‹ Une chaire de médecine au 15e siècleChapitre 56 sur 126 · ATtoOTjXT,, magasin, dépôt · texte numérisé non relu

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2. .Jean de Jandi;\ écrit, en 1323, clans son Traifé des louanges de Paris : « Lesapotiiicaires qui préparent la matière des médicaments et qui fabriquent d'infinies variétés d'épices aromatiques habitent sur le très célèbre petit pont ou aux alentours, ainsi que daus la plupart des autres endroits fréquentés, et ils étalent avec complaisance de beaux vases, contenant les remèdes les plus recherchés. » (l'aris et ses historiens aux XIY' et XV* siècles, 1807, p 43 )

Melancholia. — Melancholia a splene. — Menstruorum fluxu superflue. — Matricis prefocatione ex menstruo retcnto. — Mola matricis. — Narium cscara et ulcère. — Nari polypo vel hemorrhoïdibus. — Oculorum apostemate. — Oculorum pruritu. — Omnibus oppilationibus hepalis. — Ophthalraia. — Oris ulceribus. — Paralysi a casu et percussione. — Peripneumonia. — Phrenitidi. — Pleurilidi. — Prefocatione ex aqua. — Prefocatione ex fumo carbonum. — Podagra calida. — Pupille dilalatione. — Renum apostemate. — Sanguinis exitu cum tussi. — Sanguinis sputo. — Sanguinis mictui ex casu vel percussione. — Sanguinis vomitu. — Spasmo. — Squinantia. — Stupore et tremore. — Subeth a sanguine. — Tortura. — Tussi. — Urine difficultate ex casu. — Uvae casu. — Yaricibus. — Vesice apostemate, etc., etc.

La saignée était ordonnée par le médecin, mais pratiquée par le barbier. Elle était bonne pour conserver la santé, préserver des maladies et guérir d'une maladie déclarée. Dans ce cas seulement elle était nécessaire. On y avait recours : pour évacuer les humeurs péchant en quantité, qualité ou des deux manières ; pour faire une diversion ; par exemple, une mauvaise matière afflue-l-elle en quelque partie? On saigne la partie opposée, afin d'y attirer cette mauvaise matière. Pour provoquer un écoulement ordinaire; c'est ainsi qu'on provoquera les menstrues en faisant une saignée des saphènes. Pour modifier les humeurs; lorsque, par exemple, le sang est trop chaud dans les veines.

La qualité des humeurs doit être connue avant d'ordonner la phlébotomie. Elle ne pourra pas être prescrite, si l'humeur est subtile, épaisse, visqueuse, froide, crue, aqueuse. Il faut se préoccuper aussi de l'état général du sujet, de sa complexion, de son âge, de ses habitudes, etc. Ainsi, il n'est pas toujours indiqué de saigner un mélancolique parce qu'il a peu de sang, ou un flegmatique. Les enfants ne doivent pas être saignés avant dix ans, à moins d'indications spéciales, comme dans l'esquinancie. Les vieillards non plus, à moins qu'ils ne soient robustes. C'est une faute de saigner des jeunes gens pâles et sans vigueur. La saignée convient par contre aux individus qui aiment la viande, les vins généreux, les plats délicats. Ils ont beaucoup de sang^

leur urine est épaisse, et il faut craindre chez eux une ébullition des humeurs; la phlébotomie est donc indiquée et aussi dans la goutte sanguine (arthritico-sanguinea) avant le paroxysme, dans la pleurésie, etc.

La saignée, comme remède préventif est généralement ordonnée au printemps et en automne. On doit craindre de saigner dans un moment de trop grande chaleur ou de froid trop vif, et après le coït. Le médecin a toujours soin d'indiquer l'époque où l'on devra faire la phlébotomie. — Quant au choix de la veine sur laquelle le barbier opérera, il n'est pas indifférent. Au xv^ siècle on suit les prescriptions de Rhazès qui a donné des règles précises à ce sujet. Ainsi : la veine médiane ou commune est bonne à phlébotomiser dans les douleurs de la tête, de l'estomac, des côtes. La céphalalique dans les maladies de la tête et des yeux; la basilique dans celles de la tête et de la rate, etc.

Et pour terminer ce court aperçu, nous donnerons la parole à Ferrari.

« A ce propos, j'ai été témoin à Pavie, chez une nonne de l'Observance de Saint- Augustin, d'un cas admirable. Il est même à ce point extraordinaire et si peu croyable que j'oserais à peine en parler si j'avais été seul à le voir. Mais la majorité des docteurs du collège de Pavie ayant examiné cette nonne, je m'en vais raconter son histoire. Cette femme vivait il y a trois ans — elle est d'ailleurs encore en vie aujourd'hui. — Or, lorsqu'elle mangeait, et ceci régulièrement, quelle que fût la délicatesse des aliments, moins de la huitième partie d'une heure après l'ingestion, elle rejetait la nourriture avec de grands efforts et en môme temps une minime quantité d'humeur aqueuse. En sorte que la quantité était plus grande de ce qu'elle rendait que de ce qu'elle prenait. Après ces vomissements, elle restait anxieuse, avec une douleur à crier et brûlante dans la région de l'estomac. Elle en arrivait même à s'agiter si fort qu'on se fût cru en présence d'Orne femme furieuse ou atteinte de frénésie. D'autrefois, elle tombait en syncope et dans un état de mort apparente durant une demi-heure et plus. Aucune diversion ne pouvait la soulager efficacement. Enfin, au bout de quatre ou cinq heures, elle était mieux. Il advint que, la saignée lui

ayant 6té prescrite, on lui tira six onces de sang (180 gr.)de la veine commune du coté droit et elle s'en trouva bien. Les vomissements furent calmés comme aussi les contractions de l'estomac et autres accidents, tant au point de vue de l'intensité que de la durée. On ordonna donc une saignée toutes les semaines. Mais comme deux ou trois onces de sang ne suffisaient pas à la soulager, on en arriva à tirer six ou sept onces. Puis, l'affection s'étanl aggravée, il parut bon à la malade — et du consentement de certain médecin — de se faire saigner deux fois par semaine. J'ajoute que je l'ignorais. Ce traitement fut continué six ou huit mois. On retirait chaque fois la même quantité de sang, et régulièrement aussi elle vomissait. Enfm, et pour comble, la mère supérieure me raconta, et aussi le barbier, qui en fit le serment solennel, que pendant deux mois consécutifs on saigna la malade trois jours par semaine, tirant à chaque fois sept ou huit onces de sang. De plus, elle resta dix-sept jours sans prendre nourriture ni boisson, sauf un peu de vin de vernacis, puis les dix jours qui suivirent elle n'absorba absolument rien. 11 est vrai que maintenant, à ce que m'a raconté le barbier, on ne la saigne plus que tous les huit jours et on procède par intervalles de plus en plus éloignés. Ce cas me paraît sortir absolument de l'ordre naturel et une vraie merveille. Ce qui à mon sens est tout à fait admirable, c'est que cette nonne eut toujours bonne mine, fut toujours heureuse et gaie. Et comme elle ne gardait aucune nourriture appréciable, j'aurais craint en racontant son histoire de passer pour un menteur si je n'avais pour garants l'autorité et la présence de nombreux et savants docteurs qui, maintes fois, examinèrent cette malade. » [Pract., fol. ccxiij.)

Nous signalions plus haut la présence de remèdes repoussants dans les ordonnances des plus doctes médecins du moyen âge. Nous n'insisterons pas sur ce sujet, mais nous dirons quelques mots des idées ou traitements particuliers et bizarres dont les auteurs médicaux d'autrefois agrémentent leurs ouvrages.

Remarquons d'abord que Ferrari dans les siens ne parle pas d'astrologie. Cette particularité nous a surpris, car l'astrologie était enseignée de son temps à Pavie et dans les Uni-

versilés italiennes, et on la faisait intervenir souvent dans le traitement des maladies. C'est ainsi que Bertapagiia, professeur à l'Université de Padoue, dans son livre de chirurgie renfermant sept traités, en consacre un tout entier, le sixième, au pronostic d'après les signes célestes. Ce traité contient sept chapitres, qui traitent du pronostic des plaies selon la situation du soleil et des planètes, selon les signes célestes, la sympathie ou l'antipathie de ces signes, et selon les jours critiques, etc. Toutes choses, dit-il, que le médecin doit connaître, et sur lesquelles le malade interroge et veut une réponse précise. Il est impossible d'affirmer que Matheus n'attachait aucune valeur à cette observation des astres et à leur influence sur les maladies, mais le fait est qu'il semble ignorer l'astrologie dans ses trois ouvrages. Dans sa correspondance avec le duc de Milan, donnant des détails sur la maladie du jeune comte de Pavie, il parle cependant une fois de la conjonction de la lune et de son influence sur l'état du malade. Mais il ne peut entrer en parallèle avec Bertapagiia et avec Gordon qui, dans son Lilium medicinse, recommande de consulter toujours l'adéquation des planètes pour le traitement de toutes les affections, d'avoir un bon calendrier des lunaisons et des conjonctions astronomiques, de connaître les aspects et les complexions des étoiles. C'était surtout lorsqu'il s'agissait de la saignée et des purgations que l'on ne pouvait éviter de renseigner son malade sur ce que disaient les astres : « Sous l'influence des constellations et de celle de toutes les parties de l'univers, dit Gordon, l'heure où l'homme est conçu détermine les linéaments et la configuration de son corps; et de l'influence dominante au moment de sa naissance dépendra toute la conduite morale de sa vie. » Le même auteur dit encore que les maladies chroniques sont gouvernées par le cours du soleil, et les maladies aiguës par celui de la lune. Guy do Chauliac admet l'influence des astres pour expliquer la peste de 1348. Pour préserver des calculs, quelques médecins, conseillent de porter une ceinture de veau marin ou de lion, sur laquelle est gravée en or très pur l'image d'un lion, quand le* soleil est au signe du Lion, la lune ne regardant pas Saturne et se départant de lui. Il semble que l'on faisait au temps de Guy

de Chaiiliac un grand usage de ces ceintures, car elles sont portées au tarif de la gabelle d'Avignon, sous la rubrique Mercerie.

Lorsque les remèdes ne produisent pas l'effet attendu, et que Fart demeure impuissant, certains médecins ont recours aux incantations et à l'Oraison médicale dont voici un spécimen :

Deus perdet le f , Deus destinet te f, et in linem eveliet te +; emigrabit de tabernaculo f et radicem tuam de terra viventiumf . In nomine Patris et Filii et spiritus sancti, Amen.

Sanctus Nichasius, Martir ac miles, habuit glandulas in collo et corpore suc et impetravit ad Dominmn nostrum Jesum Ghristum ut quicumque hune nomen Nichasius super se portaverit glandule non noabunt + fiat t fiât f fiai f sancta Maria +, sancte Johannes f sancte Sebastiane f sancte Roche f sancte Blasi t sancte Gaiherina f omnes sancti et sancte Dei intercedite pro nobis ad Dominum nostrum Jhesum Christum ut non noceant glandule. Ameni. Christus régnât f*.

Gordon conseille^ dans l'épilepsie, de répéter à l'oreille du malade trois fois de suite ces trois vers :

Gaspard fert myrrham, thus Melchior, Balthazar aurum Htec tria qui secum portabit nomina rerum, Solvitur a morbo, Christi pietate, caduco'^.

Ferrari ne parait pas avoir été frappé par ces sortes d'incantations, car il n'en dit mot. Cependant, dans certains cas et chez certains malades, il permet une amulette, une pierre précieuse suspendue autour du cou. La croyance populaire attribuait en efl'et à quelques pierres des propriétés merveilleuses ^

Personne, écrivait Boece de Boot, n'attribue ces facultés à la

1. Bibl. de la Ville de Lyon, mss. 1076, if. S6-58. — G. Guigne, Poème sur a grande pesle de 1348, p. 0. de la Haj'e; Lyon, 1888, p. 17.

2. Théodoric rapporte un curieux moyen d'extraire les flèches d'un membre où elles sont solidement fichées : « Qu'on die trois fois estant à genoux l'Oraison Dominicale : et icelle dite qu'on prenne à deux mains jointes ensemble une flesche et qu'on die : Nicodôme a tiré les clous des mains et des pieds de notre Seigneur, et que puis on tire la flesche, et elle sortira soudain. »

3. Gilbert l'Anglais conseillait, pour vaincre la stérilité et l'impuissance, de s'attacher au cou un parchemin sur lequel on aurait écrit, avec du suc de la grande consolide, les mots suivants : DixH Dominun, crescite, Uthiboth ; et multiplicamini, Tabechay; el replète terram, Amath,

pierre elle-même, mais aux esprits auxquels Dieu a commis et permis d'exercer ces facultés. Peut-ôtre la substance de ces pierres précieuses, à cause de leur beauté, de leur splendeur, de leur dignité, est-elle propre pour être le siège et le réceptacle des esprits bons, tout aussi bien que le réceptacle des mauvais sont les lieux puants, horribles et solitaires.

Nous croyons pour notre part que certaines pratiques, qui paraissent au premier abord ridicules, étaient employées par les physiciens dans un but raisonné. Ils savaient à quoi s'en tenir sur la valeur intrinsèque du remède; mais ils voulaient agir ainsi sur l'esprit d'un malade qui croit à l'efficacité des amulettes et qui peut guérir par suggestion. C'est une remarque faite souvent par Ferrari, qu'il faut compter avec l'imagination du patient.

Bien avant le xv° siècle, Constantin le disait dans son livre des Incantations, où il traite des conjurations, sortilèges, maléfices et des remèdes suspendus au cou ou à d'autres parties du corps. Il y montre que l'imagination règle toutes les autres vertus, et par conséquent contribue à la guérison des maladies ou l'entrave. Il prouve aussi, comme tous les philolosophes et les médecins de l'antiquité s'accordent à le dire, que la vertu de l'âme modifie la complexion du corps, et réside dans toutes ses parties. Gela était évident pour tous les savants. Platon ne prétendait-il pas que lorsque l'esprit humain croit qu'une chose qui ne lui est pas profitable lui est profitable, par l'imagination seule de l'esprit, cette chose sera profitable au corps?

Ceci dit, il faut bien reconnaître que les médecins les plus experts nous laissent entrevoir un grand fonds de naïveté, et l'on ferait un volume amusant des anecdotes burlesques qu'ils racontent avec le plus imperturbable sérieux. On en trouve beaucoup de ce genre chez Matheus qui sont d'observation personnelle ou qu'il emprunte aux anciens ou à ses contemporains.

Il parle de l'hydropisie, par exemple, et vient d'exposer la façon dont il faut s'y prendre pour pratiquer la ponction : exposition claire, recommandations sensées. On doit, dit-il, entre autres choses évacuer le liquide lentement et môme à

plusieurs reprises pour éviter la syncope. On continue la lecture et l'on tombe sur le passage suivant :

Quelques-uns louent dans l'hydropisie les bains dans lesquels on a mis une grande quantité de grenouilles vivantes, car elles absorbent la matière aqueuse d'une façon admirable. Pour moi, je me souviens que, pendant la peste de 1450, certains paysans posaient des grenouilles éventrées ou non et vivantes sur les apostèmes vénéneux et cela dès leur apparition. Les grenouilles mouraient incontinent, mais les apostèmes sortaient, la matière vénéneuse était attirée au dehors et les malades guérissaient. Plusieurs personnes dignes de foi m'ont affirmé la chose. Il n'est donc pas étonnant que les grenouilles absorbent l'eau dans l'hydropisie ^

Ailleurs il parle des vers. Il a donné quelques formules de vermifuges. Mais il ne veut pas oublier de mentionner ce curieux traitement :

Voici un moyen singulier employé pour expulser les vers. Une femme en ayant un dans la matrice fut exposée aux rayons du soleil. Elle se tenait les jambes écartées au-dessus d'un récipient plein de lait dans lequel le soleil venait frapper, et le ver sortit de la matrice.

Quelquefois il nous annonce « une histoire à peine croyable, merveilleuse » dans le genre de celle-ci :

Je veux raconter une histoire, un cas dont je fus témoin alors que j'étais jeune. 11 s'agissait d'une jeune fille de Pavie âgée de douze ans qui souffrait de vomissements non seulement alimentaires, mais fécaloïdes. Au début de sa maladie, elle avait ressenti une douleur iliaque ; puis le cours des matières s'était arrêté complètement, si bien qu'elle rejetait sans matières fécales ou purulentes les nombreux lavements qui lui étaient administrés. Ceci me fut rapporté par le très fameux docteur d'alors, Maître Jean de Concoreggio, qui la soigna primitivement. Elle en arriva donc à rejeter les matières fécales par le haut pendant deux ou trois jours, puis les lavements qui lui furent donnés furent rendus de la même manière et tout ce qu'elle ingérait. C'est à ce moment que je fus appelé à lui donner mes soins avec Maître Jean. Nous ordonnâmes des cataplasmes, emplâtres, liniments, onctions sur le ventre et de plus un suppositoire long et fin dans le

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