‹ Une chaire de médecine au 15e siècleChapitre 54 sur 126 · l'ractica, fol. 80, verso 2" col · texte numérisé non relu

l'ractica, fol. 80, verso 2" col

palient, à savoir la cause de la inaladie et l'accidenl, puisque l'urine renseigne seulement sur les maladies dont la matière est dans les veines, et non sur les maladies des bias, des cuisses, de l'œil, du sein, ni sur les plaies et les l'ructures. Dans ces dernières maladies, les médecins ne regardent pas les urines par nécessité, mais pour avoir l'air de faire quelque chose. Par exemple, plusieurs médecins et des meilleurs de Paris avaient fort bien fait une ordonnance de sirop; survient un autre médecin qui devait ôtre présent; après avoir soigneusement examiné l'ordonnance, il ajouta une fève , et comme les autres s'étonnaient outre mesure, il leur dit : « Moutons et bœufs que vous êtes, pourquoi me regardez-vous avec étonnement? Avec quelle conscience prendrais-je ma part du salaire, si je ne mettais quelque chose dans le sirop'?»

Tous les renseignements recueillis, le physicien fait connaître son diagnostic. Pour le pronostic, il dépend du Créateur omnipotent d'abord, de la vertu [virtus)'^ du malade ensuite, enfin des ressources de l'art. Devant le Tout-Puissant, il faut s'incliner. La vertu du sujet, on peut essayer de la rendre plus forte, mais il faut savoir que si celte vertu se soutient, ratfectiona toutes chances de disparaître, alors que si elle diminue, la maladie, serait-elle par définition curable, ne guérira pas, quoi que tente la médecine.

Mais cette maladie, elle est simple ou composée. Si elle est simple, elle comporte simplicité d'accidents et médecines simples, ayant par conséquent une intention principale unique. Composée, elle se révèle par plusieurs symptômes et accidents, auxquels il faudra obvier par médecines composées, ayant autant d'intentions que la maladie comporte de conditions ou accidents.

Un cas peut se présenter au médecin : il est devant un

1. H. de Mondcvillc. — A propos de l exîimen des urines : « Je ne puis croire, dit Nicaise, que ce soit un empirisme grossier qui ait conduit les médecins du moyen âge à ce qu'on appelait alors le juf/ement des urines. Sans doute, ce moyen fut exploité par les clifn'lafans, connue il l'est encore aujourd'hui', mais les anciens avaient reconnu l'importance (in'avait l'examen des urines. Au xiv siècle, le jugement des urines était considéré comme une nécessité, ainsi que le prouve le document suivant : La ville de Collioure, qui dès lé xiu' sièele avait un hôpital, s'attacha en 1372 un médecin public, maître Albert del Puig, avec le titre de p/u/sic. (Vidal, p. 02), par un tndté dan>< le(|uel ce médecin s'engageait à examiner les maladies par les moyon« d'observation médicale en usage, et parmi eux était spécifié l'examen des

urines. » - i i j-

2. Nous (lirions anjouririmi force vitale, degré de résistance a la maladie.

patient qui accuse simultanément des accidents dont l'un surtout est plus dangereux que les autres. En pareille occurence le physicien n'a pas à hésiter. Il porte promptement remède à l'accident le plus grave et qui fait courir un danger réel au malade. Exemple : une plaie et un écoulement de sang. On s'occupera d'abord d'arrêter l'hémorragie. La nécessité de cette pratique est mentionnée par llaly-Abbas. « La régie dans les maladies composées, dit- il, est de traiter en premier lieu la plus grave. » Galien s'exprime de même en ses Aphorisiyies : « De deux maladies il faut traiter d'abord la plus forte et ne pas négliger l'autre. »

On est, pensons-nous, suffisamment fixé sur la méthode qui conduit un médecin instrnit au diagnostic et au traitement. Il y aurait encore à l'entendre raisonner sur une foule de contingents qu'il importe à tout homme de Fart de connaître : diversité des maladies, maladies chroniques, lentes et faibles, ou aiguës, rapides et fortes ; diverses périodes de la maladie, causes, etc., etc. Mais nous ne songeons pas à écrire une Practica. En somme, devant un malade, le physicien comme le chirurgien se guide sur les conditions particulières qui se rangent dans les quatre groupes décrits dans l'aperçu de la doctrine humorale, c'est-à-dire : choses naturelles, non naturelles, contre nature, choses extérieures et diverses. Chaque condition particulière fait l'objet de ses réflexions, et il doit les passer toutes en revue avant de quitter son client, s'il est savant et érudit.

Et pourtant, avec une méthode précise que des auteurs plus autorisés que nous déclarent même excellente, le médecin du moyen âge arrive souvent à des conclusions extraordinaires d'obscurité. Quand la conciliation est impossible entre Avicenne et la nature, c'est elle qu'on abandonne pour s'incliner devant la parole du maître.

Après la visite du médecin, suivi de ses élèves, la consultation entre confrères. Les consultations étaient fréquentes au moyen âge, Ferrari y fait allusion fréquemment dans sa Practica. Darcmberg nous dit que cet usage ne se serait répandu que vers le xm« siècle ' . Mais, comme le fait remarquer

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