou du cerveau, par exemple, il faudra user d'une thérapeutique prudente, étant donné l'extrême sensibilité de ces deux organes. La nécessité de cette pratique est démontrée par Galien en son VI^ livre du De Ingenio, chap. x. « Mais puisque des membres sont plus utiles que d'autres, il faut que nous tenions compte de la fonction de chacun d'eux, les soignant chacun selon leur dignité, » etc. Exemple à l'appui du texte galénique :

I.« Ceci, dit MoNDEViLLE, est pour le chirurgien ce qu'est le but pour un tireur do flùches, et de môme qu'un archer aveugle manque son but, ainsi le chirurgien qui soigne une maladie manque presque toujours le point où il faut ramener la complexion altérée, s'il ne connaît pas la complexion naturelle du membre et du corps malade. »

Pour le traitement des yeux, il faut s'adresser à des médecins de valeur, et encore ces derniers commettent-ils quelquefois de grandes erreurs. J'avais à Pavie une malade qui souffrait des yeux et qui s'adressa, à mon insu, à un docteur réputé pour le traitement des maladies de la vue, M« Venantius de Forli. Il lui appliqua pour la nuit je ne sais quel onguent, mais, de fait, elle souffrit beaucoup pendant toute cette nuit, et lorsque j'arrivai le lendemain matin chez elle, se plaignait de douleurs fort vives. J'enlevai le bandage, et l'œil sortit alors de sa cavité orbitaire et tomba sur la joue. Il ne tenait plus que par un nerf optique, ce dont je fus très attristé. L'œil fut extrait sans souffrance, et jusqu'à ce jour la cavité est restée parfaitement sèche, comme si l'organe n'avait jamais existé. Cependant, devant ce spectacle, le mari de cette dame fut pris de désespoîr, et, affolé, il se mit à courir par la ville, l'épée au poing, cherchant M*^ Venantius pour le tuer : mais celui-ci prit la fuite, et plus jamais on ne le revit. Notez ceci, etsoyez prudents dans l'ordonnance de remèdes à appliquer sur les yeux'.

La remarque précédente s'applique aussi bien aux organes qu'aux membres ou parties de membres. Il faut tenir compte de leur degré de sensibilité selon le précepte : « Traiter les membres très sensibles avec des remèdes qui ne causent aucune douleur. »

Le médecin a fini son examen direct, qu'il a terminé par l'étude attentive du pouls ; la coraplexion du sujet est fixée dans son esprit. Il s'éloigne du lit du malade, mais il n'a pas terminé cependant. II lui reste à interroger les matières expulsées du corps, urine, vomissements, sueurs, fèces, etc., car si ces matières ne sont pas naturelles, il les faudra ramener selon les principes de l'art à l'état de nature. L'examen des urines surtout est fait avec soin. Le médecin en évalue la quantité, en remarque la qualité, la couleur, voit s'il y a dépôt ou non^ s'il y a mélange de sang ou de matière purulente, etc. Il s'est au préalable renseigné sur le mode d'évacuation. Mais, si cet examen est important, il ne faut p as, a l'instar de quelques médecins, en exagérer la valeur et se contenter de regarder le récipient sans voir le malade.

Le médecin ne peut reconnaître par l'urine tout ce qui lue un

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